MESLANGES
n 1 V F, R S i: S A M (» \ p> S -' Il E r. g f. r i v. s k t m a s q r a iî a n k ^ i: p 1 1 A l' Il E s
l'I.AlNTE
Seroit-il bien possi))le? o Dieul qu'ay-je entendu V Celle à qui les deslins el mes yeux m'ont rendu, Qni vivoit tonte en inoy, dont j'i'Stoy la pensée, ISostre amour a faussée.
0 foy! foy, dont le nom est si grand en vertu, est vray que tu sois, on le retires- tu? Ah! tu m'as abusé! j'esprouve à mon dommage ôue Ui n'es que langage.
Il n'y a dans les cœurs ny foy ny vérité; r n'y a point de dieux, c'est un conte inventé, l"l ne se trouve au ciel ny raison ny justice Pour l'humaine malice.
Si les dieux estoient vrays, qu'elle a tant invoquez! Ils ne souffriroiont pas d'avoir esté mocquez, F.L qu'ainsi de leur nom elle se fusl servie Tour abuser ma vie.
Seuls les dieux reclamez ne m'ont point abusé; Il a fallu s'aider de maint geste embrasé;
lilVlCr, SES AMOIP.S. 3f>9
Les pleurs y ont eu paît, les soupirs et les pl:iirilf>. Et les œillades feintes.
Avec tant d'ennemis qui n'eust esté donlé? Mais, ô le beau laurier qu'elle aura mérité, Ayant sceu décevoir un amoureux fidelle. Qui ne croyoit qu'en elle!
Il n'estoit grand besoin de s'en travailler tant : Un seul trait de ses yeux, tous mes sens enchantanl. Ne suflisoit que trop pour me forcer à croire Que la neige estoit noire.
Celuy qui maintenant s'en pense estre adoré. Comment de son amour peut-il vivre asseuré, Puis qu'on ne peut trouver d'assez ferme cordage Tour une ame volage'/ S'il se fie aux sermens, les sermens m'ont deceu ; S'il croit à ses regards, d'eux mon mal est issu; S'il voit pleurer ses yeux, en nos amours premières Ils versoient des rivières.
L'air, tant que son esprit n'est propre aux cliangemens ; Ce qu'elle a luy déplaist, et se sert des amans Comme l'on fait des fleurs, qui ne nous semblent belles Qu'eslans toutes nouvelles.
Sa parole et son cœur sont tousjours differans. C'est un astre vrayment, mais c'est des plus errans. Et la lune est tardive en sa course pressée Auprès de sa pensée.
Son infidélité l'hellébore sera, Qui du cerveau troublé ma fureur chassera, Et comme un autre Achil' guarira salutaire Le coup qu'elle a sceu faire.
Qu'elle n'espère donc me pouvoir ratraper ; Deux fois un mesme lieu ne me fait point chnper; Confie tous ses attraits et sa force magique J'ay l'anneau d'Angélique.
Dieux! que de tourbillons, de gresie et de nuages! Que je sens en l'esprit un tonnerre gi-ondanl! Est-il en la Sicile un fourneau pins ardant? Les marteaux de Vulcan forgent-ils tant d'orages?
Yeux plus traistres que beaux, qui faisiez les messages D'une ame ingrate et feinte, à ma mort prétendant. Si je le pensoy bien, je gaigne en vous perdant;
370 IHVK SES AMOUnS.
Mais las! (m'en y peiisaiU jo sui)|)orln d« ra;;('sl Si t'aul-il so losoiiilro ol, sans i)lii.s ino flatlcr,
lîolianclior de mon tonl ce qui le peut ifasler;
lia! j'en suis résolu, la chose est assourée! Aiiv oanirs sans loyauté sol qui garile sa l'oy.
Si sa lejrereté la sépara de nioy,
Ma constance à jamais l'en tiendra sepai'ée.
l'iincc, à qui les dcslins en naissanl ni'oiil scinuiii--, Quelle fureur vous tient d'aimer cette inridelle? 1,'air, les Ilots et les vents sont plus ariesie/, (ju'elle; Puisse une telle erieur troubler mes emiemis!
