‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 157 sur 193 · ACTE lîl, SCENE III. 2G · texte numérisé non relu

ACTE lîl, SCENE III. 2G

Maître de ses destins, vous l'êtes de son cœur. Mais, dites-moi, vos yeux ont-ils vu le vainqueur ? Quel traitement, mon frère, en devons-nous attendre ? Qu'a-t-il dit ?

Oui, ma sœur, j'ai vu votre Alexandre.

D'abord, ce jeune e'clat qu'on remarque en ses traits M'a semlDlé démentir le nombre de ses faits. Mon cœur, plein de son nom, n'osoit, je le confesse. Accorder tant de gloire avec tant de jeunesse; Mais de ce même front rhéroïque fierté. Le feu de ses regards, sa haute majesté, (i) Font connoître Alexandre ; et certes son visage (2) Porte de sa grandem' l'infaillible présage ; Et sa présence auguste appuyant ses projets. Ses yeux , comme son bras , font partout des sujets. (5) Il sortoit du combat. Ebloui de sa gloire , (4)

(i) Le feu de ses regards , sa haute majesté.

Voyez dans la Vie d'Alexandre par Plutarque la description curieuse et intéressante que fait l'historien de la personne de ce prince , d'après les statues de Lysippe et les portraits originaux d'Apelle qu'il pouvoit avoir vus.

(2) Fout connoître Alexandre j

Le font bientôt connoître.

(3) Ses yeux, comme son bras , font partout des sujets. Desjeux qui font des sujets comme le bras I Cette façon

de parler est précieuse et maniérée.

(/j) Il sortoit du combat. Ebloui de sa gloire , etc.

V A R I A IV T E

Il sortoit du combat, et, tout couvert de gloire , etc.

Je croyois déins ses yeux voir briJIer la victoire. Toutefois, à ma vue, oubliant sa fierté. Il a fiiit à son tour éclater sa bonté, (i) Ses transports ne m'ont point déguisé sa tendresse : te Retournez, m'a-t-il dit, auprès de la princesse ; 3) Disposez ses beaux yeux à revoir un vainqueur » Qui va mettre à ses pieds sa victoire et son cœur. » Il mai'che sur mes pas. Je n'ai rien à vous dire , Ma sœur: de votre sort je vous laisse l'empire; (2)

(i) Il a fait à son tour (éclater sa honte.

Louîs Racine est ici , je ne dis pas sévère , mais injuste. Il prétend qu'Alexandre ne pouvoit pas avoir de bonté pour un traître ; mais Taxile n'étoitpasun traître aux yeux d'Alexandre: c'étoit un prince sage qui avoit préservé ses états des horreurs de la guerre en rendant hommage au conquérant de l'Asie j c'étoit le frère de Cléofile sa maîtresse ; c'étoit de lui qu'il attendoit son bonheur. Il ne falloit donc pas blâmer les bontés qu'Alexandre a pour le frère j car il doit les avoir d'après le caractère qu'on lui donne dans cette tragédie j mais il falloit s'élever contre sa foiblesse pour la sœur , contre le personnage méprisable qu'il fait jouer à Taxile. La critique de Louis Racine porte donc à faux.

(•i) ... de votre sort je vous laisse l'empire ;

h' empire de votre sort n'est qu'une faute contre la langue; mais Alexandre qui dépêche Taxile vers sa sœur pour disposer ses beaux jeux à Recevoir un vainqueur; mais Taxile qui compte sur la protection des beaux yeux de sa sœur j sont des vices bien plus essentiels qui dégradent les caractères et détruisent toute espèce de dignité tragique. Cet entretien entre Cléofile et son frère a quelque chose de bas. Je ne sais si Alexandre lui - même y qui abandonne son armée, avant la fin du combat, pour rendre une visite à sa maîtresse, n'est pas plus vil encore, parce que cette action est plus contraire au caractère qu'on lui connoît,

Page 1