‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 118 sur 150 · IMITATIONS DE L'ARIOSTE · texte numérisé non relu

IMITATIONS DE L'ARIOSTE

AD PHIUITUM PORTE U M

Son 1ère forma jir;or casix VcnrUli vonwn

El Liiloiiifinix il II ru rcpiilsti ilrilil, l'osl t(im"n in mrlins mulnhi ctivimine cœl-im

Pulsiit, et inlonsi tempora fronde Dei, Irnriimquc Joris scctira, tonilrun lemnil

Usqitc virens fnslits in monumcnlu sni, Nec, reor, in prlseum rellet rcvoliitn fujiiram

Qiixsitse famée trisliu damna pnli.

Cinge, Arinsie, comas selernum virijine laiiro

Sortem unitiui haiic revocans ad Ina fu/i/ refrr. Et versus tandem, novaper miracnln, srnli

Pop.T/EiM fumx consnluisse Inx

' Ces iuiliales désigiieiil vraiseinljkiljlemeiU Pierre Pilliou, l'iui îles .mleurs de la Satire Ménippée. Ce savant jurisconsulte a\ait vu le jour àTroves, en to59, et mourut à Xogent-sur-Seine, en 1396. Il étudia sous Turnébe ft Cujas, fut reçu avocat à vingt et un ans, mais aima mieux donner des consultations que de plaider. Ses opinions calvinistes le forcèrent de quil 1er monientanéiiient la France, ou l'édit de pacification de 1570 lui permit de rentrer. U faillit prrir pendant In .Sainl-Barlhélemy, in.nis abjura par la suile le protestantisme. Son ouvrage le plus célèbre est son Traité des libertcs île l'Église gnllicune, réimurimé en 182V et 1823. Dans un Mémoire nv.r évéqiies, il essaya de démontrer qu'ils pouvaient rendie nulle l'excommunication lancée contre Henri IV : aussi le roi le iioiniiKi-l-il ijiocureur général au parlement de Paris. On lui doit la première édition des fi/h/fs de Phèdre, demeurées jusqu'alors incounues.

ROLAND FUIUEUX

l'IlllJI'l'K ItKSI'OItTKS

AU liOV Cil Mi 1,1, S l\

Je veux clianlcr lîoljiml, ses riiirurs ol s;i ra^e, .le veux clianler d'.Vmour la t(>ni|)('slf rt rmagc, La colère ituloutée ri le rorceneiiienl iiui Iroublerent l'espiil il'uii misérable auianl, Délaissé sans raison d'.Vnj^elique la helle, Déplorable loyer «l'une amour si liilelle. (Ibarles, roy magnanime issu du sauR des dieux, Je chante en m'essayant ces regrets f'uiieux, Attendant qu'une fois plus hardiment j'enloime 1,1's combats achevez pour sauver ta couronne, i.iuaud le discord mutin, iiar la France allumé, l'ieniloil contre l'enfant le jiere envenimé. Tandis', d'œil favorable et di; royal courage Uei.'ois ce que j'appeiis aux pieds de ton image; l'.t si tu pi'is jamais plaisir à mes écrits, Ijitcn de quelle ardeur cet amant lut épris.

Le grand dieu des amours, dieu de telle [luibsann Qu'encor il n'a trouvé cpii luy fist résistance, Uu jour ))lessa lioland, le redouté guerrier, Le vaillant palladiu, le brave avanlurier;

Kn aitt'iidai't.

iiOLANn rur. iKtx.

Etbirii qu'il ii'eiist pas ciainl une puissante armée, Si fosl qu'il eut d'un liait sa poiliine entamée, l-t que de deux beaux yeux le rayon s'espaiidit, 11 mil les aimes bas et vaincu se randil. Clietif, que t'eroil-il, si la céleste bande Des esprits immortels, si le dieu qui comiiiaiule Aux enfers ténébreux, et cil qui peut donler L'orgueil des Ilots mutins, n'ont sceu luy resislr r.'