Son œil, iiar qui tant d'heur vous est oie promis, Ahusa mon esprit ])ar la mesme cantelle; (!(> coral sou-riant, qui les baisers api)elle, .Mille fois ses trésors à souhait m'a permis.
Comment peut en l'aimant vostre ame estre asseurée'.' Me laissant pour vous prendre, elle s'est ])arjui-ée, Ce cœur qu'elle dit vostre estoit naguère à nioy.
Elle eut poui' me douter toutes les mesnies armes : C'esloicnl mcsnies sei mens, mesmes vœux, mesmes larmes. Vous pourrez-vons lier à (|ui n'a puiiitde l'oy?
Il I
ijuand vous i)eiisez cmivi'ir vostre amour insensée, Et feignez dédaigner ce que vous estimez, Vos désirs retenus s'en font plus enllamez, El d'un coup plus profond vostre anie est enfoncée;
Vostre paslc couleur, vostre grâce forcée. Vos soupirs, vos langueurs, monstrent que vous aimez. Vous vous trompez donc fort, lorsque vous présumez D'aveugler un amant qui list dans la pensée.
J'avoy nourry mes feux secreltenient ardans Douze ans, brulans tousjours entre mille accidans, Et j'en sens tout à coup la chaleur refroidie.
Quand j'y pensoy le moins, j'ay mon cœur recouvK', Car en vous captivant, vous m'avez delivr(-. Et doy ma guai'isôn à vostre maladie.
.Non, non, je veux nio\irii' plnstost que d'enduiei' iju'un autre aille cueill:nit la moisson de ma uaine;
DIVERSES AMOL'RS, '71
Si parfaite beauté n'est pas une fontaine, Où cliacun puisse aller pour se désaltérer.
Si le plus grand des dieux vouloit vous adorer, Contre luy de fureur mon ame sera plaine ; Comment donc soutl'riroy-je une personne humaine? Les rois et les amans veulent seuls demeurer.
Descouvrez à nos yeux quel est vostre courage, Gardant celuy des deux qui vous plaist davantage. Sans ainsi feintement l'un et l'autre abuser.
J'ayme mieux n'avoir rien, que si j'estoy le maistre De la moitié d'un bien qui tout à moy doit estre : Une si belle fleur ne se peut diviser *.
PLAINTE
Quand de rn'aimer vous juriez feintement. Avec tant d'asseurance, J'appris vos tours et mon aveuglement, Contre toute espérance.
0 la douleur dont je fus tourmenté, A si tristes nû\ivelles ' Tous les tyrans n'ont jamais inventé De paines si cruelles.
Depuis ce tans je combas nuict et jour Le rocher de mon ame, Pour en tirer la mémoire et l'amour D'une si sainte dame.
J'auray du mal, mais je seray vainqueur D'une amour si parjure; Car de mes rnains j'arracheroy mon cœui', S'il souffroit cette injure.
Vostre beauté m'a longuement liompé Par sa douce feintise; Pour l'advenir si j'en suis ralrapé, N'espargnez ma sotise.
Je ne croy plus vos propos discordans, .M vos plaintes frivoles, Car les effets, qui sont trop évidans, Démentent les paroles.
Ne m'alléguez qu'il falloit receler
Imilé d'un sonnet italien qui commence par celte strophe
Come soffrir potro veder allrui Viver del dolce sguardo onde vivo iu?
Atiime? elle questo no è fonte o rio, Ove bever potianio ed o. e lui.
31Î nivi;nsi-.s amoirs.
Sous uiiR amour eoiitraiuU' Nos passions, qui s'alloitMit l'pvclor Sans colle liourcnse l'ainto.
llissiuinlt'r pout passer ))our raison, Quaml le tans le désire ; l'aiisser sa loy, c'est tousjours trahison, Qnoy que l'on veuille dire.
Quand on divise un amour trop anhml, Il perd sa violance ; F.sire aimé seul, je le nomme accidant Qui passe la substance.
l.'ame qui quitte un corps froid et s\ac(', Pour tousjours s'en desloiirne ; l.a foy de mesme au cœur qu'elle a laissé Jamais plus ne retoiirne.
