ACTE III, SCENE II
La sacrilège main qui le voudroit abattre.
Quoi , par l'un de vous deux mon sceptre raffermi Deviendroit dans mes mains le don d'un ennemi ! Et sur mon propre trône on me verroit placée Par le même tyran qui m'en auroit chassée !
Des reines et des rois vaincus par sa valeur Ont laissé par ses soins adoucir lem^ malheur. Voyez de Darius et la femme et la mère : L'une le traite en fils, l'autre le traite en frère.
Non , non, je ne sais point vendre mon amitié , Caresser un tyran, et régner par pitié, (i) Penses-tu que j'imite une foible Persane; Qu'à la cour d'Alexandre on retienne Axiane ; Et qu'avec mon vainqueur courant tout l'univers
(i) Rc,£:;ner par pitië.
n'est pas français dans le sens <qite lui donne ici Axiane. Régner par pitié f ne signifie pas régner, parce que le vainqueur laisse au vaincu le trône par piiié j mais il veut dire régner par pitié pour des peuples qui seroient malheureux sous un autre roi et sous un autre goiivernemënt. Au reste , Axiane est admirable dans celte scène, et son dernier morceau est de la plus grande vigueur. Les amis de Corneille dévoient en être ■ effrayés 5 car ce grand homme étoit alors bien éloigné -de pouvoir produire des vers de cette force. Il n'avoit cependant , à cette époque , que cinquante-neuf ans ; et on sera toujours étonné qu'un génicttissi mâle qui s'étoit ntontré si tard , se soit éteint de si bonne heure.
J'aille vanter partout la douceur de ses fers ? S'il donne les états , qu'il te donne les nôtres ; Qu'il te pare, s'il veut, des dépouilles des autres. Règne : Porus ni moi n'en serons point jaloux; Et tu seras encor plus esclave que nous. J'espère qu'Alexandre, amoureux de sa gloire. Et fâché que ton crime ait souillé sa victoire , S'en lavera bientôt par ton propre trépas, (i) Des traîtres comme toi font souvent des ingrats : Et de quelques faveurs que sa main t'éblouisse , Du perfide Bessus regarde le supplice.
Adieu.