‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 121 sur 150 · AT CHANT X X M I D F. I, A P. I 0 S T E · texte numérisé non relu

AT CHANT X X M I D F. I, A P. I 0 S T E

Doncques sera-l-il viay qu'il faille que je suive Une, helas ! qui me fuit et se cache de moy ? Doncque sera-t-il \Tay qu'il faille que je vive Tousjours désespéré sous l'amoureuse loy? Souffriray-je tousjours l'orgtieil qui me maistrise, Riant lors que rnon œil plus de larmes espand? Me faut-il estimer celle qui me desprise? Jle faut-il reclamer celle qui ne m'entand?

Las '. que mon espérance est douteuse et petite! Celle dont l'œil divin de mon ame est vainqueur, Reconnoist les mortels si peu pour son mérite Qu'il ne faut moins qu'un dieu pour vaincre un si beau cœur. Encor si quelque dieu, poingt d'amour et de gloire, A si digne combat hazardoit son pouvoir. Je suis aussi certain qu'elle auroit la victoire, Comme je suis douteux qu'il la peusl esmouvoir.

Elle sçait, la rebelle ingratement hautaine. Si mon cœur, son esclave, est ferme à l'adorer, Et, pour le nom d'amant que mérite ma paine. Du seul tiltre de serf ne me daigne honorer. Son œil cruel et beau voit le mal qui me presse, Et ne s'avance point pour me donner confort;

-."il roMlM.MNTK.

Kilo voit (|iic je lueurs iiii|iloraiit s;i nulnsso, Kl ililTn'o .•! m'aiilnr lors (luc je spray mort !

AriTslp, Amour cv\\c\, arrosto un peu la bollf : Il sriiililc (|uVllp voile, el je ik» puis inarelicf; Ou tay ipie Je reldunie en ma saison nouvelle, (.luand ses yeux ny les Ivails ne iii'avoienl seeu louelior. Mais, ail! (pie mon altcnle est folle, el misérable, De prier un tyran (pii s'c^sgaye aux douleurs! Cai- plus il est prié, moins il est exoralile, l".t ne vit que de cris, de sanglots et de pleurs.

Mais (lequoy, las ! clielif! de(iuoy me doy-je plaindre. Fors que de mon désir qui m'élève trop haut Et, me poussant en l'air, jusciu'au ciel veut attaindre, Où il se brille l'aile et lombe d'un grand saut? Lors un vain espérer des plumes me rattache; Je revole et retombe ainsi qiiej'avoy fait. Voil.-i comme en soullVanl je ii'ay point de relascbe, Et ce qu'un jour avance un autre le desl'ait.

J'accuse mon désir, mais de meilleure sorte, En me plaignant de moy, je me dois accuser; Car seul de ma raison je luy trahy la porte, Tant il sceut finement ma simplesse abuser ! Et depuis, à clos yeux, comme il veut il me guide. Et n'y puy résister; car il s'est fait trop fort, Joint que pour l'arrester je n'ay ny frein ny bride; Et si suis tout certain (ju'il m'emporte à la mort.

Mais je me plains de moy, qui n'ay point fait de fanie Que de vous aimer trop. M'en pnis-je repentir? Certes non. Et, qui plus, ma jeunesse peu canle Des traits de vos regars n'eust sceu se garantir. Devoy-je user de force ou d'un art secourable, Pour ne voir vostre teint à l'aurore pareil. Vos yeux et vostre bouche? « 11 est trop misérable, Qui refuse de voir la clarté du soleil. »

Cesse, ô chant mortuaire! et trouvant l'inhumaine, Qui met toute sa gloire à meurtrir et ble.sser, Dy-luy qu'elle peut vivre et contente et hautaine, Puis (pi'eii la mort des siens gist son jjIus doux penser. Si tu vois au retour que, de fureur contraint{>, Ma pauvre ame affligée ait ce corps délaissé, Honore mon trespas d'une petite plainte. Et fay voir que l'Amour m'a mal recompensé.

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