‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 116 sur 150 · n F. II · texte numérisé non relu

n F. II

.loint que de (!|poplion la iiifinoirc etcmpllo, Et ce que nous devons à son amour fidelle, M'arreste et me retient, craignant que le rnaliieui' Ne luy verse d'un coup ces deux flots de douleur. Ne me vueilles donc suivre, ô doux feu de ma vie 1 Par ce généreux prince, en pleurant je t'en prie. Reste pour le servir, sans de luy t'estranger ; Accorde mes désirs, ji' ne crains nul danger.

Au nom de Cleophon son ame est fort pressée, Et se sent presque esmeu do changer de pensée ; Mais l'ardeur de combalre est trop forte en son cœur, Puis l'objet de Damon reste en fin le vainqueur.

Je te siiivray, dit-il, rien ne m'en peut distraire. C'est s'opposer au ciel que d'aller au contraire; Nos destins, amassez dans un mesme fuseau, Doivent estre tranchez d'un seul coup de ciseau ; Ne m'ofTence donc plus par ta vaine rudesse, Puis qii'helas! sans te voir je mourroy de tristesse.

Durant tous ces discours qu'.Amour leur inspiroit, La mère du Sommeil coye se retiroit, liamassant sous son aile, en brune couleur tainte, Les songes, le repos, le silence et la crainte. L'Aurore aussi soudain commença ses travaux, Et ne voulut parer son char ny ses chevaux, Ne couronna son sein ny ses tresses de roses, Mais d'un manteau de dueil ses beautez furent closes.

Courriere du soleil, tu devois de tout point, Devers nostre horizon ce jour n'arriver point. Afin que ta lumière, aux mortels si plaisante, A tant d'actes piteux ne se trouvast presante. Helas ! tu n'eusses veu sur le champ renversé, Lycidas, ô regret! d'outre eu outre percé; Tu n'eusses veu les doigts de la Parque cruelle. Couvrant hastivement sa moiuante prunelle, Imui seul coup la jeunesse et l'amour surmonter, l'.t l'ame à grand regret son bel hoste quitter. Tu n'eusses veu l'honneur de sa tresse, dorée De la blonde couleur du poil de Cytherée, Où le plus bel esprit se tiouvoit attaché, Meslé confusément, tout ro\ige et tout lâché. Tel sembloit Adonis, quand la force iuhuiname Du sanglier l'eut couché tout sanglant par la plaine, Mais il eut pour le moins c(; confort en nioiiiaul D'avoir finy ses jours son amy secourant, El de voir par sa main, valeureuse et guerrière, Sou meurtrier eslendu sur la rou<,'e poussière.

51« ELEGIES

Dainoi), MM pru plus Idin, sans pilir coinliatnnl, Ou sang de ses liaiiieux et du sien dptjoultant, Anlaiil et lurieux comiiio un Mars ledoutahln, l'iproil ou l'eslomat^li mainte playe honoiahle, Kt, durant que son caMir est plus grand-et plus tliand, Presque n'en sentaul rii-n, la jinissance luy faut. Son beau corps, dont la tbrce avec le sang se verse, Débile et clianeelanl, Iresbusche à la renverse, lU plus que deniy-niort reste là i)allissant, (loumie un boulon de rose en avril languissanl. Oui perd sa couleur vive, alors que la tenipeste Ou l'outrage du vent luy fait pancher la teste ; Ou comtiie un je\nie lys, de la pluye aggravé, baisse pendre son cliet, qui fut si relevé. Victoire Cadmeane, et trop chère achetée. D'un ny d'autre party tu n'as esté chantée! Tout deux en longs soupirs détestent la rigneiu', VX l'honneur du trophée est cuisant au vain(pienr.

Or comme avec le sang cessent l'ire et la guerre, Damon, qui s(^ levienl par le froid de la terre, Tdut à peine se traine où gisoit son amy, b'un long*ïioninieil ferré durement endormi, ijiii dira la douleur dont son ame est frappée, (Juand il voit que la Parque a sa trame coupée? Ayant le cœur vaincu de regret et d'cnnuy, Immobile, long-tans tient l'o'il fiché sur luy; Kii fin l'amas pressé du dueil qui continue, Kavit toute lumière à sa dolente veuë, La couleur à son teint, aux genoux leur effort. Si que, palle et tout froid, cliet à dent sur le mort.

Au retour de l'esprit que la douleur t'appelle, 11 maudit des hauts cieux l'ordonnance cruelle. Se lasche au desespoir, sanglotant sans cesser. Et de baiser le corps il ne se peut lasser; Puis, comme les sanglots, l'angoisse et la furie Fout passage à sa voix, tout en pleurs il s'escrie :

Ne dépars point encore, ô seul jour de mes yeux ! Et parmy tant de rage et d'assauts furieux, N'abandonne au besoin un que tu faisois vivre Et que jusqu'à la mort lu n'as pas craint de suivre' Oy mes propos derniers et mes gemissemens, Ueconforte mon cœur par tes embrassemeus. Nos esprits enlacez d'un céleste cordage. Si tu m'attens un peu, ne feront qu'un voyage, Leur vol tout à la fois en la nuict s'estendra, Kt des myrthes ombreux la descente prendra.