Si le sujet valloit vous abuser. J'eusse excusé ce change; Mais nulle amour ne vous peut excuser, Tant la faub! est estrang^e.
Et loutesfois pour Iny vous n'esliuK'Z Honte ny renommée, Et de mon cœur les fourneaux allninez Ne vous sont que fumée.
0 gardez bien cet amour désormais, •jui vous est tant vendue; .Mais de ma foy ne vous vantez jamais. Car vous l'avez perdue.
Et n'espérez qu'à vos pies quebiui' joiu' Ma fureur me rappoite; La jalousie est bien signe d'amour, Mais c'est d'une amour inorle.
POUR LE l'HEMlLli JOUR DE l.'.^^J
l.':in, comme il a cessé, rentre au mesme voyage, Penlurable en travaux par sa fm renaissant; Mes désirs comme luy ne vont point finissant. Et son cours violant ne leur peut faire outrage.
L'an finy toute fin à mes maux puisse mettre ! L'an nouveau de mon heur soit le commencemanl! Je troy qu'il adviendia, si le cœur d'un amant Par zèle et par ardeur du bien se peut promettre.
Car tout ce que l'amour peut allumer de (lame. Tout ce que les destins en srauroient amasser. Tout ce qu'en entretient l'espoir et le penser. Tout anlanl j'en recelé et conserve en mon aine.
DIVKKSES AMOURS.
L'an desjà quatre fois a fourny sa carrière, Depuis que le beau jour de vos yeux m'esclaira; Mais qu'il se renouvelle autant qu'il luy plaira, Je continueray ferme en ma course première.
Il est vray qu'en quatre ans, excusez mon oflance, Ainsi que des saisons les jours sont inconslans, J'avoue avoir senty maint changement de tans; Hais la force d'Amour causoit cette inconstance.
Bien souvent dans l'esprit j'ay serré maint orage, J'ay clos en mesme lieu la glace et la chaleur, J'ay voulu me tuer pour vous causer douleur, Si fort la jalousie a troublé mon courage!
Quels tonnerres d'esté furent jamais semblables'? Combien dedans le cœur ay-je senty d'hyvers? Quel printans, quel automne, en changemens divers Peurent onc égaler mes pensers variables?
Je me suis efforcé cent fois de vous desplaire, J'ay fait mille desseins de plus ne vous aimer. Mais sans trop de rigueur on ne m'en peut blasmer; Estre sage en aimant, Dieu ne le sçauroit faire.
Amour, par tels discords, entrelient sa puissance; La longue paix le matte et le lend surmonté; L'amant comme la mer soit tousjours agité. Puis que la Cyprienne aux flots print sa naissance.
Toutesfois je connoy qu'en ma rage insensée Le transport aveuglé bien souvent m'a deceu; Je connoy que le faux pour le vray j'ay receu, Et déleste en pleurant mon offense passée.
Pardonnez-moy, déesse, et, perdant la mémoire De ces longues erreurs, n'y pensez nullement ; Et pour le tans suivant songeons tant seulement A combler nostre amour d'heur, de joye et de gloii'e.
Rendons-la si parfaite, et si claire et si belle. Qu'elle serve d'exemple aux siècles à venir; Et que l'effort des ans, au lieu de la finir, Fasse que sa mémoire à jamais soit nouvelle.
STANCES
Quel secours faut-il plus que j'attende ;i ma paine, Si ce n'est par la mort, qui m'est toute certaine? Puisque mes longs soupirs, ma foy, mon amitié. Le brasier de mon cœur, l'effroy de mon visage, ISe peuvent esmouvoir vostrc obstiné coui âge, A se laisser toucher d'un seul trait de pitié?
Tantale auprès de moy bien-heureux se peut dire'
571 DIVKUSES AMOURS.
Son tiMvnil est i)etit: loiil le hion qu'il dosiio, (Vcsl d'iiviiir (luolquo i)nniiiio et sa soil' rslaiiclior; On iiioy je lin'ilc, liolas! ol nioiiranl je iKiunliassn Un lii(Mi |iovii' mon setouis, qui tout antre Miipasse, Mais qui croist lo désir d'autant qu'il est ])lus elier.
