C.onnne s'il l'nt jtresent, j'usoy de ce langage
0 inary trop cruel pour si douce beauté, One penses-tu gaigncr gesnant sa liberté? Ton extrême rigueur son voiiloir ne retarde, Si tu gardes le corps l'aine est hors de la gai'de, Tu rens jiar tant de soin l'amant {dus eidlammé : Un jdaisir trop permis n'est jamais bien aimé. Le malade aime l'eau qui luy est deftendué, El l'amonr par contrainte est plus cliaude rendue. Aj'gus avoit cent yeux, Amour les enchanta, Et le palais d'airain Jupiter n'arresla. Celle pèche le moins qui a plus de licence, Et ce (jui desplaisoit est cher par la deirense. Mais, si ton co^ur félon ne j)eut eslre adoucy. Au moins de la garder laisse moy le soucy. )\e te travaille point ; je veux que l'eslincelle (,)ui luil en mon esprit tous les autres decelle; Je liray dans leurs cœurs, quand plus ils se feindront. El te descouvriray ce qu'ils entreprendront.
De mille autres propos j'accusoy sa rudesse, M'efforçant quelquefois de luy faire caresse, tt pour mieux déguiser le mal qui me tenoil, Je destournoy les yeux quand sa femme venoit ; Et, de peur seulement de la voir maltraitée, Ma chaleur d'un soupir n'osoit estre esventée. Sage discrétion, tu m'as bien cher cousté! Sans tant de vains respects j'eusse plus iirordé. Ainsi durant long-tans je languis misérable, Espérant que l'Amour, quelque jour favorable, S' ennuyant de mes maux, prendroit de moy pitié. Et qu'il falloit sans plus couvrir mon amitié. Las ! qu'un nuage cspais couvre l'esprit de l'iiomme !
Durant qu'en ces desseins mon cerveau je consomme. Et que je pers le tans, cet archer rigoureu.x, Voulut qu'un jeune prince en devint amoureux,
i. lVi;t I. ISO
Oui sans laiil du rcspficl» (iRscnuvrit sa ppiisée,
Rendant de sa heauté ma inaistresse blessée :
Seul il esloit sou hicn, sa lumière et sou cœur,
El ce nouveau soucy, de sa crainte vain(|U(nil ,
Oui d'un aveugle l'eu sans pitié la dévore,
Luy fait niespriser tout sinon l'œil qu'elle adore.
Klle qui par avant n'osoit lever les yeux,
Se niocque maintenaint du soin troj) curieux
De son mary jaloux : elle est toute de llame
Et rien plus que l'Amour ne commande en son aine.
Ah! prince bien-heureux, roy de sa volonté, Que je porte d'envie à ta félicité!
iSon pour estre sorty d'un si fameux lignage. Non jiour tant de beaux traits qu'on voit sur ton visage: Non ](0ur estre en cent lieux justement renommé, Non ])our tant de laurieis dont ton front est semé. Non pour mille vertus honoians ta jeunesse, Mais pour estre adoré de ma seule déesse; Voilà ton plus grand heur, dont je suis envieux; Tu as jouy d'un bien qui n'appartient qu'aux dieux.
Oi' dui'ant cette llame à mon bien si coiitiaire, Oncques de mes liens je ne me peu deslaire ; A l'envy du malheur ma constance augmenta, El jamais ledespil si fort ne m'irrita yue je peusse blasmer Tardante amour de relie Oui, si douce à autruy, m'estoit lousjours cruelle. Ile son nouveau désir mon malheur j'accusai, El lousjours sans fléchir, conslani, je m'opposai, lîesoln d'endurer; mesine, s'il se peut dire. Pensant à son plaisir j'allegeoy mon martiie"; Et, l'o'il devers le ciel, je prioy bassement On'uu couple si parfait s'enlr'aimasl longuenicnl, llayant plus ([ue la mort ceux qui, lirùlez d'envie, Troubloienl l'heureux repos d'une si douce vie.
