‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 115 sur 150 · V r, r. II · texte numérisé non relu

V r, r. II

Favoiisnz mon chaiinr, el l'ailcs que ju si;acl|p Ce que ma belle nymphe en sa poitrine cache, Et que ce feu sacré le rlécouvre à mes yeux. Luisez, feux de la nuict, hiisez parmy les cieux.

Le feu sans vaciller immoliile séjourne, Ny deçà ny delà sa lumière il ne tourne. Pauvre, helas! que je suis! c'est signe qu'en ton cœur Tu ne loges encor ny pitié ny rigueur; La haine ou l'amitié ton courage ne dente, Et, pour tout, de mon mal tu ne fais point de conte; Tu me vas dédaignant. Destins injurieux, Eslre du tout liay me plaiioit beaucoup mieux! Quoy ! sera donc ainsi ma franchise asservie, Sans que je sçache, helas! ny ma mort ny ma vie? Demonrray-je tousjours languissant et confus, Sans pouvoir m'asseurer d'accord ny de refus? Quel mal plus déplorable, ù sort que j'importune! De grâce, hé! monstre-moy l'une ou l'autre fortune, Et s'il faut que j'attende ou douceur ou pitié.

Le feu s'enfuit d'Amour et suit l'inimitié. Voilà de mon destin la piteuse nouvelle! Ma nymphe n'aime rien, elle est toute cruelle. Les rochers sont plus doux que son cœur endurcy, il n'en faut espérer ny pitié ny mercy. Mais pourquoy, misérable, ay-je fait tous ces charmes? Me le sçavoy-je pas? tant de ruisseaux de larmes, Tant de flots, de soupirs, tant de mal enduré, Assez auparavant m'en avoient asseuré.

Sourde lille d'un roc, ame fiere el sauvage, J'estimoy que ma peine eust flechy ton courage, Mais je voy mes desseins rompus [lar la moitié; Le feu s'enfuit d'Amour et suit l'inimitié.

Malheureux fut le point que j'en sa connoissance! De là tant de malheurs en moy prindrent naissance; Je mesprisay soudain ce qui m'estoil plus cher, Et tout ce que j'aimoy ne feit que me fascher. Mais que suis-je à présent? ou qu'estoy-je avant l'heure tjue le maudit Amour feit en moy sa demeure? J'entrois en la jeunesse, et ma belle saison Commençoit à pousser une blonde toison ; .l'avois la eoHleur vive, et, tout plein de franchise. Contant enti'e les miens, je vivois de ma prise. Ces eaux incessamment redisoient mes chansons, Je nageois, je peschois de cent mille façons. Oi'cs d'un rude poil j'ay la face couverte, A rien fors qu'aux regrets ma bouche n'est ouverte,

300 KLKGIES.

De cliacun ilc mes yeux un ruisseau va coulant, n'iiorreur, rte feux, rie mort, sans plus je vay jiarlant: Ma li'ini» et mes (ilcis (lonHMiiciit sans rien l'aire, Et, jinur tout oxereice, or' rien ne nie iieul plaire ijue Masplienier du ciel l'injuste niauvaistic-. I.e feu s'enfuit d'Amour et suit l'inimitié.

Or puis que de tout point mes altentes sont vaines, l'oy-je pas donner cesse à ma vie et mes paines, Kl du haut de ce l'oc en la mer ni'élaneer, Sans d'éternelles morts nuit et jour trespasser'.' F.nliardy-toy, mon cœur; mais je voy la lumière Oui chancelle incertaine et llamhoye en arrière; Or' à gauche, or' à droit elle se va jeltant, Kl coui'l i)uis çà puis là d'un rayon inconstani ; De la haine ,à l'amour légère elle est poi-tée, Kt jilus en mesme lieu ne demeuie arrestée.