0 (pu- le feu d'Amour est d'eslrange nature! Mon eo'ur sans defaillii' luy sert de nourriture, Je n'ay sanj; uy poulmon qui n'en soit consommi'; Mais, dill'erant en tout île la commune (lame, Eneor que je vous louche, il n'esmeut point vostre ame. Kl rien qui soit en vous n'en peut estre allinné.
Je le despite, Amour, et maudy ton empire ! Que me sert qu'eu mon cceur tous tes traits je retire? Que me sert que le ciel m'ait à toy destiné? Que me sert que jamais de moy tu ne t'envoie, Si, tout remply de toy, je pers tans et parole Et ne puis amollir un courage obstiné?
Non, je n'auray jamais en vos yeux de fiance. Leurs regards sont trompeurs : jiar leur douce inlliiancc F.t jiar des traits piteux ils me l'ont esiierer; Je vous pense vaincue et (jue mou mal vous touche, Mais, voulant l'essayer, uu mot de vosire bouche. Ou vosire blanche main me contraint retirer.
Belle cl cruelle main, que vous m'estes mauvaise Je vous lave de jileius, tout ravy je vous baise, Je sacre à vostre honneur mille vers amoureux. Du feu de mes soupirs j'eschauffe votre glace, Mais, rebelle tousjours, vous m'empeschez la place, Dont le trop de désir me rend si langoureux.
11 laut faire autrement, puisque rien je n'avance Par tant de vains respects. Usons de violance; Si la douceur n'y sert, gaignons là par assaut. Je le veux, mais en vain; toute lasche et pesante. Ma vigueur s'alfoiblist, mon amc est languissante, El par lion de désir la puissance me faut.
Seul but de mes désirs, ma céleste déesse, Uelas ! voyez-vous point la fureui- qui me presse? J'aspire à l'impossible et fuy ce que je puis ; Un chaos amoureux dans rnon ame s'assemble, Joye et dueil, mal et bien; j'ose et brûlant je tremble, Je ne sçay que je fay, je ne sçay que je suis.
Fut-il jamais tyran si cruel que ma dariie? l'ar mille doux baisers elle attise ma llamme, Et se plaisl de me voir peu à peu desseicher. l'army ces privaulez je l'esprouve inhumaine, Car la cruelle, helas! me laisse à la fontaine,
ru V E K :> E s A M O U R s . 575
Sans souffrir que je boive et que j'ose y loucher.
Que diia-l-on de nioy, si l'on sçail ma simiilessc'.' Desportes tout un jour a tenu sa inaistresse A part, sans compagnie, avec elle enfermé. Baisant ses beaux clieveux, ses yeux et son visaye, Et n'osa, le couard, bazarder davantage : Dites qu'un tel amant est digne d'estre aimé!
Quand du doux fruit d'Amour je me rens poursuivant, l.e seul digne loyer de ma persévérance, Vous pensez m'arrester, opposant pour deffanse Je ne sçay quel honneur, qui est moins que du vaut
Moy, je mets simplement le plaisir en avant, Et riieurenx paradis de cestc jouyssance, Qui vous deust decliarmer de la teinte apparance De ces ombres d'honneur, qui vous vont décevant.
Mais parlons librement, et me dites, madame. Sentez-vous de l'honneur quelque perfection, Qui plaise au goust, au cœur, à l'esprit ou à l'ame?
C'est ime vieille erreur, qui aux femmes se Ireuve ; (!ar tout ce bel honneur gist en l'opinion, Et le plaisir consiste en chose qui s'espreuve.
0 soupirs bien-aimez, que ma douce rebella Tire de ce beau sein, mon superbe vainqueur; Dites-moy, s'il vous plaist. nouvelles de mon cœur. Comme il vil en prison, ce qu'il fait avec elle/
— l.e cœur qui fut à loy, reconnu pour fidelle, .^'est plus troublé d'ennuis, de peine ou de rigueur; La beauté que tu sers a guaiy sa langueur. L'aime, le favorise et sien niesme l'appelle.
