ACTE II, SCENE II
Et déjà dans leur cœur les Scythes mutinés
Vont sortir de la chaîne où vous nous desîinez.
Essayez, en prenant notre amitié pour gage,
Ce que peut une foi qu'aucun serment n'engage ; (i)
Laissez un peuple , au moins , qui puisse queiquelbis
Applaudir sans contrainte au bruit de vos exploits.
Je reçois à ce prix Tamitié d'Alexandre ;
Et je l'attends déjà comme un roi doit attendre
Un héros dont la gloire accompagne les pas ,
Qui peut tout sur mon cœur, et rien sur mes états.(2)
(i) Essayez, en prenant notre Gmitic pour gage, Ce que peut une foi qu'aucun serment n'engage ;
Racine , grand imitateur des anciens , a fait beaucoup d'usage de la harangue des Scjthes h Alexandre , qui se trouve dans Quinte-Curce. Il en a semé quelques idées dans le discours de Taxile , et un plus grand nombre encore dans celui de Porus. ( Yojez la note 4 tle la page 241 , et la note 2 de la page 246. )
(2) Ce discours de Taxile est plus noble qu'on n'avoit lieu de l'attendre après son dernier entretien avec Porus. Leurs rois sans diadèmes est une expression heureuse. Le caractère vague et indécis de ce Taxile refroidit toute la pièce. Il est étonnant que Racine n'ait pas pris dans Plutarque , plutôt que dans nos mauvais romans, les traits dont il s'est servi pour pe'ndre ce roi indien. Taxile auroit pu former un beau contraste avec Porus. Moins ardent , moins fougueux , Taxile auroit pu se distinguer par une sagesse et une prudence consommée qui s'allie Iris-bicn avec le courage. Cela eût mieux vain ç^ue a'ea faire un lâche, un vil esclave d'amour, un rival de P<,ras, toujours humilié , et ne contrastant avec lui que par une bassesse pitoyable.
(c La portion de l'Inde soumise à Taxile , dit Phitarquc , égaloit presque TEgyple en étendue, et ne le cédoit en fer-
Je croyoLs, quandl'Hydaspe, assemblant ses provinces, Au secours de ses bords fit voler tous ses princes ,
lih'té à aucune contrée de l'univers. Ce prince avoit la réputation d'être un sage. Quand il parut deA^ant Alexandre , il lui dit après l'avoir salué : « Qu'est-il besoin de guerre et de ï) combats entre nous, ô Alexandre, si tu n'es pas venu nous 31 i'iilever l'eau et les alimens nécessaires à la vie, les seuls î) objels pour lesquels un homme sensé soit forcé de com— 31 battre? Pour les autres possessions , pour les richesses , si )) j'en ai plus que toi , me voilà prêt à t'en faire part 5 si tu î) en as plus que moi, je ne rougirai point d'en recevoir de )) toi et de t'être redevable. » Charmé de la franchise de ce roi barbare , Alexandre lui répondit, en lui tendant Ja main : »( Crois-tu donc, Taxile , que notre entrevue puisse se passer j) sans combat ? Tes raisons et tes marques d'amitié n'ont 3) rien gagné sur mon esprit : je veux absolument te com— i) battre , je veux te vaincre en bienfaits. Alexandre ne souf- 3) frira jamais qu'on l'emporte sur lui en générosité. )) Il reçut donc de grands présens de Taxile , lui en fit de plus grands encore , et finit par lui porter une santé de mille talens : libéralité qui chagrina beaucoup les amis d'Alexandre, f't ne contribua pas peu à lui gagner les cœurs des Barbares. »
Plut. Vied'ÀLEx.
Mille talens peuvent être évalués à trois millions. Alexandre répandoit l'or dans ce même pays qui depuis en a tant répandu dans le reste du monde. On doit reconnoître dans la léponse d'Alexandre à Taxile le germe de ces vers :
Chrétien , je suis content de ton noble courage j
Mais ton orgueil ici se seroit-il flatté
D''effacer Orosmane en générosité ?
Zaïre, Act. î , Se 4' Plutarque ,sous une apparence de naïveté et de simplicité , est plein de grandes idées, d'expressions fortes, et de traiJs d'une