J'entens hien maintenant (juc veut dire cecy, Ma nymphe en mesme tans m'aime et me hait aussi : Son ame est en balance. Ah ! non, c'est un présage Combien l'amour de femme est soudaine et volage : On la voit çà et là diversement errer; Jamais l'homme advisé ne s'en doit asseurer. Ilonnne un caméléon, le cœur de ces cruelles Se change à tous objets, et la plus ferme d'elles \imeroit beaucoup mieux, pour son contentement. Vivre avec un seul œil qu'avec un seul amant. Mais où me porte, helas! l'ardeur qui me dévore'' Je mesdy folement d'un sexe que j'adore, Kt ne voy le bon-heur qui me suit à son tour : le feu laisse la haine et s'arresie à l'Amour.

I.a llamme au costé droit s'est du tout retirée; lié Dieu! levé-je point? Non, c'est chose asseurée; Son rayon tant aimé sur l'amour s'est jette, Kt ne retourne plus sur le gauche costé. Mais pourtant ma pauvre ame est tousjours en tourmante; Je crains (ju'un vent malin renverse mon attante, Kt que le sort cruel vers moy fasse j'etour : Le feu laisse la haine et s'arreste à l'Amour.

0 feu saint et fatal, si clair en ma pensée! De grâce, hé! suy tousjours la trace encommencée, iNe tourne plus ailleurs, et me rens asseuré ' D'un bien, qui m'est si cher et si désespéré! C'est pour vray qu'il demeure, et sa lumière vive Se courbe et se respand sur la branche d'olive, Kt sans plus maintenant elle esclaire à l'entonr : I.e feu laisse In haine et s'arresie à l'Amour.

Seule fin de mes vœux, doux vent de ma navire, Ma claire tramontane, heureux port où j'aspire, Mon sang, mon cœur, mofl tout, c'est or' que je promets Entre les mains d'Amour de vous suivre à jamais, De n'adorer que vous, ne songer qu'à vous plaire. Et jamais de vos yeux mes pensers ne distraire. Le cours du tans léger toute chose emportant. Le pouvoir du destin ou du sort inconstant, Les cruaiitez d'Amour, la longueur d'une absence. Les dédains, la raison, l'oubly. l'impatience. Les jaloux désespoirs, le mespris, la rigueur, iN'effaceront jamais vos beautez de mon cœur. La mer sera sans eaux, sans poissons et sans voiles. Le soleil sans lumière et la nuict sans estoiles, Les daupliins en volant parmy l'air se paistronl, L'hyver en l'Océan les fleurettes uaistront, El l'Afrique aux chaleurs ne sera plus sujette, Quand je me sentiray blessé d'autre sagette. Et que d'autres désirs en moy feront séjour : Le feu laisse la haine et s'arresle à l'Amour.

Mais je voy peu à peu que l'aube qui s'avance Dechasse en s'approchant l'ombrage et le silance, Et cet œil de la nuit que j'ay tant reclamé. Cède au char d'Apollon de rayons allumé. Alin donc qu'en la nuit mou mistere demeure. Ainsi qu'elle finit je cesse à la mesme heure, Avec cet heureux vers saluant le beau jour : Le feu laisse la haine et s'arresle à l'Amour.

ADVAMTiniE PREMIEI'.E

Enfant, l'aise et l'ennuy de la belle Cyprine, Lance un rayon de llame en ma chaude poitrine Et renforce ma voix, pour chanter dignement Les amours d'Eurylas, sa gloire et son tourment. L'heur de ses compagnons, la fin de leur martire, El les beautez d'Olympe, honneur de ton empire ; Olympe atix yeux vainqueurs de tout cœur indonlé, Qui, gagnant un amant, perdit sa liberté.

Cette jeune déesse aussi fiere que belle, En l'avril gracieux de sa saison nouvelle, Krroit sans passion ainsi qu'il iuy plaisoil, Kt (bien qu'innocemment) mille playes l'ajsoil.

Sng 1 r. i:i. I K s.

