‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 184 sur 193 · ACTE Y, SCENE IL 5o · texte numérisé non relu

ACTE Y, SCENE IL 5o

Sa mort étoit douteuse , elle devient certaine : Il y court ; et peut-être il ne s'y vient ofirir Que pour me voir encore , et pour me secourir. Mais que feroit-il seul contre toute une armée? En vain ses grands efforts Font d'abord alarmée ; En vain quelques guerriers qu'anime son grand cœur Ont ramené l'effroi dans le camp du vainqueur; Il faut bien qu'il succombe , et qu'enfin son com\ige Tombe sur tant de morts qui ferment son passage, (i) Encor , si je pouvois, en sortant de ces lieux , Lui montrer Axiane , et mourir à ses yeux ! Miiis Taxile m'enferme ; et cependant le traître Du sang de ce héros est allé se repaître : Dans les bras de la mort il le va rec^arder Si toutefois encore il ose l'aborder. (2)

(1) Il faut bien qu'il succombe, et qu'enfin son courage Tombe sur tant de morts qui ferment son passage.

Louis Racine pensoit qu'ily avoit une faute d'impression dans ces vers , et il les corrigeoit de la manière suivante : Il faut bien qu'il succombe , et, maigre son courage, Tombe SLir tant de morts qui ferment son pa.^sage.

Ces vers valent mieux que les premiers j mais rien n'autorise a supposer ici une faute d'impression. Toutes les éditions publiées pendant la vie de Racine sont uniformes : elles portent toutes ei quenjîn son courage.

(î) Si toutefois eocore il ose l'aborder.

Ce vers peint avec une singulière énergie la lâcheté et la bassesse de Taxile, et achève de rendre ce personnage tout a-la-fois odieux et méprisable. Cette fm du discours d' Axiane est d'une grande fierté de stjle. Corneille, dans le temps de

5o4 ALEXANDRE,

Non , Madame , mes soins ont assuré sa vie : Son retour va bientôt contenter votre envie. Vous le verrez.

Vos soins s'ctendroient jusqu'à lui !

Le bras qui l'accabloit deviendroit son appui ! J'attendrois son salut de la main d'Alexandre ! Mais quel miracle enfin n'en dois-je point attendre? Je m'en souviens , Seigneur : vous me l'avez promis , Qu'Alexandre vainqueur n'avoit plus d'ennemis. Ou plutôt ce guerrier ne fut jamais le vôtre : La gloire également vous arma l'un et l'autre. Contre un si grand courage il voulut s'éprouver ; Et vous ne l'attaquiez qu'afin de le sauver.

Ses mépris redoublés qui bravent ma colère Mériteroient sans doute un vainqueur plus sévère ; Son orgueil en tombant semble s'être affermi ; Mais je veux bien cesser d'être son ennemi. J'en dépouille , Madame, et la haine et le titre. De mes ressentimens je fais Taxile arbitre : Seul il peut, à son choix , le perdre ou l'épargner; Et c'est lui seul enfin que vous devez gagner.

sa gloire, n'avoit pas fait mieux • et quand on reprcsentoit Alexandre, iln'ctoit plus capable de faire aussi bien. Ce vers,

Dans les bras de la mort il le va regarder , peut être cité parmi les plus beaux vers de Racine.

AXIANE

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