‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 114 sur 150 · I.A l'VlidMANCI · texte numérisé non relu

I.A l'VlidMANCI

L'amoui'eux Dorylas ayant l'ame frappée.

Depuis maintes saisons, des yeux de Panopée, l.a fiere nereïde, en pleurs se consumoil, \\l sans fruit ses regrets par les ondes semoil; Ny ses longues douleurs, ni son amour fidelle, Ny ses yeux ruisselans d'une source éternelle, My le feu trop couvert qui le fait dessécher, Avoient peu de sa nymphe entamer le rocher.

lin soir du mois de juin, que la flamme elherée S'estoit pour luire ailleurs de nos yeux retirée. Que l'air estoit serain, la mer se reposoit, Kt que le doux Zephyre endormy s'appaisoit. Ce pescheur misérable, au plus fort du silence, ()uand chacun est en paix, sent moins de patience. Amour, cruel pirate, incessamment le poind, El sur mer ny sur terre il ne repose point.

Tout le jour clans sa barque il avoit fait des plaintes Kn si piteux accens, que les nymphes contraintes Avoienl de tiedes pleurs ses cris accompagnez, El les fleuves s'estoient de leur coui'se esloignez.

Or ainsi que la nuit tendit ses larges voiles, lit qu'on veit dans le ciel les premières estoiles Monstrer leur belle veuë et de rang se lever, l.uy, qui sent tout de rnesme en son cœur arriver Mille nouveaux soucis, pour prendre leur pasture, Les pieds et les bras nuds, nud teste et sans ceinture, l'oussa du cœur, ces mots dressant bien haut les yeux : Naissez, feux de la nuict, naissez parmy les cieux. 0 toy, sœur de Phebus! ô royne vagabonde! Puissante au ciel, en terre et sous la nuict profonde, Qui faits à points réglez la marine escumer, Et produis haut et bas tout ce qui peut charmer, l'reste-moy ta lumière et sois ma secrétaire. Or' que sous la nuict soml)re, en ce lieu solitaii'e, J'invoque à mon secours la justice des dieux. Naissez, feux de la nuict, naissez parmy les deux.

Amour, cruel enfant d'une mère cruelle.

Venus, fille des Ilots, et comme eux infidelle. Qui des plus humbles cœurs vas sans plus Iriomphanl. Que vous estes cruels, et la mère et l'enfant! Tous ces rochers voisins ont ime ame plus tendre. Pensez le bel honneur ! les cruels ont sceu prendre lîn captif misérable à leurs pieds estendu, ijui pour mieux les tlechir ne s'est point deffendu. Et laissent cependant l'ingrate Panopée, Sans soin, sans amitié, de mes larmes trempée, Qui mesprise leur force et mon mal soucieux. Naissez, feux de la nuict, naissez parmy les cieux.

Tous les feux de la nuit au ciel ont pris naissance, H est tans que, dévot, mes charmes je comniance; Voilà l'autel tout prest de gazons façonné; D'algue et d'absinthe blanc il est environné. Par neuf fois dans la mer j'ay ma teste plongée, J'ay sur l'autel sacré la verveine arrangée, L'encens est allumé. Toy qui te vas changeant En fleuve, en flamme, en roche, en serpent s'allongeant, .le t'invoque, ô Proté! cet autel je te dresse. Sors du fond de ces eaux, viens guarir ma tristesse. Et rechange mes sens qu'Amour rend furieux. Luisez, feux de la nuict, luisez parmy les cieux.

Meris, le vieux sorcier tant craint en ces rivages. Qui peut en tans serain couvrir In mer d'orages,

T<0\ K I.KP. IKS.

! iroi- lin ciel l.i liiiio cl s:i cnursi' ai ic>>t('r, Kt ipii ail coiilri'iiiniit les loir(>ns rciiioiilor, M'apprisl uni" inay:!!' aux nocliois peu cdiiiiiK", l'our trouver sa t'oiUiiie avant (|ii't'stio ailvcmn". .rt'ii veux l'airo IVssay, car jo v{>ux (lc(uiuviii' Si rAinoiii- lie SOS traits pourra le ca;ur ouviir l>c ma hclli' cniiemic, et casser cette j^lace. Un si riniinitii; sans plus y trouve ])|acc.

Dans ce large vaisseau qui d'eau douce esl condilé. ■l'ay mis du costé droit maint iicaiicliaite asseuildi' D'olivier ntdemyrtiK^; en la gauclii- jiarlie .l'ay mis du cliesne sec et des feuilles d'ortie. I.e droit pour la douceur, l'amoiir el la pitié; L'autre pour la rudesse et pour l'ininiilii>. Je sçanray maintenant si !<> ciel m'est coidraire, S'il faut sans tant lanfjmr que je me désespère, Ou si mon triste sort se doit chan^'er en mieux. Luisez, feux de la nuict, luiseji parmy les cieux.

Voilà dans le vaisseau comblé d'eau de fontaine. De claire humeur d'olive une coquille plaine; La mesche esl au dessus, il la faut allumer. Si je veux de tout point mes charmes consomer; I-a conque à cet effet icy me fut portée De l'Indique océan par le giaud Cloanlhée. Cette huile est de la lampe incessamment ardant Dans le temple à Neptune aux fins de l'Occidant ; Et ceste mèche neuve a toute esté filée Des innocentes mains de la vierge Erilée. lîeste à voir si j'auray favorables les dieux. Luisez, feux de la nuict, luisez parmy les cieux.

Regarde, ô l'anopée! ardant feu démon anie, lîegarde un peu la mèche et comme elle prend llanie llelas! s'il t'en souvient, mon cœur mal advisè Fut ainsi tout à coup par tes yeux embrasé I .le sçauiay maintenant ma douteuse advantnre; Car si pour tout jamais tu me dois estre dure, La llamme au costé gauche aussi-tost s'espandra Kt sur le chesue sec, esclairant, se rendra; Mais si ta paix un jour me doit eslre donnée. Sur le myrthe et l'olive on la verra tournée. Comblant mon triste cœur de rayons gracieux. Luisez, feux de la nuict, luisez parmy les cieux.

0 ciel, ô mer. 6 terre, o deïtez puissantes, (Jui régnez au séjour des ombres pallissantes! Toy, royne Proserpine, et vous, tristes esprits, l'ar qui la nuict résonne en ellVoyables cris,

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