ACTE IV, SCENE II
Mon ennemi lui-même a mi croître sa gloire ;
Qu'une chute si belle élève sa vertu ,
Et qu'il ne voudroit pas n'avoir point combattu.
Hélas , il falloit bien qu'une si noble envie Lui fît abandonner tout le soin de sa vie, Puisque, de toutes parts trahi, persécuté. Contre tant d'ennemis il s'est précipité ! Mais vous , s'il étoit vrai que son ardeur guerrière Eût ouvert à la vôtre une illustre carrière , Que n'avez-vous, Seigneur, dignement combattu? Falloit-il pai' la ruse attaquer sa vertu , Et , loin de remporter mie gloire parfaite , D'un autre que de vous attendre sa défaite ? Triomphez ; mais sachez que Taxile en son cœur Vous dispute déjà ce beau nom de vainqueur ; Que le traître se flatte , avec quelque justice , Que vous n'avez vaincu que par son artiiîce. Et c'est à ma doulem- un spectacle assez doux De le voir partager cette gloii'e avec vous.
En vain votre douleur s'arme contre ma gloire : j£unais on ne m'a vu dérober la victoire , Et par ces lâches soins, qu'on ne peut m'imputcr, Tromper mes ennemis au lieu de les dompter. Quoique partout , ce semble , accablé sous le nombre , Je n'ai pu me résouch'c à me cacher dans l'ombre : Ils n'ont de leur défaite accusé que mon bras; Et le jour a partout éclairé mes combats.
Il est vrai que je plains le sort de vos provinces; J'ai voulu prévenir la perte de vos princes ; Mais , s'ils avoient suivi mes conseils et mes vœux , Je les aurois sauvés ou combattus tous deux. Oui , croyez
Je crois tout. Je vous crois invincible. Mais, Seigneur , suffit-il que tout vous soit possible ? Ne tient-il qu'à jeter tant de rois dans les fers, Qu'à faire impunément gémir tout l'univers ? Et que vous avoient fciit tant de villes captives, Tantdemortsdontl'Hydaspe avu couvrir ses rives? Qu'ai-je fait, pour venir accalDler en ces lieux (i) Un héros sur qui seul j'ai pu tourner les yeux? A-t-il de votre Grèce inondé les frontières ? Avons-nous soulevé des nations entières. Et contre votre gloire excité leur courroux? Hélas , nous l'admirions sans en être jaloux ! Contens de nos états , et charmés l'un de l'autre , Nous attendions un sort plus heureux que le vôtre : Porus bornoit ses vœux à conquérir un cœur Qui peut-être aujourd'hui l'eût nommé son vainqueur.
(i) Qu"ai-je fait , pour venir accahler en ces lieux etc.
Faute contre la grammaire, dont il ne résulte aucun agrément. L'exactitude et la clarté veulent qu'on dise : Qu'ai-je fuit pour que vous ycniez. Il n'est permis de franchir quelquefois les limites de la grammaire, ([ue pour enrichir le domaine de la poésie.