(lar fniilre ses Itoaiil'/ ne se inmvc ilcllniii-o, r.l cliacim (|iii la voil liiy piutc ohpïssani'c. Comhiorule durs roj^ifls osloicnt lors rnlaiulus, (loinhion il(> chamls soupirs ol (l(> pleurs pspandus Par cns nouveaux hicssrz, piiui' llrcliir son courage I Taudis cpi'elle se rit de les voir eu servage, Trauclie et lilire d'amour, qui ne jiouvoil penser •Jue celte liberté la deust jamais laisser. La jeime l'ieui'delys, chcre part de son ame, Plus s(,"avante aux efTcls de l'amoureuse flame, De sa Colle riijueur souvent la reprenoit, l'.t pour la converlir ('es propos luy tenoit :

Que faites-vous, mou cœur':' (pielle erreur vous lraiisp(ii li De fermer aux amours de vos pensers la porte '' Huel plaisir ave/.-vous, vivant tous.jours ainsi "i* Amour rend de nos jours le malheur adoucy ; 11 nous eleve au eiel, il chasse nos tristesses, r.l au lieu de servir nous fait eslre maistresses. L'air, la terre el les eaux revei-ent sou pouvoir, 11 fait comme il luy plaist les estoilles mouvoir; Tout, le reconnoist dieu. Que pensez-vous donc faire, D'iriiter contre vous im si fort adversaire'/ Par luy vos! re jeunesse en honneur tleuriia; Sans luy cette beauté rien ne vous servira. Non ])lus que le thresor qu'un usurier enserre. Ou qu'un beau diamant caché dessous la terre. Ou ne doit sans amour une dame estimer, (lar nous naissons icy seulement pour aimei.

Mais qu'est-il rien plus doux que de se voii' servie D'un qui nous prise plus que ses yeux, ny sa vie' Entenilre ses pensers, luy dire nos désirs. Partir également le dueil el les plaisirs, Les courroux gracieux, res|ierance et la i laiiile. Lire sa passion sur sou visage paiute.

Le voir perdre en soy-mesme, en nous se retrouver, Kt les douceurs du ciel en la terre esprouver. Sans tromper folement nostre belle jeunesse, Qui las! sans y penser comme un songe nous laisse.

De semblables propos mille fois récitez, Mais par les vents légers sans etl'et emportez, Flenrdelys s'efforcoit d'adoucir la cruelle. Fondant le dur gla^'on qui sa poitrine gelle ; Mais c'est battre le vent et sur l'onde seinei'. ("e ( reur eucor trop verd ne se peut enflamer. Il l'aut qu'un jeune amant eu fasse la vengeance, l-.l (ju'eu la surmontant il perde sa puissance.

ilvut II. 509

t)csj;i le liant renom et les faits gloiieux Du vaillant Eurylas s'espandoient en tous lieux, Qui, n'attaignanl encore à la vingtième année, D'une ame ardante et vive, à la gloire adonnée, Avoit victorieux en cent lieux conibutu, Souslenu mille assauts d'un cœur non ahalii, Kt par ses laits guerriers.' suivis de mille paiiiet, Lll'acé le renom des plus grands capitaines. 11 sembloit à le voir d'un lleury renouveau; 11 eut la taille belle et le visage beau, Son teint cstoit de lys et de roses pourpreltes, Kt ses yeux rigoureux dardoient mille sagettes. On le pren<l pour Amour, et d'Amour toutefois, l'oui' suivre le dieu Mars, il mesprise les loix. Mainte dame en son cœur ardammenl le désire. Perd son premier repos, après ses yeux soupire, l/adore comme un dieu, révère sa grandeur, U se sent dévorer d'une secrelte ardeur; .Mais elle sent, lièlas ! que vaine est son attente, (lar il n'esprouve point le mal qui la tourmente, Ains fuit libre d'amour, d'un cœur léger et proul, l'Iiis soudain (|u'un torrent ne s'escoule d'un mont.

0 grand vainqueur des dieux, qui me tiens prisounicie Disoit tout bas (pielqu'unei cntens à ma prieie" ijue fais-tu de ton arc? est-il en vain tendu'.' Si tu retardes plus, ton empire est perdu. Vois-tu pas ce hautain qui mesprise ta gloire, Uempojtant de nos cœurs une pauvre victoire'/ .S'en ira-t-il ainsi'? nous veux-tu point vanger.' Sauve au moins ta couronne au fort de ce danger. l-l des plus poignans traits, dont les dieux tu surmoule, l'raverse un jeune cœur qui de toy ne fait conte.