Or pour lléchir le cœur de sa fiere maistresse, Il fait en mille endroits retentir sa prouesse, Kn Inde, en Tartarie, et desjà l'Oriant, Uestant tout estonné, va ses faits publiant; l'uis il repasse en Gaule, où le peuple d'Espagne, Le Numide et le More emplissoient la campayue. Conduits jiar Ayiamant, qui desjà se promet i^kie la France captive à ses loix se soumet. Là de mille beaux faits il enrichit sa gloire, Là de mille combats remporta la victoire ; Il foudroyé, il saccage, horrible et furieux, 1 t l'enueiny, qui craint son bras victorieux, l'uit au devant de luy, comme dedans la plaine l'uit au devant du loup le mouton porte-laine.

Qui a veu quelquesfois tournoyer dedans l'air, C.ronder et faire feu le tonnerre et l'éclair, l'uis, tombant tout à coup en mille estranges sortes, l'jsclater et partir les roches les plus fortes, liriser les marbres durs, crouler les fondeniens. Kl pesle-nwsle encor broiiiller les eleineiis, il a veu ce guerrier, qui ])uite, en tous allarmcN, La foudre eu sa main droite et la mort dans ses ai mes M comme un nouveau Mars, débâchant et taillant. Fait refroidir le sang du plus brave et vaillant. Un n'oit autour de luy que mortelles complaintes, Son espée et son bras et ses armes sont taintes Du sang des ennemis: car rien ne les deffend, Maille ny corselet, quand Durandal descend. Il fend, il taille, il perce, il fiaiq)e, il lue, il chasse. Clia<ani fuit devant luy : qui son armet délace. Qui laisse choir sa lance, et qui souvoiitesfois Ouille là son espée, et fuit dedans le bois Qui deçà qui delà, et leur ame craintive, A cliaque flair de vent croit qu'encore il les suive, (ju'il presse leurs talons et qu'il hausse le braS: Pour les priver de vie au milieu de leurs pas.

Comme un jeune chevreuil, qui dedans son bocage A veu le lier lyon, chaud de soif et de rage,

ir, r.iii.AMi ii;iti i;rx.

•.»iii m:iss:ici(' .s;i iiicic cl, (■oiiv(Mt(nix de s;iiiji, l'ii ili'iix coiii» la litMliiic et liiv iiKiiiHi' lo liane; Ciainlil', il prend la (iiilc, pI d'nno conrsn isnolir ' lisdiapijf cl se dérobe a la bcste eiuelle, Une liranche, une IVuille, une lialaine de veni I.'horieur du s''''i"<' 'V'"*" '"y l'cnicl au dcvaul.

Ainsi devanl Rolaïul la lourbc espouvanlcc s'enfuit à (pii mieux mieux d'une course liastée. l'^l, liiy, loudroyant tout, laisse altère/ de coups (ihevaux et chevaliers aux matins et aux lou|is.

Jà des.jà le renom de sa force admirable l.e rendoit en tous lieux terrible et redoulable; Il se disoit pai' tout (pi'il n'avoit son pareil bepuis les Indiens jusqu'au lict du soleil; i.iuand au mois plus ardant, lots que la canicule De la terre et du ciel tous nuages recule, Ayant de])uis deux jours vainement pourcliassc Le,i^3illant Jlaudricard, il descend, tout lasso l'e chaud et de tiavail, auprès d'un clair rivafje, Ombragé des rameaux de maint aibre sauvage, Ktdont l'émail divers, richement idole, Des baisers du soleil ti'csloit point violé. L'œillet y florissoit, l'amaranllie et la rose, Kt(;iytie au soleil sa robe avoit déclose; Le myrllie y jnenoit place, el le lis blanchissant, Kt la lleur du iniynon, qui uiourut languissant Par trop aimer son ombre et la figure vainc. Qu'il veit en se mirant es eaux d'une fontaine.

Le soleil, s'avaneant |iour parfaire son tour, A moitié du chemin nous marquoit le my-jonr, Quand Roland y survint, qui tout par tout degonslc, Et de son mal i)rochain le chetifn<' se doute; Il pensoit reposer, mais, au lieu de repos, Un espincux ti'avaiî le perça jusqu'à l'os. (Ihevalier malheureux, à qui la destinée lleservoit la douleur d'une telle journée! Car, en se destournant, comme il levé les yeux Vers les arbres proctiains, il voit en mille lieux Le nom de sa déesse engravé sur l'écorce, Témoignage évident d'une amoureuse force. 11 admire le chiffre et remarque soudain De la belle Angélique et les traits et la main. Parquoy tout estonné pensivement regarde. Et d'un œil plus subtil, curieux, il prend garde

Mdpide, du mot ilalien indlû-

ROLAMi FUIllKlX.

