ACTE I, SCENE IIÎ
De mon peu de vigueur commenroit à se plaindre ,
Me reprochant déjà qu'il m'avoit couronné,
Et que j'occupois mal le rang qu'il m'a donné.
Il le faut satisfaire; et, quoi qu'il en arrive,
Tlièbes dès aujourd'hui ne sera plus captive:
Je veux, en n'y laissant aucun de mes soldats,
Qu'elle soit seulement juge de nos combats.
J'ai des forces assez pour tenir la campagne ;
Et si quelque bonheur nos lu'mes accompagne, (i)
L'insolent Polynice et ses fiers alliés
Lciisseront Thèbes hbre , ou mourront à mes pieds. (2)
Vous pomTiez d'un tel sang, oh ciel, souiller vos armes ! (3) La couronne pour vous a-t-elle tant de charmes?
Lorsque Ton peut paroitre au milieu des hasards , Un f^rand cœur est honteux de garder les remparts. J'ëtois las d'endurer que le fier Polynice Me reprocliût tout haut cet indigne exercice , Et criât aux Tliéhains , afin de les gagner , Que je laissois aux fers ceux qui me font régner. Le peuple, etc.
(i) J'ai des forces assez pour tenir la campagne ; Et si quelque bonheur nos armes accompagne ,
Ces deux vers auroient eu besoin d'être corrigés : le premier est foible et prosaïque j le second présente une inversion peu naturelle.
(2) L'insolent Polynice et ses fiers alliés Laisseront Thèhes libre , ou mourront à mes pieds.
Racine avoit d'abord fait ainsi ces vers : L'insolent Polynice et ses Grecs orgueilleux Laisseront Thèbes libre, ou mourront à mes yeux.
(3) Vous pourriez d'un tel sang, oli ciel, souiller vos armes!
Dans les premières édi lions , celte réponse de Jucustc
lo LES FRERES ENNEMIS,
Si par un parricide il la falloit gagner , Ali, mon fils, à ce prix voudriez- vous régner? ?\lais il ne tient qu'à vous, si Thonneur vous anime, De nous donner la paix sans le secours d'un crime. Et, de votre courroux triomphant aujourd'hui, Contenter votre frère, et régner avec lui. (i)
Appelez-vous régner partager ma couronne, Et céder lâchement ce que mon droit me donne ? (2)
commençoit par ces vers retranchés depuis : Vous préserve le ciel d'une telle victoire ! Thèbes ne veut point voir une action si noire. Laissez-là son salut , et n'y son£;ez jamais ,• La guerre vaut bien mieux que cette affreuse paix. Dure-l-elle à jamais cette cruelle guerre , Dont le flambeau fatal désole cette terre ! Prolongez vos malheurs, augmentez-les toujours , Plutôt qu'un si grand crime en arrête le cours. Vous même d'un tel sang souilleriez-vous vos armes ? La couronne etc.
Ces vers sont lâches et pleins d'une vaine enflure.
(i) Contenter votre frère , et régner avec lui.
La construction est vicieuse , et la langue exige de contenter. Cette faute étoit bien facile à corriger de cette manière :
De contenter un frère en régnant avec lui. Racine l'avoit évitée , ce me semble , moins heureusement dans les premières éditions , en écrivant :
Vous pouvez vous montrer généreux tout-à-fait , Contenter votre frère , et régner en effet.
(2) Appelez-vous régner partager ma couronne ,
Et céder lâchement ce que mon droit me donne ?
Racine avoit mis d'abord :
Appelez-vous régner lui céder ma couronne , Quand le sang et le peuple à la fois me la donne ?