Amour qui ces propos, tout colère, entendit, ^olldain pour y poiwvoir du tiers-ciel descendit •

Quoy ! nesuis-je plusdieu ' ma llaunneest-elle eslainle? Mon carquois, disoit-il, ne fait donc plus de crainte'/ Ose quelqu'un encor mes forces despiter, \pies que j'ay vaincu le louant Juiiiter'/ Mais tremble sous ma loy, prisonnier de ma mère, l'.t un jeune guerrier est bien si téméraire. Tour je ne sray quels faits dont il est renomme, De tenir contre moy, qui l'avoy tant aimé. Si je le pren.... mais non, sa jeunesse peu caute Veut que, sans me vanger, j'excuse cette faute. le veux ])(nir celle fois doucement le punir, .Mon empire se doit par douceur maintenir.

Il, 11. 1 1 '.

pMi- ji' iii'cii \rii\ SCI vif iMiiir IMM> ;mli(' cul i r|insc'. nlvin|i(' niiisi ipic liiy in.i |iiii>s:nici' iiiosprisi'; '.In'ils M! lilosMiil l'ini 1';miIi i' cl, s;ms si;:iv(iii- (•ommiiciiI , Leurs ilciiv cn-ms sdiciil iMvrc/. par un Iriiil sciilriiii'iil .

AiiiDiii' (Ir les |iio|i(is les clVi'ts s'clisiiivii'ciil, <!;ii', dès lo jour suivant <\u<: ces amans so vciri'iit, Krappcz ilu pnml nsclair (pii sort de lours hcaulcv. Ils (Iciiicuiont suiiiris, cspordus, Iranspoitcz. I.ors ('(innnc un ipii ciioisil lion iiroprc à sa vcn^^caucr, Tu sois de Ion cniliusclic cl, d'cxlicmp puissance, Dclasclianl un tiail d'oi', ipii Jiruit au dccoclicr, Tu traverses deux cœurs aussi durs (pi'nn rocher. (Miacun sent aussi-tosl cette blessui'c estranj;e. Ils foui sans y penser de leurs cœurs un escliaiiL^c : Ce n'est qu'un vouloir niesirie, et leuis regars légers. Des nouvelles amours sont piteux messagers. Cliacun d'eux est surpris de crainlc et de merveille; Leur teint ores est pasle, or' d(\ couleur vermeille, Ils sentent un plaisir tout meslé de rigueur, lît de secrets soupirs ils esvantenl leur cœui'. Mais Olympe, à la lin (ptelque peu revenue. Craint d'avoir trop rend\i celle amitié comme (C.randc estoit l'asseniblécO, et croit asseurcnmnl One chacun s'apperçoit de ce pront changemerd ; Se reprend de sa faute et tasche à se contraindre. Jlais son ardant désir est trop grand pour le faindre. Desjà son nouveau mal paroist dessus son Iront, Puis ses hrnlans soupirs et son jienser profond, Ses yeux mal asseurez, son inconstant langage, .Monstrent les |)assions (|ui troublent son courage; Et plus elle met peine à cacher sa douleur, Plus la lievie d'amour renforce sa chaleur. Quel moyen? quel conseil? Pauvre, iiue fera-lello Pour ne découvrir point sa blessure mortelle, Mesme aux yeux d'un mary jaloux et <leniauL, Oui va, nouvel Argus, de cent yeux l'épiant. Cadenasse sa chambre et l'y tient enfei'mcr, La presche incessamment de bonne renommée, (Contrôle ses regards, ses babils, ses propos, El ne laisse jamais son espril en repos, Troublé des flots mutins d'une aspre jalousie, Dont son ame égarée est tellement saisie, '.hi'il cherche les devins, aux sorciers a recours? Tous les dieux infernaux il appelle au secours, Pour luy garder sa femme, cl n'a pas connoissancc Que les enchantemens contic Amour n'ont puissance.

