ACTE I, SCENE III
Est-ce du sang d'un frère, ou n'est-ce point du vôtre ? (i)
Non, Madame, ce n'est ni de l'un ni de l'autre. (2)
coup la scène , quoiqu'il ne motive pas assez, son arrivée. Louis Racine condamne le mot de traces comme impropre j le fils est trop sévère pour son père. Il y a des éditions où ce sers et le précédent sont ainsi arrangés : É T É o c L E.
Madame , qu'ave z-vous ; et quel mal si cache. . .
Ah , mon fils , de quel sang êtes-vous là taché ? Racine a beaucoup corrigé le style de ce premier de S03 ouvrages , et il l'a encore laissé très-défectueux.
(i) Est-ce du sang d'un frère , ou n'est-ce point du vôtre? Racine avoit mis d'abord
Est-ce de votre frère , ou n'est-ce point du vôtre ?
(2) Non , Madame , ce n'est ni de l'un ni de l'autre. Ni de l'un ni de Vautre^ n'est ni élégant ni harmonieux. Les «juatre vers qui suivent sont bien tournés , ils sont fort différens de ceux qui se trouvoient dans les premières éditions :
Polynice à mes yeux ne s'est point présenté ,
Et l'on s'est peu battu d'un et d'autre côtcî ,•
Seulement quelques Grecs , d'un insolent courage ^
M'ayant osé d'abord disputer le passage.
J'ai fait mordre la poudre etc.
Je recueille avec soin ces variantes de Racine : on y voit comment un auteur peut corriger ses fautes 5 quelle est l'importance du style , et combien le poète le plus élégant , le plus harmonieux , le plus châtié étoit encore foible , négligé et même dur dans ses premiers essais. Ce qui étonne , c'est que dans un âge plus miir il n'ait pas fait disparoître toutes les taches de sa Thébaïde : il a dédaigné , sans doute , de s'assujettir à ce travail ingrat , pour im ouvrage dont le fonds ne lui paroissoit pas en valoir la peine..
Dans son camp jusqu'ici Polynice arrêté ,
Pour combattre , à mes yeux ne s'est point présenté.
D'Argiens seulement une troupe hardie
M'a voulu de nos murs disputer la sortie :
J'ai fait mordre la poudre à ce^ audacieux;
Et leur sang est celui qui paroît à vos yeux.
Mais que prétendiez-^ous ; et quelle ai'deur soudaine Vous cl fiiit tout-à-coup descendre dans la plaine? (i)
Madame, il étoit temps que j'en usasse ainsi, (2) El je perdois ma gloire à demeurer ici. (5) Le peuple, à qui la faim se fciisoit déjà craindre,
(1) Mi'.is que pretpndiez-vouà; et quelle îirdeur soudaine
Vous a fait tout-à-coup descendre dans la plaine? Ces deux vers ont remplacé ceux-ci qui n'éloient que de la prose rimce :
Mais pourquoi t'onc sortir avecque votre armée? Quel est ce mouvement qui m'a tant alarmée? Racine a réformé très-promptcment l'ancien «sage de faire m'eccjite de trois syllabes j ee qui étoit à la fois dur et lâche dans la versification. Du temps de Corneille aucun poète ne s'en faisoit scrupule.
(a"l jVIadiime, il étoit temps quej'en usasseainsi. Ce vers désagréable y plutôt que défectueux y auroit eu be-v soin d'être corrigé.
(5) Et j' perf^oïj ma gloire à demeurer ici.
Ccvtrs, clans les premières éditions, étoit suivi de huit autres que Racine n trancha sagement, quoique leur plus grand défaut fût de n'être pas nécessaires:
Je n'ai que trop langui deriièrc une muraille f Je Lrulois de me voir en un champ de bataille..