‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 102 sur 150 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Et les autres flambeaux, par le ciel reluisans, Pour le bien radresser ne sont pas suffisans. V.n fin la nuicl s'envole, et Taube colorée Ilaste le beau soleil à la tresse dorée, Qui de ses clairs rayons l'univers resjouil. Et toute autre liiiniorc auprès s'csvanouit. Lors il leprend courage et, joyeux, il salue Geste clarté nouvelle à son secours venue, 5?e remet au cbeniin qu'il avoit délaissé, Et connoist de combien il s'est desadvancé.

J'en ay fait tout ainsi, j'ay suivy mesme adresse, Vray pèlerin d'Amour, dés ma tendre jeunesse; Car mon âge si lost du printans n'approcha. Que ce dieu contre moy mille traits décocha, Se lit roy de mon ame, escliauffa mon courage, Et me mit au chemin de l'amoureux voyage. Lors, pour servir de guide â mon aniant désir, La Jeunesse me fit une beauté choisii', Qui s'offrit favoral.le à mes yeux la première. Et (|ue je reconneu pour ma seule lumière. Son ardeur doucement mon esprit embrasoit. Je ne voyoy plus rien qu'ainsi qu'il luy pl.iisoii ; '.'estoit mon seul objet, mon désir et ma Haine, Et sa seule intluencc avoit force en mon ame.

J'ay longuement erré parmy l'obscurité De mes sens aveuglez, suivant telle clarté; J'ay passé maint taillis et maint désert champeslre, E'sloigné du chemin sans me pouvoir connoistre; En vain mille beautez s'ofiroient devant mes yeux, Comme astres qui la nuict vont allumant les cieux; Je n'en pouvoy lirer de plus seure conduite, Et tousjours leur clarté me sembloit trop petilc Mais, si tost que le jour de vos yeux m'esclaiia, Mon cœur d'aise ravy ce soleil adoia, Et connu tout soudain qiu^ la flame allumée Dedans moy paravant n'esloit rien que fumée; De ma première erreur je fu tout asscuré, Et vey que jusqu'icy je m'estois égaré. Car celuy qui ne suit vostre beauté si rare. Seul soleil de nos ans, peut dire qu'il s'égare; Son désir mal conduit erre sans jugement, Et ne connoist d'.imour l'agréable tourment.

Il me souvient tousjours qu'en mon ardeur pronii; ri Lors que mon ame estoit autre part prisonnière. Je pensoy fermement qu'on ne sçeut mieux aimer. Et n'eusse jamais creu qu'Amour put enllamer

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Plus cliaiuloinpiil un cœur tic sa vive cslincplle, ^y (lu'un parlait aiiianl pul'oslre jjIus fidcllo. *lais vos yeux m'ont api)ris que j'cslois ahusi', M'ayniit dn lanl cli> feux rcsluinacli * ciiilii asr, Kt mis ou uiou cspril ili> penscrs si grand uoiiihrc, <Juo ma première amour au prix u'csloit qu'un omlire Bref, je suis si pressé, qu'ores je conuoy bien llelas! qu'au jirix de vous je n'aimay jamais rien. Vrayment c'est l)irn raison (|ue l'amour qui nie tue, Passe toute autre amour ([u'auparavant j'ay eue, l'.t qu'en vous adorant je croisse rn loyaulé, D'autant que vos t)e.iutez passent toute Ijeaulé, lieautez i)leines de lis et de roses nouvelles, D'a^reahles langueurs, de llammes immortelles, h'amours, de doux attraits, de tliresors ])recieux, l^t des iicrfeclions que receloient les cieux. Car toiit ce que le ciel avoit mis en resei-ve De plus belle richesse, en vos yeux se conserve, Vos yeux si beaux aux miens, qui me donnc-nt le jour. Kt qui font qu'.Amour mesmc est embrasé d'amour.

Quant à moy, si je voy quelque autre damoiselle, ',Hii guide en cheminant les grâces avec elle, Qui ait les cheveux beaux, les yeux cruels et doux, .le dy qu'en quelque chose elle appioche de vous. Mais non pas que pourtant elle soit si parfaite; Car pour chef-d'œuvre seul nature vous a faite, fousjours on vous peut voir admirable exceller, Et à vous rien que vous ne se doit égaler; Ainsi que la douleur qu'en mon ame j'asscndjle, Qui surpassant toute autre à soy seule ressenddc. J'ay tousjours jusqu'icy blasmé l'extrémité, iMais je pers cet advis perdant ma libellé, Car vous voyant, madame, en beautez tant exlrèiuo. Je consens que mon cœur extrêmement vous aime, Je veux qu'en vous servant il souffre extrêmement lit le desavoùroy, s'il faisoit autrement. Peut-estre quelque jour vous en serez touchée, Va, alln que ma mort ne vous soit reprochée, I inirez mes langueurs, aurez de moy pitié, l.t recompenserez ma lidelle amitié.