Il PslOLl iiulct fermée, el les hommes lasse/, lieposoient. sans soucy d'un fort sonnneil pressez: Oiseaux, bestes, poissons, sous l'iiorreur solitaire, lîecevoient la faveur du repos ordinaire; Les veiis comme endormis leuis soupirs relenoienl. Et les-feuilles des Ijois sans branler se tenoienl. Bref, tout se reposoil. Olympe, au cœur blessée. Est seule qui ne sent repos en sa pensée. Les beautez d'Eurylas luy sont devant les yeux, Ses vertus, sa grandeur, ses faits victorieux. Et ses plaisans regards, qui mille amours reeellenl. De l'un de ses pensers cent autres renouvellent. Qui reblessent son ame, et ce doux souvenir Fait sa nouvelle ardeur plus forte devenir. Or' il luy prend vouloir de chasser toute crainte, l'our découvrir le mal dont son ame est attainle, Et or' elle a désir de se laisser brûler. Sans que l'on puisse voir sa flamme estinceler ! Ardant amour la pousse, et la peur la retire : L'un luy donne plaisir et l'autre la marlire; Et de tant de pensers son cœur est agité, Qu'elle Hotte incertaine en cette extrémité, Ores de cette part, or' de l'autre poussée. Comme une foible nef par les vagues forcée, Ou comme un vieux sapin cornbatu rudement Par deux vens ennenriis, soufllans diversemenl. Pncor en ses assauts ce qui plus l'importune. C'est qu'elle n'a pouvoir de plaindre sa fortune. Le faix de ses ennuis luy seroit plus léger, S'elle osoit d'un soupir sa poitrine alléger ; Mais elle sent, helas! son jaloux auprès d'elle (Indigne de toucher une chose si belle Qui la fait contenir sans mouvoir ny gémir. Car elle a tousjours peur qu'il feigne de dormir.

.Mnsi durant l'effort de tant de durs allarmes, Retenant ses soupirs, son recours est aux larmes. Tant que la nuit dura de pleiu-er n'a cessé, En fm le foible esprit du tiavail oppressé. Peu à peu défaillit, et, vaincu, donna place .Au sommeil gracieux, qui les ennuis efface.

Desjà le point du jour peu à peu s'avançoit, l't la femme à Tithon son chemin commençoil. Chassant du lirmament la grand' tioupe estoilée, Quand Olympe en dormant fut toute consolée P-ar un songe amoureux que Venus luy fist voir, Messager du plaisir qu'elle devoit avoii'.

Sri i:l.i.(, li;s.

Lu iiiiTC (les AiiKiiirs ilr s;i doulrm lou('ln''C, Aiii-ii «m'il liiy ^('lllllloit, |M(''s d'i'llc otuil coucliér, Scclidil SCS l;ii-;;(>s |il(nirs, xm diicil iim iiiiforluil, Kl ce hingagc. iloux do sa bouclic. sorloil :

Heault! ])ltis (lue iiiortt'ilo, à mes yciix .idiuiiahlc, Ma coiiiiiayiic, ma lillo, aux déesses seiiil)lable, l'ieiiez cdMir, ma miynoniie, et soull'ie/, douceiiieiil Les auyuisses d'Amour à ce coinmeucement. Apres l)eaucou|) d ennuis pins douce est la liesse, Et jamais un yiand lieur n'est acquis sans tristesse^ Ooinme vous connoisircz : car je veux connncncer, Lasse de vos douleurs, à vous récompenser, Si vous me voulez croire et chasser toute crainte, MonstranI pai' vrais cil'els que vostre amo\ir n'est l'ainle. Oyez donc le conseil que je vous veux donner, Kt qu'un peu de liazard ne vous puisse esloinier. Toute chose lacile est indiyiu'. de yloire; rius giand est le péril, plus liellc est la victoiic.