Ainsi ferme lousjours, j'aimoy sans esti'e aimé, El comme si mon cœur au sien fut Iransfornié, J'avoy part à son bien, sa liesse esloit mienne, Oubliant ma douleur pour soupiier la sienne, Lorsque quelque envieux d'un langage cuisant, Alloit de ses amours franchement devisant : ISrel, en ferme amitié n'ayant point de semblable, J'aidois à mon malheui- pour luy estre agréable.
Qui diroit le regi'et que mon cœur supporta, (Juand ce prince à la fin de ses yeux s'absenla, Emportant quand et soy son ame et sa puissance, tl ne luy laissant rien que l'ennuy d'une absance'.'
'2lKt 1. 1. l,Gll.,s.
Il lalliiil <|iii' Miii cii'ui liisl (Ml roc rii(liiii-\, De poMMiii , liii|i iiiicl, r.ibaiiilnnnci' ainsi. Viiii- |ili'iircr M's beaux yeux iioiir t'orrcr ^a ilciiii'ui'': hc iiKiy >aii.s la laisser je lusse iiuirl, à riienre. Ilelasl coiiiliieii (ieiiuis ce li^'onroiix ileparl, Itesdai^nant tous plaisirs, l'ay-je veut; à l'escai I Soupirer iRiHireineiit, pensive et solitaire, Moiislranl ipie sans le voir lien ne luy poiivnit plaiK
(^oiiinie nn que le soleil dans un liois a laissé, ISupcul pins reiiianiner l'omlroit qu'il a liasse; Une ellroyable horreur couvre l'herbe lleurie, Kt ce qui luy plaisoit luy donne fasclicric. Ainsi, se voyant loin du soleil de, ses yeux, La courue luy est plus qu'un désert ennuyeux ; Tout objet luy desjilaist, sa parole forcée Monstre à qui l'en! retient ([u'ailleurs est sa pensée. 0 cœur reuiply <rainour, de constance et de foy. Tu nieritois trouver un amant tel que toyl Que de vraye amitié ton amour eust acquise, Si en autre qu'un grand ta fortune l'eust mise !
Mais durant qu'en regrets tu le vas consumant. Maudissant la rigueur d'un triste éloignemant, Celuy qui tient la clef de Ion ame encliaisnée, Ne songe i)lus en toy, t'ayant abandonnée ; Une autre affection règne en sa volonlé, Foihic jouet à vent, deçà delà porté.
Et puis aimez les grands, croyez en leur langage! La bise en arrivant n'abat tant de fueïUage, Et n'esmcut sur la mer tant de flots escumans. Comme ils font et refont de divers changemans ; Leur tlamme aussi soudain est partout espandiié, Et pensent que l'amour de chacun leur est dené.
De ce dernier malheur à ma dame advenu, Je suis plus que jamais angoisseux devenu ; Car, outre le tourment coustumier que j'endure, .le pleure inainlcnant sa piteuse advanturo, Et vay blasmant le ciel d'un esprit despité De ce qu'il ne punist tant de légèreté.
Lonë Amour qui voudra, c'est une frenaisie, (,)ue les fols ont fait dieu selon leur fantaisie, lin mal, une fureur, un fort enclianteinenl, l'ar ses charmes cruels troublant rcntendeinenl . Las! si inonfoible esprit n'estoit troublé de rage. Je me retireroy connoissant mon dommage, Ou, d'un autre désir plus doucement espoint. Je cesseroy d'aimer ce qui ne m'aime point.
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Mais il'uii si puissant Uail ma raison esl loicée, One je suy uialgré moy la trace commencée, Et sers sans profiter une ingrate beauté, Oui pour aimer autruy n'a plus de liberté.
Or ce dernier confort jjour remède j'embrasse. Une si dans son esprit la raison trouve place, El qu'un jour le despit justement allumé Fasse mourir l'amour d'un qu'elle a trop aimé, Qu'alors de mes douleurs elle aura connoissance, l'ayant tant d'amitié de quelque iecoHii)anse. El verra quelle erreur lollement l'abusoit. Quand un prince inconstant ses désirs niaislrisoit. L'amour des grands seigneurs est tousjours dommageable Et sert le plus souvent au vulgaire de fable; iNulle discrétion leur fuieur ne reçoit. Et dés qu'ils sont espris chacun s'en apperçoil, (lar cent mille espions veillent sur leurs alfaires. La grandeur et l'amour sont deu.x choses contiaires.