— Est-i! vray, chers soupirs? — Uien n'est plus assuié. — Mais sera- t-il long-tans en ce lieu bien-heure? Faut-il point redouter que sa dame l'en chasse?
Cependant que je parle et qu'ils sont emportez, Amour jure ses traits, ma flamme, vos lieautez. Que jamais ]ilus mon cœur ne changera de place.
Que me sert d'aimer tant et que l'on m'aime aussi, Puisqu'à nos volontez toute chose est contraire?
SIC l'I \ I I! M> A MOI K S.
Il le l'iiiil dire, Aiiiniir, lu ii'i'> lioii ((ue uiiscic, Ti-avail, |it>itc ili> l;iiis, tiireiir, Iroiiblc rt poiicy.
Maiiilciianl sans prolU on iiiiiiiorn mpix'v, ll'mic ilaiiio cniollc esclave et Iribiilairc ; 1,'alisoiicc uiio aiilro l'ois l'ait qu'on se di'sospere, Ou la peur d'un rival nous rend le cœur Iransy.
Les (iiaecs <pn' lu lais pour couvrir ta coustnme, Ost sous ini |)(Mi de miel cent lonneaux d'auieitunie, Kt pour nu pront csclair un long aveuglement.
lia! maudit soit le jour, (|ni premier me veit naisire Sous un si' noir destin, qu'lielas il me faut esti'e r>'un enfant sans pillé le triste eslialenient !
Vil!
henx rpie le trait d'Amour touche l)i( n vivement. N'ont rien ([u'un seul jienser, (ju'un désir, (pi'une flame : Ce n'est dedans deux cor|)s qu'un espi il et (ju'une ame, Kt leur souverain bien gist en eux seulement.
Ils ont en mesinc tans niesme contentement, Mesme ennny d'un seul coup leurs poitrines entame, Itref leur vie et leur mort pend d'une seule trame, Et comme un simple corps ils n'ont qu'un mouvement.
Cet Amour qui, si rare, en la terre se Ireuve, Ne fait qu'un de nos coeurs : les effets eu font jireuve; Nous n'avons qu'un vouloir, qu'une ardeur, qu'un désir.
Qui nous peut honorer d'assez digne louange'/ L'esprit qui se divise et qui se plaist au change N'est point lonchi'Mramour, mais d'un sale plaisir.
Mon cœur, qui jusqu'icy t'es si bien maintenu, Des fortunes d'Amour très loyal secrétaire, Sans que la langue pronte, ou l'œil trop volonlaire Ait onc rien découvert qui te soit advenu.
Si jamais un secret fut par toy retenu Bien serré sous la clef, c'est or' qu'il le faut faire, Cachant mesme aux pensers le céleste mystère, Par qui d'homme mortel dieu je suis devenu.
0 s'il m'estoit permis de laconter mon aise. Quel roc plein de glayous ne devicndroit fo\irnaise? Quel cœur aux traits d'Amour ne se lairroit ouvert'/
Quel amant tout ravy ne beniroit ma vie? Quel dieu du plus haut ciel sur moy n'auroit envie? Mais, ah ! c'est trop, mon cœur, tu seras découvert.
Cestoil un jour d'esté de rayons éclaircy, J'en ay tousiours au cœur la souvenance empiaiiile, Quand le ciel nous lia d'une si ferme estrainte Que la mort ne srauroit nous séparer d'ainsy.
L'an estoit dans sa force et nostre amour aussi, Nous faisions l'un à l'autre une aimable complainlc; J'estoy jaloux de vous, de moy vous aviez crainte. Mais rien qu'atïcction ne causoit ce soucy.
Amours, qui voletiez à l'entour de nos liâmes, Comme gays papillons, où sont deux autres âmes Qui redoutent si peu les efforts envieux '!
Où la foy soit si ferme? où tant d'amour s'assemble? N'ayans qu'un seul vouloir, tousjours d'accord ensemble, Fors qu'ils se font la guerre à qui s'aimera mieux?
Je n'ay plus dans le cœur que la branche estimée Qu'Amour de la main droite y sçeut si bien planter; Autre lleur ne pourroit mon désir contanter. Autre graine en mes vers ne doit estre semée.