Au fond du vieux iialais, iiutieslois le séjour Ites d<;irii-ilieux de l'raiice, est un temple d'Amuui' : A nuaux argentez la voûte est toute paiiite; Là se voit, à main droite, une fiyiire sainte Du paradis lieureux des amans fortunez, |)e leurs longues douleurs à la lin guerdounez. Si tosl que le soleil, commençant sa carrière l'our jiorter aux Innnains la nouvelle lumière, Sera sur le midy, lor-squ'on n'y pense pas l'.l (|ue chacun s'atleu'l à prendre sou rciias, Avant avec(|ues vous pour compagne lidelle (Camille, attainte au vil' de Tardante estincellc Des yeux de Kloridant, qui meurt pour ses heautez, Choisissez sagement les lieux plus escarlez. Kl vous rendez sans crainte en cette heureuse place, ij'est làqtievous sçaurez l'heur que je vous pourchasse. Mes délices, mes jeux, mes gracieux tourmaus, Ll de quelles douceurs j'enyvrc les amans.

Venus, ce luy semliloil, à ces mots l'a haiséc. Laissant d'un chaud désir sa poitrine embrasée, l'uis disparut légère. Ainsi qu'elle partoit, Le ciel tout rejouy ses louanges chantoit. Les vents à son regard tenoient leurs bouches closes. Et les petis Amours l'aisoient [deuvoir des loses. riiebns aux cheveux d'or sur les nionts paroissoil, ■m la nuit devant luy son grand voille abaissoit; Les Meurs s'ouvroient au jour, et la gayc arondelle Saluoit en chantant la lumière nouvelle,

Ll V lili 11

OikiikI, avpc un poiiser plaisant et soucieux,

(Uympc se réveille, eiilr ouviant ses beaux yeux.

Doucement tout autour la veuë elle a tournée.

Puis se tint sans mouvoir coimne toute estonnée ;

Kn lin pleine d'amour son cliet elle haussa,

Ht ces mots, l'œil au ciel, bassement prononça :

l'ille de Jupiter, ô' divine Cytliere!

Oui, sous I(î voile om])reux de la nuit solitaire,

M'as daigné consoler, je te suy désormais,

Et ma belle jeunesse en tes mains je remets.

Loin, loin fable d'honneur, qui m'a tenue en crainte!

Arrière, ô vains respects! vous m'avez trop contrainte.

Je ne redoute plus les propos envieux.

Et toy, mary jaloux, d'un œil trop curieux,

Invoque tes esprits, veille après moy sans cesse ;

J'auray pour mon secours l'amoureuse déesse,

Qui me délivrera de ta captivité.

Débile est un mortel contre la deïlé.

De mille autres propos, chauds d'amoureuse llamc, Olympe attainte au vif s'asseuroit en son anic, Et se donnoit courage, afin de mieux oser Poui- sa belle entreprise hardiment exposer. Elle en parle à Camille et le songe luy conte, Camille aussi soudain à ses désirs est pronte; Amour luy donnoit cœur, le fait luy semble aisé, Puisque de Venus mesme il est favorisé, 'l'ousjours de plus en plus ce désir continue. Et leur larde beaucoup que l'heure soit venue. Mais ce ne fut pas tout : Olympe qui sçavoit ' Qu'au sang de Fleurdelys Amour ses traits lavoil, Ayant en mille endroits sa poitrine enserrée Par les divins attraits du gracieux INirée, Compagnon d'Eurylas, veut que pareillement Elle soit leur compagne en ce contentement.

Olymjje, que fais-tu? les amoureux mystères ■ Sont tousjouis plus sacrez, plus ils sont solitaire.-. i\'e t'avises tu point que c'est trop entrepris? Tu passes le conseil de la belle Cypris, IVaccroislre ainsi le nombre et mettre en lu partie La jeune Fleurdelys, sans l'avoir advertie.

Car vous la fustes prendre, et feignant la mener Pour passer la journée avec vous pourmener, Vous partez toutes trois. Tu marchois la premieie, l.a honte aucunesfois te fait tourner arrière, l'on pié douteux chancelle et n'oses ])lus passer, Mais l'Amour aussi-tosl te contraint advancer.

