‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 125 sur 150 · I.a rend de ses beautez doucement embrasée · texte numérisé non relu

I.a rend de ses beautez doucement embrasée

El que vrayment heureuse elle est son espousée.

C'est un dieu pour certain digne d'estre adoré.

Mais voyez, ce dit-il, son portrait figuré,

F,l luy faites honneur; c'est une chose sainte,

Car du pinceau d'Amour cette image est dépaiulr. »

Ainsi dit le courrier, dépliant de la main Un parchemin couvert qu'il porloit dans le sein. Où se voyoit au vif la lielle portraiture Du iiien-heureux Medor, chef-d'œuvre de nature. Ah! Dieu! que de beautez s'esbaloient là-dedans! Que d'appas, que de traits, que de flambeaux ardans! Que de lys, que d'œillets, que d'amoureuses grâces. Que d'agréables morts, de douceurs et d'audaces ! L'œil y resloit perdu, l'esprit tout estonné. Et le corps plein de feu de cœur abandonné.

Si tosl que Sacripant y eut jette la voué, 11 la sent aussi-lost couverte d'une nuë; Une fi'oide sueur par les membres luy court, 11 perd les sentimens, muet, aveugle et sourd ; Son cœur entlé de rage au dedans se mutine. Et pour sortir dehors combat dans sa poitrine ; Sa joue est toute tainle en mortelle couleur. Son ame est languissante en extrême douleur, D'amertimie et de fiel sa bouche est toute plaine. Et tombe dessus l'herbe, ayant perdu l'halainc

Qui a veu quelquesfois un qui n'y pense pas, l'ar un pront accident conduit près du trespas. Qui j)erd les monvemens, la parole et l'ouye. Et ne monstre d'une heure aucun signe de vie.' II a veu Sacripant de son longestendu.

Ayant avec l'esprit tout sentiment perdu. Il ne respire point et reste en telle sorte, Qu'on ne peut l'estimer qu'une personne morli'; En (in les yeux baignez vers le ciel élevant. Par un ardant soupir monstre qu'il est vivant. Lors il ouvre la bonde à ses larmes brûlantes, 11 fait de ses deux yeux deux rivières cijulantcs, Et de son estomach, sans cesser haletant, De grands (lots de soupirs coup sur couj) vont .sortant. Il reprend le poiwtrait, tout privé de soy-mesme, El tremble en le voyant de passion extrême,

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Ti(-ntra'il fiché ilessus, (jui coule sans ir|i(is, El deineiire long-tans sans dire im seul piopos. Mais, voyant le coniiier, il tasclie à se eontiaindic, Et relient au dedans l'cnnuy qui le fait plaindre. <e Va, mon aniy, dit-il; annonce le discours En mille lieux divers des volages amours De ta belle maistresse, lielas! trop variable, Et Iny conte au retour, pour nouvelle agréable, Que Sacripant esl moit, qu'il est froid et transi. Et que pour bien aimer on le guerdonne ainsi. » Ayant ilit ces propos en voix basse et plaintive, S'égare au fond du bois d'une course liastive. Taxant et maudissant par cris désespérez Les astres sans raison contre Iny conjurez. Tout a pitié de luy : les rochers qui l'enlendenl, Esmens de ses regrets, par le milieu se fendent. Et les petits oyseaux, de sa douleur touchez, Demeurent tous muets sur les branches perchez.

l.e messager, sur)>ris d'une telle merveille, Le suit tant comme il peut de l'œil el de l'oreille, Pour en sçavoir l'issue, et, s'approchanl de prés, Se musse doucemenl dans un lieu bien espè.=, D'où sans estre apperceu, faisant un eoy silance, Il oit tous ses regrets et voit sa contenance, Contenance si triste et pitoyable à voir-, Qu'elle eust peu l'enfer mesme à douleur esmouvoii ; Car il se laisse aller à ses tristes pensées, Et mille passions contrairement poussées, Le courroux, la douleur, la rage, la jiilié, La haine bien conceue et la vraye amitié, Se font guerre en son ame, et ne veulent i)ermetlrc Qu'à l'une des deux parts il se puisse remettre. Ainsi comme un vieux chesne agité rudement l'ar deux vents ennemis soufdans diversement, L'air single du grand bruit de leur forte secoi\sse; L'un le pousse deçà, et l'autre le repousse, A l'envy l'un de l'autre, et diriez à les voir Qu'il y a de l'honneur à qui le fera choir.

Durant que ces pensers font guerre ainsi diverse, Le roy, qui n'en peut plus, se jette à la renverse Sur l'herbe, où sans parler demeure longuement, Puis parlant en soy-mesme il dit tout bassement: « Qui doimera conseil à mon ame oppressée? Doy-je pas, pour vanger mon amour offensée. Aller, non au Catay, mais jusqu'en celle ])arl Où le soleil jamais ses rayons ne dejiail,

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Pour trouver l'ennemy d'où procède ma perte,

Luy fendre l'estoinach, voir sa poitrine ouverte,

M'abbreuver de son sang, me nourrir de sa chair.

Et de son cœur indigne Angélique arracher,

Fiendant par cet exemple évident témoignage

Combien la jalousie en soy porte de rage?

Mais, las! que dy-je? où suis-je? Ay-je donc projette

D'offenser, trop ingrat, la divine beauté,

Qui me relient si ferme en son obeyssance?

0 dieux! pardonnez-moy s'il vous plaist cette ofîance!

Car elle est innocente, et suis tout asseuré

Qu'elle a de mes malheurs mille fois soupiré,

F.l qu'elle a grand regret de son amour faussée.