J.lVl'.E S KG ON 1)
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(Jui! scrMroit nier chose .si recuniiui'.' Je l'advouë, il esl vray, mon amour dimiiuië, .Non pour objet nouveau qui me donne la loy, .Mais c'est que vos J'açons sont trop froides pour moy. Vous avez Iro]) d'égard, de conseil, de sagesse; -Mon humeur n'est pas propre à si tiède maistresse, ,1e suis impatient, aveugle et furieu.x. l'our aimer comme moy trop clairs sont vos l)eaux yeu.v. Toute chose vous trouble et vous rend esperdnë, Une vaine rumeur sans sujet espandué, Le regard d'un passant, le caquet d'un voisin, •Quelque parent de loin, un beau fiere, un cousin. De mille estonnemens laissent voslre ame attainte. Vos femmes seulement vous l'ont pallir de craiute;
:dî laiiiiiiis.
l'A (|(i<iii(l (lo mes travaux j'nltcns (|uoI(|up layv, l,c laii.s ni CCS IVayciirs se voit lout cinploycr.
Il'imc llcclic Irop mousse Anuuir vous a lilcsscc. Il laiit à uics lurcuis (|ui'li|uc amante, inscusèp, (,>ui, mouraul cliaciui Jour, nie livre cent licspas. Oui iii'ostc la laison, le somme et le repas, Oui craigne de me perdre et q\ii me lasse craiudrc, Oui lousjouis se complaigne ou (jui m'cscousle plaiiuii c. Oui se jette aux dangers et qui m'y jette aussi, (,)ui transisse en l'absence et que j'en sois ainsi. (Jiii ni'occmie du tout et que je la retienne, Kl (pi'un mesme penser nostre esprit entretienne; Voilà les passetans que je cherclie en aimant. ,1'aime mieux n'aimer point que d'aimer tièdement, l/exlrcniité me plaisl. Desirez-vous que j'aiuie.' Soyez en vos ardeurs comme en heautc^z extrême. Perdez tous ces respects (|ui nous ont al)u.sez, •Aveuglons les jaloux, trompons les plus rusez, l'.l courons les liazards. La princesse d'Kryce, Amoureuse de Mars, aux hardis est propice. Kl l'esprit que la peur devant l'nsl tenaillanl, l'i's ([u'il sent son ardeur devient chaud et vaillaiil.
t'.clte mcre d'Amoui', que tout estre révère, Apprend la simple fille à tromper une mero. Lue tante, une garde, et doucement la nuit Se couler d'auprès d'elle, aller sans faire hrnil, .\ tastons, à la porte et, sous l'obscur silence. Ouvrir à son amant, qui boult d'impatience; Aux gestes et aux yeux elle apjirend à parlei-. Et par chillre inconnu son secret déceler ; Klle t'ait que la fennne et jeune, et peu rusée, Le soin d'un vieil jaloux convertisl eu risée. Et que le cœur loyal, d'amour bien embrasé, iSc trouve jamais rien qui luy soit mal-aisé Mais il faut (jne sou ti'ait profondément le loin ho. Ce n'est pas pour tons ceux (pii l'aniotir onl m hnnc lir tjiie la cousliime ou l'art l'ail iiaroislrc angoi^i.scux. Un qu'une hmneur pesante a rendus paresseux; Seulement ces amans l'espronvcnl favorable, Qui nourrissent au cœur un ulcère incurable, (lui bien loin ont chassé tout discours de raison, Et qu'un sage respect n'enferme eu la maison. Mais comme la fureur à clos yeux les transporte, Passent cent et cent fois i»ar devant une porte, liodent loule la nuicl, sans ]n'ofit bien souvent, Ll ne craignent voleurs, l'roid, orage, uy venl.