‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 35 sur 193 · JOCASTE, OLYMPE · texte numérisé non relu

JOCASTE, OLYMPE

1 LS sont sortis, Olympe? Ah, mortelles douleurs ! (i) Qu'un moment de repos me va coûter de pleurs î

(i) Ils sont sortis, Olympe?

On voit bien que la scène ne peut être que dans le palais

de Jocaste : il eût été mieux de marquer plus précisément

ce lieu ; c'est une des premières règles du théâtre. Racine

s y est conformé avec plus d'exactitude qu'aucun autre poète;

il a même contribué à l'établir : avant lui on n'étoit pas

scrupuleux sur l'observation des préceptes de l'art. Corneille

lui-même s'étoit souvent affranchi de cette gêne dans ses

I meilleurs ouvrages ; il connoissoit parfaitement les règles ,

j; comme on le voit dans ses examens j mais il ne crovoit pas

j TOME I. ^\

Mes yeux depuis six moisétoient ouverts aux larmes. Et le sommeil les ferme en de telles alarmes! (i) Puisse plutôt la mort les fermer pour jamais, Et m' empêcher de voir le plus noir des forfaits ! (2) Mais en sont-ils aux mains ?

toujours devoir s'^r assujettir. Racine est le plus régulier des auteurs dramatiques : c'est lui qui le premier a soumis le théâtre aux lois d'une discipline sévère ; c'est le poète de la raison. L'ordonnance et la constitution de ses pièces sont d'une sagesse admirable : on y trouve une poétique pratique dont j'expliquerai les principes à mesure que l'occasion s'en présentera ; et par ce moyen les gens du monde , et même les gens de lettres , trouveront réunis dans ce commentaire tout ce qui peut servir à l'intelligence des finesses de l'art et au mécanisme de la composition tragique. Ils sont sortis ? On seroit tenté de croire que Jocaste parle de ses deux fils ; qu'ils ont eu xme entrevue pendant laquelle il lui est arrivé de s'endormir , et qu'ils sont sortis tous les deux pendant son sommeil : ce sens n'est nullement vraisemblable j il faut entendre par ils sont sortis , la sortie d'Etéocle et de son armée pour aller au-devant de Poljnice.

(i) Mes yeux depuis six mois étoicnt ouverts aux larmes, Et le sommeil les ferme en de telles alarmes !

Ce qui est encore plus vicieux que l'antithèse d'ouvrir et de fermer les yeux, c'est cette petite circonstance du sommeil de Jocaste dont Etéocle a profité pour sortir. Jocaste , ne le retrouvant plus , se reproche d'avoir dormi ; on voit , dansle cours de la pièce , qu'Etéocle sait bien trouver le moyen de sortir, même quand sa mère est éveillée.

.(•î) Puisse plutôt la mort les. fermer pour jamais , El m'empêcher de voir le plus noir des forfaits !

VARIANTE

11 devait bien plutôt les fermer pour jamais , Que de favoriser le pius noir des forfaits.

ACTEI,SCENEI. 5

OLYMPE

Du haut de la muraille Je les ai vus déjà tous rangés en bataille • J'ai vu déjà le fer briller de toutes parts ; Et pour vous avertir j'ai quitté les remparts. J'ai vu , le fer en main , Etéocle lui-même ; Il mai'clie des premiers ; et, d'une ardeur extrême , Il montre aux plus hardis à braver le danger.

N'en doutons plus, Olympe, ils se vont égorger. Que l'on coure avertir et hâter la princesse ; (i) Je l'attends. Juste ciel , soutenez ma foiblesse I Il faut courir. Olympe, après ces inhumains; Il les faut sépai-er , ou mourir par leurs mains. Nous voici donc, hélas , à ce jour détestable (2) Dont la seule frayem- me rendoit misérable ! Ni prières ni pleurs ne m'ont de rien servi; Et le courroux du sort vouloit être assouvi.

(i) Que l'on coure avertir et hâter la princesse ;

On dit se hâter ^ mais hâter quelqu'un n'est pas d'un usage élégant , quoique l'Académie l'autorise : hâter s'applique mieux aux choses. Je crois qu'il faudroit permettre aux poètes de l'appliquer aussi aux personnes. Dans les premières éditions on lisoit :

Que l'on aille au plus \îte avertir la princesse. (2) Nous voici donc , liélas , Racine avoit d'abord mis :

Nous voici donc , Olympe , Olj-rape se trouyoit trois fois en six vers.

4 LES FBlERES ennemis,

O toi, soleil 5 ô toi qui rends le jour au monde , (i) Que ne T as-tu laissé dans une nuit profonde ? A de si noirs forfaits prêtes-tu tes rayons ? Et peux-tu sans horreur voir ce cpe nous voyons ? Mais ces monstres, liëîas, ne f épouvantent guères ! La race de Laïus les a rendus vulgaires ; (2)

(i) O toi , soleil , ô toi qui rends le jour au monde, Ce vers a remplacé celui-ci qu'on lisoit dans la première tdilion :

Qui que tu sois , ô toi qui rends le jour au monde , etc. Cette apostrophe au soleil est trop longue ; elle est déplacée et sent la déclamation ; c'est une mauvaise imitation du goût de Corneille. Racine, dans Iphigénie, met aussi dans la bouche de Clytemnestre une apostrophe^au soleil :

Et loi , soleil , et toi qni dans cette contrée, Reconnois l'héritier et le vrai fils d'Atrée ,• Toi qui n'osas du père éclairer le festin , Recule , ils t'ont appris ce funeste chemin !

Iphig., Act. V, Se. 4-

Ici, l'apostrophe est courte , vive , bien adaptée au sujet r elle rappelle une tradition relative aux crimes d'Atrée 5 l'application qu'en fait Cljtemnestre au crime d'Agamemnon , est im trait de fureur et d'indignation. Mais la famille d'Œdipe n'a rien de commun avec le soleil; et l'apostrophe de Jocaste f^st de l'emphase de rhéteur plutôt que l'expression de la douleur et du désespoir d'une mère. Les vers sont bien faits dans la manière de Corneille ; mais on y remarque une vaine pompe , réprouvée par le goût dans un pareil moment.

(î) La race de Laïus les a rendus vulgaii-es j Quelques éditions portent:

Le seul sang de Laïus les a rendus vulgaires; La tirade déjà très-verbeuse languissoit bien davantage lors- <ni'clîe étoit terminée par les quatre vers suivans que Racine

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