Mais quoy? le ciel cruel contre moy l'a forcée,

F.t luy a fait choisir ce nouvel amoureux.

Hé! que ne peut le ciel malin et rigoureux?

Vy donc en doux repos, ô ma belle déesse !

Que jamais ton Medor pour autre ne te laisse ;

Ayez tousjours un cœur, un vouloir, une foy,

F.t tout vostre malheur puisse tomber sur moy! »

Il se faisoit jà tard, et l'œil qui nous éclaire Avoit presque mis fin à son cours ordinaire; Toutesfois sa lumière encore apparoissoit, Mais en se retirant peu à peu s'abaissoit ; I. 'amant de plus en plus ses sanglots renouvelle, il fait sortir du chef une source éternelle, Kt pourroit-on juger, voyant couler ses pleurs. Qu'il prétend d'y noyer sa vie et ses mallieurs. Il tient les bras croisez, et tout transi regarde l'hebus, qui de pitié sa carrière retarde, F-t, les yeux vers le ciel incessamment fichez. Sort ces derniers regrets de sanglots empeschez :

« Oyseaux qui voletez par ces lieux solitaires. Eaux, chesnes et buissons, mes loyaux secrétaires. Oyez à cette fois ce qui doit m'advenir. Puis de mes actions perdez le souvenir. Venls, cessez un petit, que ma voix espanduë Ne soit point autre part qu'en ce bois entandui"; Et toy, luisant soleil, arreste un peu ton cours, Et assiste à la fin de mes malheureux jours. Ce sera bien tost fait, car je veux en peu d'heure Voir la fin de ma vie et du mal que j'endure. F.t toy, ciel inhumain, qui tousjours m'as suivy Comme un fier ennemy, sois au moins assouvy De ma mort avancée, et du sang que je tire Par ce fer de mon corps pour appaiser ton ire ! »

ôfifi ANGIvMQl'K-

("edil, l'ii se Ifviiiil (II' l'iiri'ur transpoili'', Si' saisit (lu poigiiurd (]u'il iinrloil au t'(ist('', Le baise m soupirant, puis, il'ardfiur violanlc, Au crpux (lo IVsloinacli jus(iu'aux ^'ai'ilos le piaule; 1,1' relire aussi-lust louyc, cscuinoux olcliaml, i'uis so laisse loniher, les yeux levez eu liaul. I,e sanjf va conlreniont û\mc. force soudaine, Comme on voit (piel(]uesfois les eaux d'une foiitaiiK! Rejaillir en bruyant, d'un cours haut (''houM';, Pai' le petit perlais d'un ^;r,inii Inyaii peic('.

Le messager y court, ([ui voit connue il sant;lole. Qu'il a \es yeux inourans et ([uo son aine Ilote Sur une mer de sang, qui ne veut s'estandier; Alors en haletant taelie à le dessécher. I.e roy, ([ui le connoist, vers luy dresse la face : '■ Dy commis lu m'as veu, » (dit-il d'inie voix liasse), F.t, voulant achever, un sanglot il lira, l.t son esprit en l'air comm(! vent soupira.

Le ciel conimençoit fort d'obscurcir son visage, l.a clart(5 peu à peu faisoit place à l'ombrage, r.t desjà dans le bois rien plus ne se voyoit •Ju'un grand voile obscurcy, qui les coeurs etfroyoil. l'arquoy le messager, qui sent son anie attainte, i\e voulant demeurer toute la nuit en crainte Auprès de ce corps mort, en pleurant le laissa. Et pour gaigner logis autre part s'adressa. Son cœur est tout serré d'ini fait si pitoyable. Il doute si c'est songe ou chose véritable; Et luy tarde beaucoup qu'il ne trouve où loger, Pour, faisant ce récit, son esprit alléger.

Tant que la nuit dura, les nymphes des fontaines, Celles des clairs ruisseaux, celles qui sont aux plaines Et dans les bois sacrez, toutes grosses d'ennuy. Pleurèrent Sacripant et firent dueil sur luy. Honorant à l'envy son obseque dernière, L'une arrosoit sa playe avec eau de rivière, L'autre essuyoit le sang, l'autre, qui soupiroil, La paupière des yeux doucement luy serroit; L'autre tenoit sa teste en son giron couchée. L'autre amassoit des lleurs et en faisoit jonchée. L'autre en plaignant sa mort la rigueur maudissoil, Et quelqu'une à l'écart l'œil au ciel addressoit, Faisant prière ainsi : « l'ere de toutes choses. Qui as fait, qui maintiens, qui conduis, qui disposes, Qui juges droitement, et qui, plein d'équité. Sou-guignes les ingrats d'un œil tout despité,

ANGELIQUE

Voy ce sang d'un martyr qui te re([uiert vengeance,

Et puny justement d'une ingrate l'oilance;

Ingi'ate, oulrecuidée, et qui n'estime pas

Que tu v(iyes du eiel les choses d'icy-bas.

Fay, l'ère, qu'elle porte une peine cruelle,

Pour avoir l'ait mourir un amant si fidelle;

Ou, si tu ne le fais, à bon droit les humains

Diront qu'en vain tu liens le tonnerre en tes rnains,

Que tu n'as point de soin de ce monde où nous sommes,

Et que c'est pour néant que te craignent les hommes. "

.Ainsi prioit la nymphe, et le maistre des dieux Trois fois en se courbant tonna dedans les cieux, Et d'un esclair subtil (it .scintiller la nuë, Sig^ne que la prière au ciel estoit venue.

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