‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 180 sur 193 · ACTE V, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I

C'est un rang où Poriis n'a plus droit de prétendre: Il a trop recherché la haine d'Alexandre. Il sait bien qu'à regret je m'y suis résolu ; Mais enfin je le hais autant qu'il l'a voulu. Je dois même un exemple au reste de la terre : Je dois venger sur lui tous les maux de la guerre , Le punir des malheurs qu'il a pu prévenir. Et de m' avoir forcé moi-même à le punir, (i) Vaincu deux fois , haï de ma belle princesse (2)

CLÉOFILE.

Je ne hais point Porus , Seigneur, je le confesse ; Et s'il m'étoit permis d'écouter aujourd'hui La voix de ses malheurs qui me parle pour lui , Je vous dirois qu'il fut le plus grand de nos princes; Que son bras fut long-temps l'appui de nos provinces; Qii il a voulu peut-être en marchant contre vous, Qu'on le crût digne au moins de tomber sous vos coups , Et qu'un même combat signalant l'un et l'autre ,

(i) Le punir des malheTirs qu'il a pu prévenir , Et de m'avoir forcé moi-même à le punir.

La répétitiou de punir , dans ces deux vers j n'est pas agréable.

(2) Vaincu deux fois , liaï de ma belle princesse....

C'est le comble de la fadeur , qu'Alexandre mette au niveau des deux défaites de Porus , le malheur ci être haï d'une belle princesse que Porus n'aime pas : un tel malheur doit être pour lui fort indifférent. Ce vers est plutôt comique que galant.

Son nom volât partout à la suite du vôtre. Mais si je le défends, des soins si généreux Retombent sur mon frère et détruisent ses vœux. Tant que Porus vivra, que faut-il qu'il devienne? Sa perte est infaillible, et peut-être la mienne. Oui, oui, si son amour ne peut rien obtenir, Il m'en rendra coupable , et m'en voudra punir. Et maintenant encor que votre cœur s'apprête A voler de nouveau de conquête en conquête , Quimd je verrai le Gange entre mon frère et vous, Qui retiendra , Seigneur, son injuste courroux? Mon âme , loin de vous , languira solitaire. Hélas , s'il condamnoit mes soupirs à se taire , Que deviendroit alors ce cœur infortuné ? Où sera le vainqueur à qui je l'ai donné?

Ail , c'en est trop, Madame; et si ce cœur se donne, Je saurai le garder, quoi que Taxile ordonne , Bien mieux que tant détats qu'on m'a vu conquérir, Et que je n ai gardés que pour vous les oQrir! Encore une victoire , et je reviens. Madame, Borner toute ma gloire à régner sur votre âme , Vous obéir moi-même, et mettre entre vos mains Le destin d'Alexandre et celui des humains. Le Mallien m'attend, prêt à me rendre hommage, (i)

(i) Le Mallien m'attend, prêt à me rendre hommage. Les Malliens, peuples de l'Inde au-delà du Gange, réunis avec les Oxjdraques , opposèrent quelque résistance aux armes victorieuses d'Alexandre.

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