Mais, ô cruel aniy ! ta flamme est-elle estainle, Que tu n'es point touché de ma dure complainte' Ton oreille est bouchée à mes cris enflammez, VA pour ne voir mes pleurs tes beaux yeux sont fermez. Ah! que de desespoirs tyrannisent ma vie! Helas! tourne un regard devers moy, je te prie! Bespons-moy, Lycidas; poux-tu voir sans parler Ton malheureux Damon tout en pleurs s'écouler?

Au nom de son amy, miracle ! il s' évertué D'élever quelque peu sa prunelle abbatuè. Qui semble une fleurette où toute humeur défaut, Sèche sur un rivage espuisé par le chaud ; Mais Clothon, qui plus loin n'a limité son terme, D'une outrageuse main pour jamais la referme.

Damon, plus que devant au dueil s' abandonnant, Rend d'esclatans regrets l'air voisin resonnant, Couvre le corps de sang, de cheveux et de larmes, Et tousjours la fureur luy fait nouveaux allarmes. Qui ne cesse qu'alors qu'un spasme appesanti Luy dérobe l'esprit, de foiblesse amorti.

Tandis des faits nouveaux la courriere emplumée Par tout ceste merveille aussi-tost a semée. Chacun court sur la place, et sent en approchant Qu'un long trait de pitié son esprit va touchant ; Au moins humain de tous l'œil de larmes dégoûte, Et du plus mort des deux les regards sont en doute.

Alors quelques amis, que la foule entouroit, Trouvant l'un tout glacé, l'autre qui respiroit. Portent, en soupirant de façon lamentable. Le blessé dans un lict, le mort sur une table.

Quel rempart assez fort la raison te garda. En ce torrent de dueil, qui sur toy déborda, Valeureux Cleophon, quand la triste merveille D'un tel bruit vint frapper ton ame et ton oreille? Le rocher de ton cœur, d'invincible vertu, A ce terrible choc se vit presque abbatu. Et rompu de tout point par la vague eflVenée. Tant peut l'amitié sainte en une ame bien née '. Sceptre ny majesté n'ont pouvoir d'empescher Que cette affection ne le vienne toucher. Court au lieu pitoyable, où, d'une force extrême Reserrant et pressant son angoisse en soy-mesme. S'approche du blessé, qui mourant languissoit. Et plus à son amy qu'à son mal il pensoit!

Ce grand roy le console et, d'un plaisant langage. Voile de son ennuy, luy remet le courage,

Ri.KG ii:s.

\(iil .le se- i'ini|is ilivci's sonder l;i iunlonili'iir, l'I |iiini' If scrciiini iiicl au loin sa j^iaiulom'.

Uu'oii ne 1111' \anl(> plus l'aniilié vcii^'oirsso On preux lils de Tliptis, seiir rampait do la Oroce, M le feu sailli et beau iloiit l'ylade est forcé. Qiiaiiil il s'olfie à mourir pour Oreste insensé! S'estei^Mie le renom d'Hercule et de Thésée, Kt lie ceux dont la gloire en tout agi- i^st prisée, Qui se sont de mortels ilans le ciel élevez, Pour les droits d'amitié saintement observe/! Mon prince, le plus grand de cette terre liasse, ("omine en toutes vertus en cecy les sur|iasse : Nul divertissement sa douleur ne déçoit, Des yeux uy de l'esiuit le soiiiiue il ne reçoit. Tant cet eniiuy le point ; donne, promet et |irie, N'estime rien tro]) cher pour laclieter sa vie; D'autour de son chevet il nt? se; peut bouger, F;t de sa blanche inain le fait boire et manger; Importune le ciel de vœux et de prières; bref, pour llechir la mort tente mille manières. Mais cesle liere l'arque, aux ravissantes mains, Seule des deïtez est sourde aux cris humains; Sans pitié d'heure en heure elle abat sa jeunesse. Kl «l'un si beau séjour se veut faire maistresse.

Amour, qui s'y logeoit superbe et redouté, l.uy résista long-tans d'un courage indonlé; Et durant qu'il demeure nu seul trait en sa trousse, Tousjours brave et vaillant, arrière il la repousse. En fin il est cpntrainl, foible et tout desarmé. De (piitter en pleurant un logis tant aimé, Deconlil, esperdii, traisnant l'aile blessée, (!omme un ipii s'est sauvé d'une place forcée.

Or (pielqiie peu devant que l'extrême accident Couvrisl ce point du jour d'éternel occident. Durant qu'autour du lict maint grand soupir résonne. Et que Cleophon mesme aux regrets s'abandonne, Damon, le regardant, son esprit renforça. Et ces derniers propos avec l'ame il poussa:

Prince, honneur de nostr.c âge et sa gloire première, Qui fus mon heur, mon tout, mon ame et ma lumieie, Kt le seras tousjours icar malgré son effort, l.'amitié cette fois surmontera la mort), J'estime heureusement ma carrière achevée, Ayant jusqu'au tombeau ton amour esprouvéc, Et remporte en mourant un éternel plaisir D'avoir si dignement sceii loger mon désir.

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