\iiiiim' MTvoil (lo guide en ce secrol voja>;t',

i.hii cliiissoil loiile crninle el luy (IdiiiioiU-duiMuc.

Kllc v;i l'u'il au guet, pas à ii.is, doufeinetit,

Kl tressiuil coup sur coup d'amoureux Iri'udileiueiil.

Si tosl (pi'.iu vieux palais sans lnuil turent eulires,

lies tiois .jeunes anians elles sont icuconlives,

Uui, douteux jiis(pralors, seidoient dedans le cœur

l'n conii)at, incertain d'es])erance et de peur.

rieurdelys ipii les voit reste toute esl)aliie,

S'enttainnie de courroux, se idainl d'estr(; traliie.

Parle liant, se lournienle et, d'un cœur despiti',

niasme la belle Olympe et sa témérité.

Les amans tous confus ne s^'avent (pie luy dire :

L'un fait nulle sermeiis, l'autre esi)erdu soupire,

Kl l'autre, d'un parler triste et passionné.

S'efforce d'amollir ce courage obstiné.

La pauvre Olympe, mesme à jointes mains la prii',

L'appelle son désir, sa lumière et sa vie,

lia serre estroilement, embrasse ses genoux,

l'uis quelquefois se fasclic et luy parle en courroux.

Hé quoy ! luy disoit-elle, où est vostre asseurance '.' Où sont tons ces propos si pleins de véhémence, Que vous me soûliez dire afin de m'enllammei', .\vant que deux beaux yeux m'eussent forcé d'ainnu'? Ouel charme ou quel démon maintenant vous travaille Qu'au besoin laschement le courage vous faille? Comme im soldat craintif, qui bien loin du danger iNe bruit que de combats, de forcer, d'assiéger, l'arle haut des couards, leur lascbeté reproche, l'uis fuit honteusement ipiand l'ennemy s'approche ; Vous fuyez tout ainsi d'un cœur lasche et peureux, l'icn que vostre (>nnemy ne soit pas rigoureux.

Ainsi parloit Olympe, à bon droit courroucée; Mais pourtant Fleurdelys ne change de pensée, Son esprit mal-conlant ne peut estie appaisé; Nirée en vam la prie, ardamment embrasé, Uemonslre son amour, descouvre sa constance. Se plaint de ses rigueurs, perd toute patiance. Car il n'avance rien : ce courage endurci Ne se peut condescendre à luy donner mercy. Pendant qu'il parle à elle, ardanl de mille liâmes, Les amans désireux et les deux jeunes dames Entrent au paradis tant de fois souhaité, Agréable séjour de leur félicité.

0 jeune enfant Amour, le seul dieu des liesses! l'oy seul |)ourrois conter leurs mignardcs caresses,

Leurs soupirs, leurs regards, leurs doux ravissemens,

Et ces petits refus suivis d'embrassemens.

Ces propos enflammez, ces agréables plaintes.

Ces désirables morts ef ces colères faintes.

Tu les peux bien conter, cai' tu y fus tousjouis,

Ayant avecque toy mille petits Amours,

Les uns forgeans des traits, les autres de leurs ailes

Esventant doucement leurs flammes immortelles;

Les autres, voletans, tout autour s'amassoient,

Et les autres de fleurs ton carquois remplissoient,

Dont couvrois ces amans comme d'un grand nuage,

Puis voloient dans leurs yeux et baisoient leur visage.

Chacun à qui mieux mieux se monstrant désireux

De les rendre en ce lieu contans et hien-lieure\ix.

Helas! pourquoy si tost finit cette journée? Pourquoy n'eust-elle au moins la longueur d'une annéeV Certes le clair Phebus, cessant de luire aux cieux, Monstra bien qu'il estoit sur leur aise envieux. Et fist liaster la nuit plus tost que de coustume, Remplissant leurs esprits d'angoisseuse amertiune. Et leur faisant connoislre, à ce dur parlement, Combien l'heur des mortels s'enfuit legeremenl.

