CXX PREFACE DE L AUTEUR
pour la Thébaïde qui est dans Sénèque, je suis uu peu dans l'opinion d'Heinsius : et je tiens, comme lui, que non-seulement ce n'est point une tragédie de Sénèque , mais que c'est plutôt l'ouvrage d'un déclamateur, qui ne savoit ce que c'étoit que tragédie.
La catastrophe de ma pièce est peut-être un peu trop sanglante. En effet, il n'y paroîfc presque pas un acteur qui ne meure à la fin. Mais aussi c'est la Thébaïde , c'est-à-dire, le sujet le plus tragique de l'antiquité.
L'amour, qui d'ordinaire a tant de part dans les tragédies , n'en a presque point ici; et je doute que je lui en donnasse davantage (i) si c'étoit à recommencer ; car il faudroit , ou que l'un des deux frères fût amoureux , ou tous les deux ensemble. Et quelle apparence de leur donner d'autres intérêts que ceux de cette fameuse haine qui les occupoit tout entiers? Ou bien il faut jeter l'amour sur un des seconds personnages, comme j'ai fait ; et alors cette passion , qui devient comme étrangère au sujet, ne peut produire que de médiocres effets. En un mot, je suis persuadé que les tendresses ou les jalousies des amans ne sauroient trouver que fort peu de place parmi
(i) Racine ne lui en a que trop donné : c'est bien assez des amours d'Antigone , d'Hémon , de Créon j c'est même beaucoup trop. Racine avoit dès-lors de bons ]>rincipes qu'il n'observoit pasj ou plutôt il étoit subjugué par le préjugé de son temps , et par la manie des comédiens qui youloient partout de l'amour.
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les incestes , les parricides et toutes les autres horreurs qui composent l'histoire d'Œdipe et de sa malheureuse famille.