0 dieux, si d'un tel heur je contente ma vn', iNe m'accordez plus rien de chose que je pi ic : On ne me verra plus d'autres biens désireux, iil, m'estimcray lors contant et bien heureux.

I '' |ioi)iiiie.

Mais si, par mon mallieur trop cruelle et trop fiere, Vous ne vous fléchissez au son de ma prière, Sans plaisir, sans confort, triste et désespéré. Je veux blasmer le ciel contre moy conjuré, Et maudire ma vie, où tout malheur abonde. Prenant congé d'Amour, le seul bien de ce monde. Car que me servira que je sois redouté. Que j'aye en mon printans maint effort surmonté. De in'cstre veu le chef de si grandes armées. D'avoir des ennemis les campagnes semées, D'estre échappé vainqueur de cent mille dangers, D'estre le seul effroy des princes estrangers. D'un roy si généreux avoir pris ma naissance, ilourageux, indonté, d'invincible puissance; Avoir dessus mon front semé tant de lauriers, Avoir jeune arraché la palme aux vieux guerriers. Jusqu'au plus haut du ciel planté ma renommée, Que le tans ny la mort ne rendront consommée, Bien voulu d'un chacun, bien craint, bien estimé, Si de vous seulement je ne puis estre aimé. Et si vous refusez de m'estre favorable? La grandeur sans amour est chose misérable.

J'aimeroy beaucoup mieux estre né bassement, N'avoir point tant de cœur, ny tant de sentiment. Que mon esprit fust lourd et mon ame pesante, Ma douleur pour le moins ne seroit si cuisante; Car plus un homme est grand et de gloire animé. Plus chaud est le brandon qui le rend consumé ; Et le mal qui le presse est beaucoup plus terrible Que celuy du commun, qui est presque insensible. Puis je croy fermement qu'Amour victorieux A des lléches à part pour les rois et les dieux. Et ne sçauroy penser que les grands il surmonte, Comme le peuple bas, dont presque il ne fait conte. Las! de ses traits choisis mon cœur est traversé, 11 a tout dedans moy son carquois renversé; Je suis sa trousse mesme et sa chaude fournaise ; Vos yeux et mes pensers en nourrissent la braise, Dont mon cœur languissant sera tost dévoré. Si par l'eau de pitié ce feu n'est modéré. Car, le voulant couvrir d'une froide apparence. Par ma discrétion j'accrois sa violence; De vous voir bien souvent ne faisant pas semblant, Quand je suis tout en feu feignant d'estre tremblant, Et me monstrant joyeux en ma douleur cruelle. Seul entre tous les grands qui mes amours recelle.

280 r. i.KoiKs.

Car cxw coiTmiiiin'Tnrnt au lifii flf> les color, Troiivoiit inillo sujets poui- en l'aire i)arlor, Où moy ']o les contrains et les caclio rn mon anio, Aimant mieux rnilurrr ([iio do nuiii» à ma <lamo, Kl ne voulant qu'un |U'n|il(! ignorant et sans loy Connoi.sse mes désirs et l)aliille de moy.

(leux (pii seaveul comment à ])art je me retire, One je me plais tout seul, que j'aime tant à lire Les passions d'Amour, ses ellels rigoni-cnx, Jugent tout aussi test que je suis amoureux. Ils le disent assez, mais ils n'ont connoissance Que vous me icteniez en vostrc olieïssaiice, Tant je s(,ay liicn eouxrir mon désir violant, Qui, las! croisl d'autant plus (pie je le vay celant! Mais j'aime mieux soulTrir une douleur plus forte, One mon alloifement qucUpie ennuy vous apporte; J'aime mieux me priver du lieaii jour de vos yeux, Fuyant ce que j'adore et <pu^ j'aime le mieux, Car j'ay ce, reconfort, qui mon mal diminue, lie penser que ma foy par-là vous soit coimnë, El que la vérité de mon affection Se découvre aisément par ma discrétion.

Qui est de fermeté le plus seul' tesmoignage; Jamais homme discret ne sceut estre volage.

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