A tout cela qu'il voit, et lit par tout eiicor, Enlacez de cent nœuds : Angélique et Medor.

Desjà d'un chaud despit sa poitrine est attaiiite. Et maint jaloux penser le fait pallir de crainte ; Aulant de traits qu'il voit, autant de clous ardans Amour liclie on son cœui', qui s'enfoncent dedans. Encor il ne sçait pas que tout cecy veut dire; Toutesfois il frémit, et dans l'anie il soupire, l'uis il se leconforte, et de tout ce qu'il voit 11 s'eft'orce de croire autrement qu'il ne croit. Il feint mille discours et pense à l'avanture fjue quelque autre Angélique a fait cette escrilurc ; l'uis il connoist la lettre et voit qu'il se déçoit. Mais une autre espérance aussi-tost il conçoil.

" Hors de inoy, ce dit-il, penser qui me dévore ! .le connoy maintenant que celle que j'adore (Amour en soit loué) m'aime parfaitement, M'ayant sous un Medor déguisé finement; Car je suis ce Medor et connoy que ma dame. En déguisant mon nom, veut déguiser sa llame. -

Ainsi disoit Holand, mais un nouveau penser 1-uy l'ait presque aussi-losi ce propos délaisser ; Son frisson recommence, et ce qui le fait craindre S'envenime et s'accroist plus il le veut contraindre.

Comme le simple oiseau, qui s'engage et se prend Au piège et à la glus que l'oiseleur luy tend, Tant plus qu'il liât de l'aile et que plus il s'elfoice De se desempestrei', plus la glueuse amorce L'attache et le retient : Holand en est ainsi, Qui sent croistre tousjours son amoureux soucy. dr" il rcve immobile, et or' il se destourne, l'uis deçà, puis delà, et jamais ne séjourne Son penser variahle, et sent dedans le cœur Un combat obstiné d'espérance et de peur.

Discourant en ce point sans qu'il pense à soy-rnesme, Tant il est possédé d'une manie extrême, 1! vient jiisques aux lieux où les amans heureux, Sur la chaleur du jour doucement langouieux. Se retiroient à l'omhre au fiais d'une fontaine. Où de mille plaisirs ils enyvroient leur paine. Ores de leurs désirs doucement jouyssans, (h'es demy-lassez mollement languissans; Et soudain, repiquez de l'amoureuse touche, Ils se tenoyent collez la bouche sur la bouche, Le liane contre le tianc, et nageoient à souhait Dans le fleuve d'Amour de nectar et de laict.

ItOI, AM. IllillClX.

Mrdor, pour fiiiic l'oy ilu plaisir dc^irMlilc, Oui l'avoil liii-ii-liciuv dans ce li(>u di'lccl.iMc, Par dessus tous les dir-ux, avnil sulililcniciil In mille nt niillr endi'oils peint s(in contenlemciil. On viiil lont à l'eidour niaiiile et niainle devise, r.t ne peut couiir l'ceil un seul lien cpi'il n'y lise 'iiavé de tent, la(,'ons : Anf;eli(pie aux l)eaux yeux, An^eliipie et Me.dor le favori des cienx !

Holand regarde toul, ayant l'anie saisie l»e la froide poison d'une aspi'e jalousie, Kl chancelle inconstant, comme le prestre saint Que le tan de Baccims trop vivement attaint; <>)■ ainsi que tons.jourb de jilus près il s'ajjproclie, l'.t contemple eslonné la fontaine et la loclie. Tournant n>ille discours en son entendement, Voit ces vers de Medor engravez fraischeinent : « 0 tertres verdissans! o fidèles ombrajfcs Des antres ténébreux, des jjrez el des rivages! 0 bois délicieux I ô doux courans ruisseaux. Kspcssemeut bordez d'amoureux ail)risseaux 1 Où la belle Angélique, ornement de cet âge, tjui de tant de grands rois enllannna le courage, l.a (ille à (îalafron, seul miracle des cieux, Telle (pii (it trembler les i)lus audacieux, Abaissant sa liautesse et sa race royale, A moy, pauvre Medor, se list si lilierale, Que mille fois ensemble en mille lunneux plaisirs, Avons lionne relasclie à nos bouillans désirs.

