ACTE lY, SCENE III. g
Dans ce même palais où vous prîtes naissance ;(i) Kt moi, par un bonheur oii je n'osois penser, L un et l'autre à la fois je vous puis embrasser. Commencez donc, mes fils, cette union si chère; Et que chacun de vous reconnoisse son frère. Tous deux dans votre frère envisagez vos traits : Mais, pour en mieux juger, voyez-les de plus près. Surtout que le sajig parle et fasse son office. (2)
(i) Dans ce même palais où vous prîtes naissance ;
Il est mal-adroit à Jocaste de rappeler à ses fils leur naissance , si honteuse et si funeste pour la mère et pour les enfans. Du reste , cette scène est presque la seule où Jocaste soit bien en action et joue un rôle vraiment intéressant. Sa tendresse forme un beau contraste avec la haine des deux frères • et rien nemanqueroit à la beauté de cette situation, si le spectateur pouvoit espérer quelque succès des efforts de cette tendre mère. Mais on est sûr d'avance que tous ses discours sont en pure perte : dès-lors , plus d'intérêt j et d'ailleurs comment s'intéresser à ces deux hommes éi^alement odieux et féroces? Cela n'empêche pas que les détails de la scène ne .oient très-beaux, très-éloquens , et que Racine ne s'y montre supérieur à Euripide, à Sénèque , à Rotrou et à tous ceux qui 1 ont traitée après lui : on s'en convaincra par les extr.i's des diverses tragédies composées sur ce sujet. Sans char-^cr mes notes d'une foule de passages que Racine a imifés ki
pensé qu'on aimeroit mieux les trouver réunis à la suite de sa pièce.
(2) Surtout que Je sang parle et fasse son office.
Fasse son office, expression triviale et bourgeoise , qui déplaît davantage dans un si beau moment. C'est <la„s les .iluatmnstouchanlos et pathétiques, qu'on doit surtout s'attacher a mamtemr le si vie au niveau du sujet, et s'interdire sévère-
è4 LES FRERES ENNEMIS,
Approchez, Étéocle; avancez, Polynice.
Hé cjuoi, loin d'approcher, vous reculez tous deux!
D'où vient ce sombre accueil et ces regards fâcheux i" (i)
N'est-ce point que chacun , d'une âme irrésolue ,
Pom- saluer son frère attend c[u'il le salue ;
Et qu'affectant l'honneur de céder le dernier,