‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 169 sur 193 · ACTE IV, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL

Je fus son ennemi; mais je ne Tétois pas Jusqu'à blâmer les pleiu-s qu'on donne à son trépas. Avant que sm' ses bords l'Inde me vît paroitre , L'éclat de sa vertu me l'avoit fait connoitre ; Entre les plus grands rois il se fit remarquer. Je sa vois

Pourquoi donc le venir attaquer?

Par quelle loi faut-il qu'aux deux bouts de la terre Vous cherchiez la vertu pour lui faire la guerre? Le mérite à vos yeux ne peut-il éclater Sans pousser votre orgueil aie persécuter?

Oui, j'ai cherché Porus;mais , quoi qu'on puisse dire , Je ne le cherchois pas afin de le détruire, (i) J'avoûrai que, brûlant de signaler mon bras. Je me laissai conduire au bruit de ses combats , Et qu'au seul nom d'un roi jusqu'alors invincible A de nouveaux exploits mon cœur devint sensible. Tandis que je croyois , par mes combats divers, Attacher sur moi seul les yeux de l'univers,

(1) AHn de le détruire.

Détruire ne se dit pas d'un homme comme d'une ville ou d'un édifice j cependant, quand il est question d'un grand roi , ce peut être une ellipse, au lieu de détruire sa puissance. C'est même quelquefois une grande beauté :

Vous même n'allez pas . de contrée en contrée, Montrer aux nations Mithridate détruit.

MlTHRtD. Act. III. Se. I.

Mithridate détruit est une image sublime î

J'ai vu de ce guerrier la valeur répandue Tenir la renommée entre nous suspendue ; Et voyant de son bras voler partout l'etïroi , (i) L'Inde sembla m'ouvrirun champ digne de moi. (2) Lassé de voir des rois vaincus sans résistance , J'appris avec plaisir le bruit de sa vaillance. Un ennemi si noble a su m'encourager:

Je suis venu chercher la gloire et le danger- Son courage , Madame , a passé mon attente : La victoire, à me suivre autrefois si constante. M'a presque abandonné pour suivre vos guerriers. Porus m'a disputé jusqu'aux moindres lauriers; Et J'ose dire encor qu'en perdant la victoire

(i) . . . , De son bras voler partout l'effroi ,

U effroi de son bra<: me parolt une hardiesse heureuse, pour V effroi qu'inspire son bras.

Le grand vice de cette scène , c'est l'inutilité absolue de cet entretien d'Alexandre avec Axiane , laquelle lui dit quelques injures pour faire rhéroïne, et lui fournir aussi l'occasion de faire le héros. La part que veut bien prendre le vainqueur de Porus au succès des amours de Taxile , est une petitesse indigne d'Alexandre j et quoique la scène soit bien écrite , parsemée de beaux vers , le fond en est insipide , parce que Taxile et ses amours sont odieux , et qu'on ne prend pas même un intérêt bien vif aux amours d' Axiane et de Porus. Cette foule d'amans et de maîtresses, dans un sujet qui devoit être noble et grand, répand une langueur mortelle sur l'action.

(2) L'Inde sembla m'ouvrir un cliamp digne de moi. Ce vers est la traduction de ce mot d'Alexandre, rapporté par Quinte-Curce :

Video tandem par aiiinio tneo periciilwn.

Q. CuRT. Lil>. VIII. Cap. 47.

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