‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 107 sur 150 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Si l'Amour est un dieu, c'est un dieu d'injustice, Ueconnoissant le moins ceux qui luy font service; Un aveugle en nos maux, un enfant iiicoustanl. Au jouet du hazard ses faveurs départant, Qui s'abreuve de sang et de larmes brûlantes, Et qui perce les cœurs de flèches différantes. Afin que nos esprits, errans diversement. Sans jamais reposer soient tousjours en touruicnf. Vous qui de ses rigueurs n'avez la coimoissance, Ne vous esclavez point, faites luy résistance ; Les plus loyaux amans sont moins recompensez. .Alon mal peint en ces vers le fait connoislre assez.

Cet enfant invaincu, Dien de sang et de llame, Un jour, iiour mon malheur, me fist voir une dame Qui de ses chauds regards tout le ciel allunioit, Kt les petits amours comme roses semoit. Si tost que je la vey, mon ame en fut esmuë. Et l'Amour aussitost flamboyant en sa veuë, Comme un esclair subtil par un veri'e élancé, Passa dedans mon cœur, qu'il n'a jamais laissé. Je l'adoray depuis comme chose divine, l"t rien qu'un feu si beau n'eschaufl'oit ma poitrme ; En ses yeux seulement lout mon heur s'assembloit, Et tout autre plaisir ennuyeux me sembloit. Mais pour premier malheur de ma triste avanlui c, Un niary deffiant, de jalouse nature.

Comme un dragon veillant de la voir m'einpesclioil, Kt son riche Ihresor avarement cachoit. Tout ce qu'on dit d'Argus de luy se peut bien dire; .Jamais le doux sommeil, quand l'hebus se letirc, .Ne luy ferme les yeux; il veille iucessammatil, Ou, s'il dort, il l'entend et la voit en dormant ; Et, quand un papillon voile autour de la belle, 11 crie et veut sçavoir s'il est malle ou femelle.

De ce maudit jaloux mon mal est procédé; Car depuis, la trouvant, cent fois j'ay relardé iTi-o|> disciet pour mon bieni de luy faire ma plainte, Et tandis mon désir croissoil parla coulrainle.

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