‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 112 sur 150 · I.IVKE II · texte numérisé non relu

I.IVKE II

Va qu'il falloit partir, sans jamais revenir,

Pu lieu qui tout entier m'avoit sceu retenir;

.le taschoy d'appaiser mes fiu'eurs insensées.

F.n leur ramentevant les fortunes passées,

Tant de cris, tant de pleurs, tant de rnaux endure7;

Et que les cieux peut-estre, en mes vœux implore/,

Ordonnoient cet exil d'un advis pitoyable, ^

Pour guarir mon ulcère autrement incurable.

Mais, ô foible remède! ô dolent reconfort!

Jamais un moindre mal n'est vainqueur d'un plus fori.

Toutes les passions et les peines senties

Sembloient roses et lys auprès de ces orties;

Et de mes jours passez les plus désespérez

Estoient à chauds soupirs de mon cœm' desirez.

Je les contoy sans cesse, et ma triste mémoire.

Des maux plus signalez me retraçant l'histoire,

Faisoit que mon esprit à quelqu'un s'arrestoil.

Pour le parangoimer au deuil qui m'ernportoit,

Et disoy tout en pleurs : 0 momens souhaitables!

Qu'autres-fois mes ardeurs trouvoient insupportables,

Ouand celle à qui je suis malgré sa volonté,

Me cachoit ce bel œil dont le jour est douté.

Que ne revenez-vous? Je prendroy patience

D'endurer, non un jour, mais un mois son absence.

Pourveu qu'on me permist de languir seulemeni

Près du lieu qui retient tout mon contentement,

Et d'avoir cette grâce au regret qui m'entame

De voir au moins de loin le séjour de mon ame.

Mais mon destin l'empesche, et ne veut endurer

Que l'ombre d'un plaisir puisse en moy demeurer.

Que vous fustes cruels, parens de ma maistresse,

De ne me tuer pas, quand la langue traistresse

Des jaloux contre moy vostre sang allumoit.

Et de meschans propos nos amours diffamoit !

\h! que je me repens qu'en la nuit solitaiie.

Dans un lieu destourné, propre à vostre colère,

Ne me sois d'un grand cœur à la mort avancé.

Irritant, dédaigneux, voslre esprit offancé!

\ussi-tost, j'en suis seur, respect, crainte ou menace

.N'eust empesché ma dame à courir sur la place,

Mesler de pleurs mon sang, mes paupières serrer.

Voire avecques mon corps son esprit enterrer;

Où, las! sous un «utre air la mort me venant prendre,

Un soupir seulement je n'en dois pas attendre.

.Aussi je n'en suis digne, ayant si tard vescu

Que par un sot devoir mon amour soit vaincu.

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