LIVRE II
Expert j'en puis parler, i.a laveur j'ay sentie, Quand plus fort la raison s'est de moy divertie; Quand je suis tout de flamme et que, chargé d'ennuis, l'ar la ville à grands pas j'erre toutes les nuits, Tousjours ceste déesse à mon secours se monstre. Les batteurs de pavé qu'aux destours je rencontre, .\e m'ostent point ma cape, et leur fer rigoureux Ne se trempe jamais dans mon sang amoureux. I>e froid des nuits d'iiyver ne me porte nuisance, -M le serain, ny l'eau qui tombe en abondance. Je ne me sens de rien, tout aide à ma santé, l'ourveu qu'à la parfin, ayant bien escoulé, Lasse de mes travaux, celle qui m'est si belle, F.ntr'ouvrant la fenestre, à voix basse m'appelle.
0 toy quiconque sois, qui te vas retirant Si lard en ton logis, ne sois trop enquerant! Pren ton cliemin plus haut, porte basse la veut", Ne pense à remarquer ny l'endroit ny la rué, Fay haster ton flambeau, loy-mesme avance-loy, F.t ne t'enquiers jamais de mon nom, ny de moy ; Ou si sans y penser tu viens à me connoislre. N'en ouvre point la bouche et n'en fay rien iiamislri-. Tout mystère d'amour mérite estre caché; (.lui en use autrement commet un grand péché. Toutesfois quand la lang\ie iiidiscretle et mauvaise D'un sot entreprendroit de corrompre nostre aise. Il s'en faudroit mocquer ; car, maistresse, aussi bien Vostre rnary l'oyant n'en croiroit jamais rien. J'y ay mis trop bon ordre : une de ces sorcières Qui commande aux esprits, bostes des cimetières. Fort sçavante en son art, experte à conjurer. Qui pourroit des enfers Proserpine tirer, Qui sçait tous les secrets de Circe et de Medée, Ft quelle heure ou quelle herbe est plus recommandée, Avec de puissans mois, par trois fois rechantez, A ])oiu' moy tous les yeux des maris enchantez. Si le vostre en mes bras vous voyoit toute nué. Il ne croiroit jamais la chose estre advenue. Mais sçachez que ce charme est pour moy seulemani, Ft ne vous serviroit pour aucun autre amant; Car si vous pi'esumiez tant soil peu hiy complaire, Mary, frères, voisins, sçauroient toute l'affaire. La vieille me l'a dit pour vous en adviser, Mais de toutes faveurs vous me pouvez user Et sans crainte à mes maux donner pronte allégeance; Jamais vostre mary n'en aura connoissance.
K I.l. C. I ES.
Ccslfi boniii' iloviut', avpc son f;ianil si;,i\(iir, Kail sennoiit ([u'cllc iioiil les coiiiagcs niouvoii, "^oit (les prisons d'Aindui- onvrani toutes les iioiLcs, Soit les jilns libres cœurs chargeant de cliaisnes loi les.
Jloy-niesnie en ay fait |)reuve, il le faut ennfesspi-. Klle m'a fait Irois nuits à la lune passer. M'a fait plonger Inns fois l.i leste eu la rivieie ; .l'ay fait maint sacrilic(' a\<'c mainte prière, Tandis que de, parfums mon coips elle purgeoit, Kl de noires liquems son bras nud m'aspergeoit.
Il est vray qu'en mes vœux, ô seul but de ma vie! D'escbapper de vos mains Je n'avoy point d'envie. .le prioy seulement, d'amour tout eullannué. Qu'en vous aimant liien fort je fusse bien aimé, (,)ue jamais nostre arde\ir ne se peusl voir eslainle. Et qiu^ plus désormais vous n'eu.ssiez tant de crainte. Voilà tons les souhaits (jui <;ontant me rendrnient. Si le ciel n'estoit sourd, ,je S(,ay qu'ils adviendroieni, F.l qu'un trait plus aigu, perçant vostre courage, Vous seriez moins craintive, et moins tiède, et moins sage.
r. I.KC II'. Il
liompons tous les presens d'une ame si Iraistresse, l'iompons ces bagues d'or, rompons la blonde tresse. Dont mon cœur par mon bras est esclave rendu, Et que tout le passé soit tenu i)our perdu; Noyons-en la mémoire et l'amour tout ensemble; Brisons ce diamant, qui si mal luy resseml)le. Et brûlons ces escrits ((ui sembloient embrasez, Mais qui, comme son cœur, sont feints et déguisez. Ah ; je veux qu'on me saigne et qu'on m'ouvre les veines, Laissant couler le sang dont elles sont si pleines. Ce méchant sang brûlé, qui me faisoit l'aimer. Et qui dans mon cerveau sçavoit si bien former Tant d'images trompeurs de façon différente. Qui tousjours pour mon mal me la rendoient présente, l'iustost que ce venin hors de moy ne chasser, .le veux avec le fer son portrait effacer Du rocher de mon cœur; car si lidelle place Ne doit tenir en soy rien tant plein de falace. l'auvre amant misérable, où te vois-tu réduit? D'où se levoit ton jour te vient ores la nuict: Tes soupirs sont per.lus, ta'foy tant e.stimce Dans une terre ingrate a tout esté semée,
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Kt ne vas moissonnant, pour fruit ile tes labeurs, Que refjrets espineux et poignantes douleurs.
