EL ECU' IV
Je reconnoy ma faute et ma lourde ignorance. . bien que je fusse appris par mainte experiance Hue l'amom- d'une femme est pronte au changement. Et i|ue la mieux bastie a l'air pour fondement; bien (pu' paiiny les cris et les poignantes rages De ceux (pii, chacun jour, les esprouvent volages, Je me creusse entre tous sage et fort advisé D'avoir si tost connu leur esprit desguisé,
Et que j'eusse juré ne rue (ier qu'en celle Qui tout ouvertement s'artvoùroit iufldelle ; Toutesfois, à ma honte il le faut confesser, Quelque charme inconnu m'avoit sceu tant forcer, Ml rendu ma raison tellement estrangée, Que je pensoy pour vous leur nature changée, Et qu'en vous seulement se fist force à la loy.
Cent et cent fois le jour je disois à pari moy. Voyant luire en vos yeux tant de célestes tlamtnes, On ne peut sans pécher la mettre au rang des femmes ; I e ciel doit l'avoir faile unique en loyauté, ("omme elle est sans pareille en grâce et en beauté.
Mais quand cette pensée eust eu moins île puissance, llelas! eussé-je fait à la fin résistance A tant de doux attraits, qui l'esprit me voloienl, 1- 1 (|ui tournoient mon ame ainsi comme ils vouloient? N'eussé-je creu vos yeux et ces piomesses saintes (.lue vous tiriez d'un cœur, le vray séjour des faintes, Joint que, pour achever de me rendre insensé, 1,'Amour dés nostre enfance entre nous commencé, Conservé sans naufrage en mainte grand' tourmante, M'asseuroit que vous seule au monde estiez constante? Vous mesme en faisiez gloire, unique à bien aimer. Jurant qu'autre que moy n'eusl sceu vous allumer. Et qu'encore qu'Amour le voulust entreprendre. Il trouveroit ses feux pour vous n'estre que cendre. Le mien avoit esté vostre premier flambeau. Et vous serviroit d'astre en la nuit du tombeau. Vous en juriez vos yeux, seigneurs de ma victoire, lieaux yeux qui tant de fois le faux m'ont fait accroire' Vous juiiez vos cheveux crespement blondissans. Qui, pour me retenir, ont des nœuds si puissaus; Vous juriez la déesse en vostre ame logée. Et la foy qui n'estoit qu'à moy seul engagée; Vous juriez cet aicher qui si droit sçait fra|q>er, Et mille autres sermens trop forts pour me tromper. Il n'en falloit point tant; mon ame peu rusée D'un seul de vos regards pouvoit estre abusée.
Las! que le ciel cruel ne permisl-il alors Que l'esprit trop constant s'envolast de mon corjis ! Durant que j'estimoy vostre cceur immuable. Que le trait de la mort m'eust esté favorable 1 Tour avoir trop vescu, tout mon heur j'ay perdu; Le ciel de mes amours un enfer s'est rendu; Mes jours les plus luisans .sont ihangez eu (enebres. Et mes chants de liesse en coni)>lainles funèbres.
•20S Ei.F.r, ir.s.
tjunncl ma foy mo fipvoil fairo iiiiinix csporri-, Je voy vdstre favpur do moy se rotiroi',
Ou'ay-jp dit? (|n'ay-jo t'ait poiir soufrir tant iTouti a^cr Qiipl nouveau (•lian;;rniout ropiio on voslro ooiira^c'' Si pour me tlt'ci'voir vous m'aimiez sftulemant, (> n'est pas granrl honneur d'abuser mi amant Oui ne croyoit qu'en vous; vous estiez ma llance, .l'estimoy pour vous seule avoir pris ma naissance, Vous ine faisiez parler, respirer et mouvoir; IVest-ce donc vous tromper que de me décevoir?
Ah! que de desespoirs tyrannisent ma vie' Malheureux est celuy qui aux femmes se lie! Pour s'en estre assenré, mon eo''ur infortuné Se voit pour tout ,j i nais à sonlIVir condamné, F.l ne puis par rais 11, par tans, ny par absence, De son mal furieux donter la violence.
I,e souvenir me tuë, et le plaisir passé liend de regrets Irenchans mon esprit traversé; De ma si longue amour voilà tout le salaire.
Las', pour dernier remède, o lieaulé trop légère! A qui contre mon gré mon vouloir est lié. Apprenez-moy comment vous m'avez oublié; Kt comme une amour telle, avec l'âge augmentée. A peu si prontement du cœur vous estre ostée. Au lieu d'accuser plus vostre esprit inconstant, .le vous panionne tout si j'en puis faire autant; i!ar.je me tiens payé d'assez grand' recompance, ^i de vous pour jamais Je pers la souvenance.
r.I.EClF V
Le jour, non jour pour moy, mais nuict tres-malheiirense, ijue du ciel despité la loy trop rigoureuse Me força de résoudre à quitter, furieux, l'our jamais Cleonice. ainçois mes propres yeux, r.l que l'amour d'un prince, à mon dam trop extrême. Me fist fendre en deux parts et m'oster à moy-même, Ouels tragiques regrets, quels tourmens, quelles morts, Egalèrent jamais ce que j'enduray lors?
Au seul ressouvenir tout le corps me frissonne; Une horreur me saisit, ma mémoire s'estonne. Mes esprits sont glacez, mon œil est obscurci, Ft sans pouls ny couleur je suis comme transi.
Estant donc arresté qu'une absence éternelle Seroit le seul lover de mou amour ridelle.