ACTE IV; SCENE III
L'image de Porus n'en peut être effacée. Quand j'irois , pour vous plaire , affronter le trépas , Je me perdrois, Madame, et ne vous plairois pas. Je ne puis donc
Tu peux recouvrer mon estime :
Dans le sang ennemi tu peux laver ton crime. L'occasion te rit : Porus dans le tombeau Rassemble ses soldats autour de son drapeau ; Son ombre seule encor semble arrêter leur fuite. Les tiens même, les tiens, honteux de ta conduite. Font lire sur leurs fronts justement courroucés Le repentir du crime oii lu les as forcés. ,Va seconder l'ardeur du feu qui les dévore ; Venge nos libertés qui respirent encore : De mon trône et du tien deviens le défenseur. Cours, et domie à Porus un digne successeur. Tu ne me réponds rien ! Je vois , sur ton visage , Qu'un si noble dessein étonne ton courage. Je te propose en vain l'exemple d'un héros : Tu veux servir. Va, sers, et me laisse en repos.
Madame, c'en est trop. Vous oubliez peut-être (i) Que, si vous m'y forcez, ie puis parler en maître ;
(i) Ma Jame , c^en est trop.
Ce mouvement d'impatience du pauvre Taxile, et la petite menace dont il est suivi , ont quelque chose de ridicule. Au lieu de ce vers^ Madame , c'en est trop, etc, l'auteur
Que je puis me lasser de souffrir vos dédains;
Que vous et vos états, tout est entre mes mains;
Qu'après tant de respects, qui vous rendent plus fière^
Je pourrai
Je t'entends. Je suis ta prisonnière»
Tu veux peut-être encor captiver mes désirs ; Que mon cœur, en tremblant, réponde à tes soupirs. Jlé bien , dépouille enfin cette douceur contrainte : (i) Appelle à ton secours la terreur et la crainte ; Parle en tj^ran tout prêt à me persécuter; Ma haine ne peut croître , et tu peux tout tenter ! Surtout ne me fais point d'inutiles menaces. Ta sœur vient t'inspirer ce qu'il faut que tu fasses : Adieu. Si ses conseils et mes vœux en sont crus , Tu m'aideras bientôt à rejoindre Porus.
Ah , plutôt
en faisoit dire à Taxile plusieurs qu'il supprima depuis:
Hé l)ien , n'en parlons plus , les soupirs et les larmes , Contre tant de mépris sont d'impuissantes armes ! Mais c'est user , Madame , avec trop de rigueur Du pouvoir que vos yeux vovis donnent sur mon cœur. Tout amant que je suis , vous oubliez peut-être Que si vous m'y forcez , etc.
( \ ) Eh bien , dépouille enfin cette douceur contrainte : Racine, dans ses ineilleurs ouvrages, se sert fréquemment du mot dépouiller dans le sens actif: c'est un synonyme élégant et poétique de quitter, abjurer, abandonner, renoncera, eic. Il ne peut pas avoir (le meilleur titre pour être admis dans notre poésie, que l'usage qu'en a fait notre plus grand poète.