" Pour ces douces faveurs entre vos bras icçuës, Tertres, ombrages, bois el cavernes moussues. Herbes, rives et Heurs, je ne [mis avancer. Si je veux présumer de vous recompenser : Parquoy, ne pouvant mieux, je bénis à toute lienre. De cœur, d'ame et de voix, cette heureuse demeure ; Priant tous palladins qui pas-seront icy. S'ils ont jamais senty le doux-poignanl soiicy , Du grand vainqueur des dieux, (pi'aux lidflles ombiage- Aux antres lenebrcux, aux prez et aux rivages, Aux bois délicieux, aux doux courans ruisseaux, Kbpesseiiienl liordez d'amoureux arbrisseaux. Ils souhailenl ainsi : ces lieux tant désirables Ayent à tout jamais les nymphes favorables, l.a lune et le soleil, et jamais jiasloureau M puisse en leur giron conduire son troupeau. >

Cinq ou six fois Roland relut cette éciilure, Les yeux tousjours fichez contre la roche dure,

lîOLANri FIT.IEL'X. 32fl

Nouveau rocher luy-mesme et sans nul monverripni.

Tant ce coup impreveu trouble son jugement !

Vuis il relit encore et, cherchant, il essaye

A pouvoir trouver fausse une histoire si vraye,

Mais ce qu'il voit empraint ne se peut demeiilir.

F.t luy faut à ses yeux malgré luy consentir.

11 n'a plus sur le front cette audace engravée,

Il a le teint jaunastre et la face cavée ;

Son cœur est si serré, qu'il ne sçauroit pleurer,

Ni du chaud estomach une plainte tirer;

Mais tout pantoisement il halette de rage,

Tar le flux débordé, qui grossit son courage,

Veut soi'tir tout à coup, et se pousse et se suit,

Mais au lieu d'avancer se bouche le conduit,

Comme le vase estroit dont l'eau, pour sortir toute,

S'empesche et se contraint de filer goûte à goûte.

Si ne veut -il se rendre, ains tasclie à s'alléger,

^'e croyant qiie sa dame ait l'esprit si léger,

Mais que quelque jaloux, d'une ame injurieuse,

A tramé tout cecy pour la rendre odieuse.

« l.asl dit-il, quel qu'il soit, comme il a de bien pn'i

Imité sa main belle, et sa lettre et ses traits! ■■

Ainsi d'un foible espoir sa douleur il console,

Et se remet un peu du soucy qui l'atTole.

Il remonte à cheval sur le point de la nuit,

IjOrsque desjà la lune au ciel claire reluit,

Et que Phebus lassé dans la plaine azurée

Va plongeant le trésor de sa tresse dorée.

Cheminant sans chemin, or' à gauche, or' à droit,

Il n'avance beaucoup que d'un haut tertre il voit

Haut rejaillir du feu d'une maison prochaine,

Oit abayer les chiens et, sortans de la plaine.

Il entendit béeler les innocens troupeaux.

Et les mugissemens des bœufs et des toreaux.

11 vient droit au village, où tout las veut descendre. Et soudain un garçon son cheval luy vint prendre, Un autre le desarme et, du haut jusqii'au bas. Un autre met la nappe et la couvre de plas. Mais l'accez continu du mal qui luy commande Le degouste si fort, qu'il n'a soin de viande ; Plus cherche de repos, plus trouve de langueui- Et d'aiguillons poignans qui pénètrent son cœur; Car il voit tout partout, aux fenestres et poi-tes, Angélique et Medor lacez de mille sortes. Quelquefois il vouloit la cause en demander. Mais une froide peur ne luv fait bazarder

Page 1