ACTE IIÎ, SCENE VI. nS
Ne t'ëtonne donc plus si je veux qu'ils se voient : Je veux qu'en se voyant ieiurs fareurs se déploient; Que rappelant leur haine, au lieu de la cliasser, Ils s'étouffent, Attale, en voulant s'embrasser, (i) A T T A L E.
Vous n'avez plus, Seigneur, à craindre que vous-même On porte ses remords a^^ec le diadème. (2)
Quand on est sur le trône , on a bien d'autres soins ;
Et les remords sont ceux qui nous pèsent le moins.
Du plaisir de régner une âme possédée ,
De tout le temps passé détourne son idée;
Et de tout autre objet un esprit éloigné
Croit n'avoir point vécu tant qu'il n'a point régné.
Mais allons. Le remords n'est pas ce qui me touche, (5)
(0 Ils s'étouffent , Attale, en \oulant s'embrasser. C'est là le germe tlece vers excellent que Piacine mit depuis dans la bouche de Néron.
J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer.
Britann. , Act. IV , Se. 3.
(1) On porte ses remords avec le diadème.
Mauvais concetti dans le goût du temps. Ces puérilités paroissoient alors ingénieuses; elles ne sont plus que ridicules. D'autres défauts encore plus choquans sont devenus à la mode. Racine ne sacrifia pas long-temps à ce mauvais goût. Il faut lui pardonner ces légères complaisances pourson siècle , puisque c'est lui qui l'a corrigé.
('>) ... Le remords n'est pas ce qui me touche ,
Créon, malgré son ambition et son amour, n'est quua
yS LES FRERES ENNEMIS,
Et je n'ai plus un cœur que le crime effarouche : Tous les premiers forfaits coûtent quelques efforts ; Mais 5 Attale , on commet les seconds sans remords.
scélérat froid et dégoûtant, qui ne rachète point par la profondeur des vues et la hardiesse de l'entreprise, ce qu'il y a d'odieux dans son caractère. Tout cet acte est vuide d'action et plein de vains discours.