‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 106 sur 150 · LIVRE I. 28a · texte numérisé non relu

LIVRE I. 28a

Et voyant, o regret! sa feintise notoire, La croyant, il se fasche et se hait de la croire ; Mais il la croit pourtant, et la doit croire aussi, Bien qu'en s'en souvenant il reste tout transi.

Or, quand ce souvenir à ses yeux se présente, Ilelas 1 c'est tait de luy, il crie, il se tourmente, H soupire, il sanglote, il est plus qu'au Irespas Et despite sa vie ; il chemine à grands pas, Et cherche en ravassant les lieux plus solitaires. Pour maudire à son gré les destins adversaires. H va de ses douleurs la terre ensemençant. De ses cuisans soupirs l'air s'eschauffe en passant, Et l'amoureuse Echo, d'aigre douleur contrainte, l'army les rocs cavez respond à sa complainte.

0 féminin cerveau, dit-il en soupirant, Traisire, feint, sans arrest deçà delà courant, Contraire objet de foy, parjure et variable. Que celuy qui te croit est pauvre et misérable! Je t'ay creu toutesfois, aussi tu m'as fait voir Combien ton naturel est propre à décevoir. Mais, las ! qui ne l'eust creu? cette aspre violance, Ces sermens, ces propos, tant vrais en apparence, Tant enflammez d'amour, tant chauds d'affection, Ces regai'ds desrobez, brùlans de i)assion. Ces doux languissemens, ces mignardes caresses, Ces larmes, ces propos et ces longues promesses, Estoient-ce les tesiiioins d'une légère foy. Et qu'on favorisas! les autres comme moy? Ah I traistre et lasche cœur! de quel masque hypocrite As-tu sceu déguiser ta volonté maudite, Sans que par mon amour, ny par ma fermeté, J'aye peu retenir tant d'infidélité?

On dit que Cupidon n'est jamais saoul de larmes. Mi le dieu Tliracien de meurtres et d'alarmes. Les abeilles de fleurs, les chèvres d'arbrisseaux, De rivières la mer, et les prez de ruisseaux: Mais qu'on dise aussi-bien que la femme inconstante, De cent mille amoureux ne seroit pas contante. En a-t-elle un acquis, elle en veut un nouveau, Et jamais lermeté n'habite en son cerveau ; Animal plein de ruse, indontable et volage, N'ayant rien dans le cœur qui s'accorde au langage.

Las! je croy que les dieux ardamment courroucez, Un jour que les humains les avoient offensez, Eirent naislre icy bas pour punir leur audace Et pour les travailler, la féminine race,

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Ainsi ([110 les si>ipons, los tigres ol los lotips, Aux mortels niillo t'ois plus courtois ot i)lus douï, l'.t toinnip ou voit sortir, parniy les l)onu(>s planlos, llos chardons inulils ot dos lioil)CS inocliantos.

lie pour(|uoy la nature, ot los cioux n'ont iiormis ijuo los homnios par oux, ot d'eux mosinos amis, Saiis toy, sexe impartait, pnussenl avoir naissance, Pour no te devoir plus cesic reconnoissance'? Ainsi rpio nous voyons qu'tm soigneux jardinier l'.nlo sur un prunier los grofl'os d'un prunier, lu ]iominioi' sur im autre, ot un oliesne sauvage. De ses jeunes rainseaux peupler tout un bocage; (>u comme le phénix, soy-mesme se brûlant. Sans finir par sa lin se va renouvelant. Mais onlin je ni'arreste aux effets de nature, i.hii tout cet univers conduit à l'avanture, l'ar hazard, par fortune et par Icgereto, El qui se resjouyt de sa diversité, (.luelle perfection faut-il espei'oi' d'elle, l'uis qu'on sçait (juo nature est mosme une femelle'?

("esse/, pourtant, cessez, femmes de vous vanter De ce que vous pouvez les hommes enfanter, Ht qu'ils naissent de vous, n'en soyez arrogantes; l-es lys au teint d'argent naissent il'herbes puantes, On voit sortir des Heurs d'un fumier tout pourri, Kt le bouton vermeil sur l'espine est nourri. Sources de tous malheurs, superbes dosguisées, b'orgueil, d'ire, de rage ot d'envie embrasées, Qui portez dans le cœur l'inconstance pour loy, Sans amour, sans raison, sans conseil et sans foy, Pleines de trahisons, téméraires, cruelles, Et des pauvres humains les pestes éternelles! Ainsi crioit l'hilandre, embrasé justement, Donnant air par soupirs à son feu véhément, Kt faisant de ses yeux deUx bouillantes fontaines. Oui dislilloicnt sa vie en distillant ses paines. Les bestes d'alentour s'arrestoient pour l'ouyr, Les oiseaux tous ravis demeuroient sans fuir. Attentifs à ses plaints, et par un doux murmure Les rivages prochains plaignoiont son advanture; Los rochers et les monts de pitié se fondoient, Et jusqu'au plus haut ciel ses regrets s'entendoient, Regrets domesurez qui n'avoient point de trêve, Fust au point du matin, quand l'aurore se lève, Fust au plus chaud du jour, quand le soleil ardant. A moitié de son cours, nous brûle en regardant,

Ou l'ust quand, lout suant d'avoir couru le uiondo, II lave en l'Océan sa chevelure blonde; Ou fust en plein my-nuit, quand les hommes lassez Sont plus profondement d'un fort sommeil pressez.

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