‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 120 sur 150 · RODOMONT · texte numérisé non relu

RODOMONT

Rodomont s'en approche et le tient embrassé, L'estraint estroitement et le rend tout froissé, Luy fait tirer la langue, et fait que du martyre L'esprit tombe à l'envers sans que plus il respire. Le payen ne s'arreste et marche plus avant. Vers la porte d'enfer sa victoire suivant . Pluton, pour l'empescher, luy jette une fiole Pleine du desespoir et du mal qui r'alfole Les amoureus jaloux; mais luy, qui n'en fait cas, La reçoit dans la main et respand tout en bas.

« Garde, roy des enfers, garde ta mercerie ', iDit-il en se mocquant) pour la forcenerie De ces foux abusez, esperdus, insensez, Qui des jeux d'un enfant se sentent offensez; De moy je ne crains point ny les feux ny la glace, Ny les monstres hideux, ny tout ce qui s'amasse D'horrible en tes enfers et de plus odieux; Et m'estonne aussi peu des enfers et des cieux Qu'aquilon, au sortir de sa cave declose. Fait cas de rencontrer un voile qui s'oppose. »

Ainsi dit Rodomont, qui s'altère en parlant, Et qui sent au dedans im feu si violant De travail, de sueur, de passion et d'ire. Qu'il abandonne tout, courant droit sans mot dire Vers le fleuve d'oubly tout noir et tout (rouble. Pour estancher sa soif d'un long trait redoublé, liais il n'eut pas baissé la teste jiour y boire Que tout au mesme instant il perdit la mémoire. Et ne se souvient plus des combats entrepris, iNi de retourner voir Phiton et ses espris. Qui s'estoient résolus, défaillis de courage. De luy porter les clefs et de luy faire hommage.

Luy, qui de fait aucun ne s'est plus souvenu, Se remet au chemin dont il estoit venu; Il passe derechef l'infernale rivière, Et derechef encor il revoit la lumière De nostre beau soleil, deçà delà courant. Et ne séjourne point dans un lieu demourant. Jusqu'à tant qu'à la fin il se trouve en la place Où gisûit son corps mort tout gasté par la face. Puant et corrompu; les os en blanchissoient. Et cent mille corbeaux à l'entour croassoient. Alors, tout furieux de voir sa sépulture, Court après les corbeaux qui prenoient leur pasture

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rtps rosics lin ondiivro, il Ifs rhasso, il lossnit; Los monts, rivps ol hois lolcnlisscnt du liniil; l'"t no l'osso jamais, arflanl à la poursnilo, Itesaniant tons los lionx on s'(^gaio lojn' t'nilo.

Mais ainsi (jn'il los suit, criant lioi rihicniont, Il so tronvo à la lin conlro lo monnmonl Pfi l'houionso Ysabollo au ciel victorioiiso, l'onr avoir par sa fin l'ait prouvo. glorieuso De foy, (le cliasloté, d'un cœur constant ot fort. Et quo la vrayo nmonr est vive après la mort.

Lo payen lent soudain roconnoist la tour foite; Il roconnoist le pont, il roconnoist la porte, 11 roconnoist le llenve, ot connoist los osciis Do tant de chevaliers qu'il y avoit vaincus, Kncor qu'il eusl perdu tout autre souvenance; Car lo tlouve d'onlily contre Amour n'a puissance. L'esprit à cotte l'ois tout coy s'est arresté. Adorant lo saint lieu, tombeau de loyauté.

Et poui' ce que dos corps privez de sépulture Les esprits sont orrans cent ans à l'advanture, L'esprit de lîodomout, qui doit errer autant. Erre autour du tombeau, ses amours lanienlant. Cm le voit quelquefois apparoistre visible. Plus grand qu'il ne souloit, plus fier et plus terribb Courant dessus le pont et hurle toute nnil. Faisant tout resonner d'un elfioyahle bruit; Kt tousjours en criant il semble qu'il appelle; lîodomont, Rodomont, Ysabollo, Ysabello!

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