ADVANTUBE SECOND T

<;leoimio.n

Rigoureux point d'honneur, qui de si chaudes (lames Poursuis les jeunes cœurs et les plus belles âmes, Qui romps leur plus doux somme, et leur fais mespriser L'aise et l'heur de la vie afin de s'exposer. Et, sous l'espoir d'un bruitd'honorable durée. Volontaires, courir à la mort asseurée.

Des malheurs que Pandore en la terre sema. Quand contre Prometbé Jupiter s'anima Et rendit nostre race en vivant misérable, Tu es le plus cruel et le plus dommageable ! 11 falloit aux mortels des corps de diamant. Pour contre tes efforts résister se\n'ement, Sans en si foible lieu loger tant de courage. Et voir perdre en un rien le plus céleste ouvrage. Mais, lasl si ta rigueur rendit oncques desfaits De nature et du ciel deux chefs-d'œuvre parfaits. Ces vers le feront voir, qu'entre cent mille allarmes D'ciHiuis et de sanglots, j'ay tracez de mes larmes.

Ki.KGu:s.

IKimon cl Lyciiliis, doux nsiros dr ce tnns, Doux Acliillcs uduvcaux, doux .iininlilos l'i iiilnns, ' ijui soinoionl (■(iiiiiii(> lloiirs los amours par la torro, Kl blossoioiil tous los cœurs par uno douce f;uorro, Vaiuioicut uni<|uoinoul. Ce n'csloil ipi'uu vouloir: r.ii eux un son! esprit doux coips l'aisoil mouvoir. Jamais l'ioil de l'iiirhns ne voit telh^ jeunesse ; il'ostoil loule v(!rlii, douceur, ^i-ace et prouesse. Ilosjà leur clair renom llauihoil on divers lieux, Mars lo^eoit en leur aine et l'Anniur ou leurs yeux.

Clooplion, qui partout l'ail reluire sa j^loire, ilrand prince et i^iaud ,i,'uorricr d'innnorlelle monioiK Dont le clair jugement jamais ne se do(,oit, Dr ces don.x entre tons la valeur eherissoit. F.ux, qui de ses vertus ont l'ame toute pleine, -N'adorent rien que Iny; c'est leur joye et leur peine, l'.l n'ont plus i;rand plaisir (|ue de luy faire voir Ce que peut en leurs cœurs l'honneur et le devoir. Advient qu'un soir tout seul Damon se délibère, Ondoyant des grands Ilots d'une jeune colei'o, Pour appaiser son cœiir bouillant et généreux. De tenter le jieril d'un combat rigoureux. I.ycidas, qui l'entend, de conrioux se Iransporte, l'.t, ideiii d'un beau despit, l'accuse en celle sorte :

In me veux donc fuir, ô mon plus cher soucy I Donc ma ferme amitié se voit. payer ainsi, fju'eu l'essay périlleux d'une belle entreprise, Comme peu valeureux, ta vertu me mesprise'? A ipii ])lus désormais pourray-je avoir de foy. Si ce qui m'est plus cher se sépare de inoy'/ Non, il n'en sera rien ; l'amour qui nous assemble Vent qu'au bien et au mal nous ayons part ensemble. Face le sort cruel ce que fai-re il pourra, I.ycidas, ô Damon ! jamais ne te lairia. .le te suivray partout, mon ame ardante et pronle De ce fragile corps sçait bien ne faire conte.

Damon repond ces mots : 0 mon plus doux penser, Ainsi victorieux te puissé-je embrasser.

Sans qu'aucun accident noslre amour dimirtuë ! Comme assez clairement ta valeur m'est connue, Ce n'est pour cet égard que je t'avoy laissé ; Mais si l'aveugle sort, ou le ciel courroucé, Hendent là de mes jours la carrière achevée, .le vouloy que mon aine on toy l'iist conservée. Car, bien que le destin me fasse aller dovanl. .le ne oroiray mourir si tu restes vivant ;

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