‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 154 sur 193 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Qu'il avoit refusé ! Quoi donc , pour ta pairie , Ton indigne courage attend que l'on te prie ! (i) Il faut donc, malgré toi, te traîner aux combats, Et te forcer toi-même à sauver tes états ! L'exemple de Porus, puisqu'il faut qu'on t'y porte , Dis-moi, n'étoit-ce pas une voix assez forte ? Ce héros en péril , ta maîtresse en danger, (2) Tout l'état périssant n'a pu t'encourager ! Va , tu sers bien le maître à qui ta sœur te donne. Achève, et fais de moi ce que sa haine ordonne. Garde à tous les vaincus un traitement égal, Enchaîne ta maîtresse , en livrant ton rival. (0)

(1) Quoi donc , pour ta patrie,

Ton indigne courage attend que l'on te prie!

Taxile est mal reçu d'Axiane, quand il vient lui apprendre la défaite de Porus. Cette princesse étoit même beaucoup moins polie aux premières représentations j elle appeloit Taxile lâclie j et son courage infâme :

Lîiche, pour ta patrie, Ton infâme courage attend donc qu'on te prie !

Ces vers sont moins polis, à la vérité y mais d'un tour plus ferme que ceux que Racine leur a substitués.

(a) Ta maîtresse en danger ,

Cette tirade d'Axiane est vive et passionnée ; mais puisqu'elle hait et méprise Taxile , elle ne doit pas se donner à elle-même le titre de sa maîtresse } c'est un oubli de la bienséance dans les termes.

(5) Enchaîne ta maîtresse, en livrant ton rival.

Enchatue ta maîtresse , avecque ton rival.

i64 ALEXANDRE,

Aussi-bien c'en est fait: sa disgrâce et ton crime Ont placé dans mon cœur ce héros magnanime. Je Tadore , et je veux , avant la fin du jour. Déclarer à la fois ma haine et mon amour; Lui vouer , à tes yeux , une amitié fidelle , Et te jurer , aux siens , une haine immortelle. Adieu. Tu me connois : aime-moi si tu veux.

Ah , n'espérez de moi que de sincères vœux , Madame ! N'attendez ni menaces ni chaînes : Alexandre sait mieux ce qu'on doit à des reines. Souffrez que sa douceur vous oblige à garder Un trône que Porus de voit moins hasarder; (i) Et moi-même en aveugle on me verroit combattre

(i) Un trône que Porus devoit moins hasarder j

Racine auroit pu rendre Taxile moins froid et moins plat en lui prêtant du moins le langage de la politique et de la prudence} il pouvoit en faire un sage , s'il n'eût pas mieux aimé en faire un amoureux, le plus insipide qui existe sur la scène. L'amour de Taxile entrôit dans son plan , et son plan est mauvais. Au lieu d'un trône., Racine avoit mis d'abord un sceptre :

Un sceptre que Porus devoit moins hasarder ;

Trône s'accorde mieux avec le mot abattre, •\)\sLcé deux vers après :

La sacrile'ge main qui le voudroit abattre.

Remarquez que le prudent Taxile fait ici le brave et le fanfaron très-mal à propos. Si la sacrilège main d'Alexandre evit voulu abattre le trône d'Axiane, assurément on n'eût pas vu Taxile combattre cette main, ou il auroit bien changé de caractère.

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