Hé bien ! qu-'y veux-tu faire? 11 faut t'aider toy-mesme. T'enduroir, t'obstlner et, d'un courage extrême. Résister au tourment, bien qu'il soit rigoureux, Et cesser désormais d'estre plus amoureux. Il est vray qu'une amour, qui de matière forte S'est bastie en six ans, pour un vent ne s'emporte. Entre tes passions. le combat sera grand. Mais rien n'est impossible à qui bien entreprand. Si tu veux, ce grand feu sera moins que fumée, Et presque ignoreras que tu l'ayes aimée.
0 dieux ! qui de nos faits règlement disposez, Et des plus afiligez les ennuis appaisez, Si j'ay tousjours vescu sans fraude et sans malice, Tendez à mes soupirs vostre oreille propice. Et prenez à rnercy mon esprit repentant, .le ne demande pas ([ue son cœur inconstant M'aime comme autresfois, ny ne souhaite qn'ell.^ Impossible souhait) cesse d'estre iufîdelle. Poui- fm de mes désirs, je requiers seulement (Jue chassiez loin de moy cet assoupissement, Et ce morne regret qui trop ferme s'y fonde. Et me fait sembler triste aux yeux de tout le monde Privez-moy de mémoire, afin qu'à l'advenir .le ne garde en l'esprit d'elle aucun souvenir, Et lors que le hazard fera que je la voye. Mon cœur ne soit esmeu de douleur ny de joye; Qu'aucun reste de flamme en moy ne soit trouvé. Et que plus à ce joug je ne sois captivé; -accordez ma prière, ô dieux pleins de clémence ! Tant pour vostre bonté que pour mon innocence.
ELET.IE III
Je ne refuse point qu'en si belle jeunesse De mille et mille amans vous soyez la maistresse, Que vous n'aimiez par tout et que, sans perdre tans, Des plus douces faveurs ne les randiez contans; La beauté florissante est trop soudain sechée Pour s'en oster l'usage et la tenir cachée; Mais je crevé de rage, et supporte au dedans Des glaçons trop serrez et des feux trop ardans. Quand en despit de moy vous faites que je sçache Le mal, qui n'est point mal lors que bien on le cache.
M'osl-ro pas fiiaïul rofficl, i|u;ili>I >.iiis |i' ni hcnlicr, l'iiyant pour n'en rion voii', on mo le fiiil lunrluT, On me U'. dit jiar l'ori-e et, ce (|ui plus ino [uï-. On lp crie en la cour, au palais, en la rui"'? J'en cntens le snccez dés ([u'il est adveini. Si vous laites un jias, voslie ciiclie est connu. Vos pa;;es, vos hupiais et ces licu\ ordinaiies, (.i)ii vous servent de temple aux amoureux mystères.
l'iiiu' n'en connoistre rien, l'ussé-je aveugle et sourd! du l)ien, las! (pie jilustosl le commun' hniit (pii ((jurl, Ne vient-il à moy seul, sans qw la renonnnée, l.'eveulaut çà et là, vous rende dilVamée'.' >i >eul je le s^avoy, que je seroy contant! Le mal cpi'on dit de vous tu; m'iroit despilanl, I I, lisant de mes yeux voslre faute notoire, Pour me reconl'orter je n'en voudroy rien croire.
.le diroy que les sens se peuvent almseï', 1 l senlii'oy m<in co'ur d'heure en heure embraser, Voyant vostre beauté de chacun poursuivie; Car j'aime l'ort un bien dont plusieurs ont envie. Mais le bruit que de vous le commun va semant tait qu'un homme de cœur se hait en vous aimant, l't dresse à meilleur but le trait de son attente. Car nostre opinion seule ne nous contente, Kt ce qui rend plus fort un esprit end)rasé. C'est de voir que sou choix de chacun est prisé. Pour Dieu ! prenez-y garde, et devenez discrette; .Ne Soyez |)as jilus chaste, ains soyez plus secrelte, l'aites les mesmes tours et plus, si vous pouvez, .liiiguez d'autres amans à ceux (|ue vous avez, l't donnez, non ingrate, ;'i tous la recompanse. Mais qu'esl-il de besoin (pi'on en ait connoissance'? l'renez-en le plaisir, fuyez-en le renom, (!elle ne pèche point qui |)eul dire que non.