‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 80 sur 193 · ACTE ly, SCENE L r,g · texte numérisé non relu

ACTE ly, SCENE L r,g

Voulut de nos parens punir ainsi l'inceste ; Et que dans notre sang il voulut mettre au jour Tout ce qu'ont de plus noir et la haine et l'amour. Et maintenant, Gréon, que j'attends sa venue, Ne crois pas que pour lui ma haine diminue, (i) Plus il approche , et plus il me semble odieux ; Et sans doute il faudra qu'elle éclate à ses yeux. J'aurois même regret qu'il me quittât l'empire : (2) Il faut , il faut qu'il fuie , et non qu'il se retire. Je ne veux point , Créon , le haïr à moitié ; Et je crains son courroux moins que son amitié. Je veux, pour donner cours à mon ardente haine. Que sa fureur au moins autorise la mienne ; Et puisqu'enfin mon cœur ne sauroit se trahir ,

(i) Ne crois pas que pour lui ma haine diminue. Plus il approche , et plus il me semble odieux j

Ne croîs pas que pour lui ma liaine diminue. Plus il approche , et plus il allume ses feux.

Dans toute la tirade on remarque cette exubérance de la jeunesse, qui ne connoît encore ni le choix, ni l'économie. Quintilien aimoit à rencontrer ce défaut dans un élève: vola se se eff'eratin adolescente fecunditas. Etéocle dit trop parce qu'il veut tout dire : il dit ici foiblement ce qu'il dira mieux après. Quand il arrivera à ce vers (ju'on hait un eiviemi, etc. il ne fera que se répéter. '

(2) J'aurois même regret qu'il me quittât l'empire : Quittât, est incorrect 5 il étoit aisé de mettre à la place cédât. Cette faute n'empêche pas que la tirade ne soit pleine de verve et digne du meilleur temps de Racine.

8o LES FRERES ENNEMIS,

Je veux qu'il me déteste, afin de le haïr. Tu verras que sa rage est encore la même ; Et que toujours son cœur aspire au diadème ; Qu'il m'abhorre toujours, et veut toujours régner; Et qu'on peut bien le vaincre , et non pas le gagner. C R É o N.

Domptez-le donc. Seigneur, s'il demeure inflexible. Quelque fier qu'il puisse être , il n'est pas invincible ; Et puisque la raison ne peut rien sur son cœur. Eprouvez ce que peut un bras toujours vainqueur. Oui, quoique dans la paix je trouvasse des charmes. Je serai le premier à reprendre les armes ; Et si je demandois qu'on en rompît le cours. Je demande encor plus que vous régniez toujours. Que la guerre s'enflamme et jamais ne finisse , S'il ftmt, avec la paix, recevoir Polynice. (i) Qu'on ne vous vienne plus vanter un bien si doux ; La guerre et ses horreurs nous plaisent avec vous. Tout le peuple thébain vous parle par ma bouche ;

( 1 ) S'il faut , avec la paix , recevoir Polynice.

Après ce vers , Racine en a retranché plusieurs autres qu il a jugés avec raison foibles et languissans. On lisoit dans les premières éditions :

La paix est trop cruelle a\>ecque Polynice :

Sa prëscnce aigriroit les charmes les plus doux ;

Et la guerre, Seigneur, nous plaît avecque vous.

La rage d'un tyran est une affreuse guerre :

Toirt ce qui lui déplaît , il le porte parterre.

Du plus beau de leur sang il prive les états,

Et ses moindres rigueurs sont d'horribles combats.

T ,ut le peuple , etc.

Ne

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