‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 77 sur 193 · ACTE III, SCENE VI. 7S · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI. 7S

D'Etëocle d'abord j'appuyai l'injustice ; Je lui fis refuser le trône à Poljnice. (i) Tu sais que je pensois dès-lors à m'y placer ; Et je l'y mis, Attale, afin de l'en chasser. (2)

Mais, Seignem-, si la guerre eut pour vous tant de cliarmes^ D'oii vient que de leurs mains vous aiTachez les armes? Et puisque leur discorde est l'objet de vos vœux. Pourquoi, par vos conseils, vont-ils se voir tous deux ? (5)

Plus qu'à mes ennemis la guerre m'est mortelle , Et le courroux du ciel me la rend trop cruelle : Il s'arme contre moi de mon propre dessein; Il se sert de mon bras pour me percer le sein. La guerre s'allumoit, lorsque, pour mon supplice ^ Hémon m'abandonna pour servir Polynice ; Les deux frères par moi devinrent ennemis; Et je devins, Attale, ennemi de mon fils. Enfin, ce même jour, je fais rompre la trêve,

(i) Je lui fis refuser le trône :i Polynice.

V A n I A IV T E.

Je lui fis refuser l'empire ù Polynice.

(ï) Et je l'y mis , Attale , afin de l'en chasser. V A R I A IV T E.

Et je le mis au trône, afin de l'en chasser.

(3) Pourquoi, par vos conseils , vont-ils se voir tous deux ? VARIANTE.

Pourquoi ; par vos conseils , s'emhvassent-ils tous deux

J'excite le soldat , tout le camp se soulève , On se bat; et voilà qu'un fils désespéré Meurt, et rompt un combat que j'ai tant préparé. Mais il me reste un fils; et je sens que je l'aime Tout rebelle qu'il est, et tout mon rival même. Sans le perdre, je veux perdre mes ennemis. Il m'en coûteroit trop s'il m'en coûtoit deux fils. Des deux princes , d'ailleurs, la haine est trop puissante ; Ne crois pas qu'à la paix jamais elle consente. Moi-même je saurai si bien l'envenimer.

Qu'ils périront tous deux plutôt que de s'aimer. Les autres ennemis n'ont que de courtes haines ; Mais quand de la nature on a brisé les chaînes. Cher Attale, il n'est rien qui puisse réunir Ceux que des nœuds si forts n'ont pas su retenir. L'on hait ^vec excès lorsque l'on hait un firère; Mais leur éloignement ralentit leur colère : Quelque haine qu'on ait contre mi fier ennemi, (i) Quand il est loin de nous , on la perd à demi.

(i) Quelque haine qu'on ait contre un fier ennemi, etc. Quelque haine qu'on ait pour un fier ennemi, etc. C'est la même pensée qu'on va bientôt voir exprimée avec plus d'énergie dans ce beau vers :

Qu'on hait un ennemi quand il est près de nous ! En employant d'avance , eu retournant cette idée Racine paroît l'avoir affoiblie : il ne fout ni répéter , ni délayer un sentiment , si l'on veut qu'il produise de l'effet. Etéocle frappe moins quand il redit , quoiqu'avec plus de force, ce que Créon ayoit dit avant lui.

Page 1