‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 190 sur 193 · ACTE Y, SCENE III. 5i · texte numérisé non relu

ACTE Y, SCENE III. 5i

Comment prétendez- vous qn e j e vous traite ?

En roi. (i)

Hé bien , c'est donc en roi qu'il faut que je vous traite : Je ne laisserai point ma victoire imparfaite ; Vous l'avez souhaité , vous ne vous plaindrez pas ! Régnez toujours, Porus : je vous rends vos états. Avec mon amitié recevez Axiane.

A des liens si doux tous deux je. vous condamne. Vivez , régnez tous deux ; et seuls de tant de rois Jusques aux bords du Gange allez donner vos lois.

( à Cléofile. ) Ce traitement , Madame , a droit de vous surprendre ; (2)

(i) Comment prétendez-vous que je vous traite?

PORUS

En roi.

C'est le plus beau mot de la pièce : il feroit honneur à Corneille j il est digne de Racine , et termine avec éclat cette tragédie. Mais il est juste d'en faire honneur à celui auquel il appartient. Ce mot n'est point de Racine : il l'a pris dans Plutarque qui l'attribue à Porus. (( Alexandre , ayant demandé à Porus comment il vouloit être traité ? (c En Roi répondit «■^Porus. » u Mais, ajouta Alexandre, n'as-tu rien de plus » à demander? » « Non, répliqua Porus: ce seul mot dit » tout. ))

PiiUT. Yie d'Alex.

(2) Ce traitement, Madame, a droit de vous surprendre 5

Oui j car, jusqu'à ce moment, Cléofile n'a a'u dans Alexandre

qu'un esclave soumis, qu'un adorateur servile. Mais ce quia

bien plus droit de surprendre les lecteurs, c'est qu'Alexandre,

qui vient de signaler son grand cœur par un acte héroïque de

5i4 ALEXANDRE.

Mais enfin c'est ainsi que se venge Alexandre. Je vous aime; et mon cœm", touché de vos soupirs, Voudroit par mille morts venger vos déplaisirs. Mais vous-même pourriez prendre pour une offense La mort d'un ennemi qui n'est plus en défense : Il en triompheroit ; et, bravant ma rigueur, Porus dans le tombeau descendroit en vainqueur. Souffrez que , jusqu'au bout achevant ma carrière , J'apporte à vos beaux yeux ma vertu toute entière. Laissez régner Porus couronné par mes mains ; Et commandez vous-même au reste des humains. Prenez les sentimens que ce rang vous inspire ; Faites , dans sa naissance , admirer votre empire ; Et regardiuit l'éclat qui se répand sur vous , De la sœur de Taxile oubliez le courroux.

Oui , Madame , régnez ; et souffrez que moi-même J'admire le grand cœur d'un héros qui vous aime. Aimez , et possédez l'avantage charmant De voir toute la terre adorer voire amant.

PORUS

Seigneur , jusqu'à ce jour l'univers en alarmes

clémence , en demande pour ainsi dire pardon à sa maîtresse ; c'est qu'après avoir parlé le langage d'un grand homme , il retombe dans le fade jargon des amoureux, et apporte sa vertu aux beaux yeux de Cléofiie. Axiane elle-même , la fière et indomptable Axiane , se rabaisse au rang des femmes les plus ordinaires , lorsqu'elle complimente Cléofile sur V avantage charmant qu'elle possède d'être adorée d'un amant que toute la terre adore.

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