J'espere avec le tans que sa belle ramée Pourra par mes escrits jusqu'aux astres monter. Et que les Florentins cesseront de vanter La desdaigneuse nymphe en laurier transformée.
Ma foy vive tousjours pour racine elle aura. L'eau sortant de mes yeux d'humeur luy servira, Mon amour de chaleur, mon espoir de feuillage.
Puissé-je en ses rameaux mes liras enlrelasser, Et sur l'arbre estendu mon travail délasser. Ou prendre un peu de frais sous un si bel ombrage!
Je ne veux plus penser que la fureur de Mars, Ardarnment allumée au milieu de la France, Ait pouvoir désormais de me faire nuisance, Bien que je m'advanture au plus fort des bazars.
Car si j'ay soustenu l'assaut de vos regai's Plains de feux, plains de traits poussez de violence, Hardy, je ne craindray qu'autre chose m'offence. Et ne douteray point les plus braves soldars.
Les balles que vos yeux ont tiré dans mon ame
ni VF, USE s AMOURS. •
Oui chiiiIpIi' mon esprit ilc martyre et de flame; Mais vous m'avez blessé par un si iloux effort,
Que, s'ils l'ouï de tels coups en l'aiinéc ennemie, Huguenots, lue/.-moy, je vous donne ma vie; Je ne syauroy mourir d'une plus belle mort.
Mil
Non, non, n'estimez poiul, jiour ni'esti'c ainsi lebelle, Kl pour l'avoiiseï" un autre plus «pie moy, l^'(>^lJraulo^ par ces Ilots le rocher de ma foy; l'ar je demeureray tousjours ferme et fidelle.
Je coufesseray liien que l'angoisse mortelle Quelq\iesl'ois me transporte et me rend hors de moy, Mais je reprens courage alors que je vous voy. Et me plaist d'endurer pour maistresse si helle.
Payez ma l'ermelé d'autant de cruautez Que j'adore en vos yeux d'admirables beaulez, Je ne plaindray ma vie en si triste advanture.
Seulement je me plains et suis tout embrasé, Ouand je connoy qu'un autre est plus favorisé, K.t que la parenté vous sert de couvert ure.
Si l'amour dès l'enfance entre nous commencée Devoit finir par elle au tans moins espéré, Sans beaucoup l'accuser j'eusse tout enduré, l'ourveu que d'un beau trait elle se l'ust blessée.
Mais ce qui plus au vif poingt mon ame olfenséc, C'est qu'un clair jugement se soit tant esgaré, Quand j'eslimoy son cœur m'estre un roc asseuré. Et qu'elle me feignoit le dieu de sa pensée.
Ces propos m'ont trahy, sa douleur m'a pippé ; 0 que je suis heureux de m'en voir échap]ié Et que sa fiction m'ait esté découverte !
N'y pensons plus, mon cœur, quittons-la pour jamais; Elle y aura regret, esprouvant désormais Que le gain qu'elle a fait n'est pas tel que sa perte.
CONTIIE LWE NUICT Tl'.Ol' CLAIRE
0 Nuict ! jalouse Nuict, contre moy conjurée, Qui renflammes le ciel de nouvelle clarté, T'ay-je donc aujourd'huy tant de fois désirée,
UIVEltSES AMOURS. Ô79
Pour eslie si conlraire à ma fclicilé?
Pauvre moy! je pensoy qu'à ta brune rencontre Les cieiix d'un noir bandeau deussent cstre voilez Mais, comme un jour d"esté, claire tu fais ta monstre, Semant parmy le ciel mille l'eux estoilez.
Et toy, sœur d'Apollon, vagabonde courriere, Qui pom' me découvrir llambes si clairement, Allurnes-tu la nuict d'aussi grande lumière, Quand sans bruit tu descens pour baiser ton amant?
lliias ! s'il t'en souvient, amoureuse déesse, Et si quelque douceiu' se cueille en le baisant, Maintenant que je sors pour baiser ma maistresse. Que l'argent de ton front ne soit pas si luisant.
Ah ! la fable a menty, les amoureuses llammes ÏN'échaufferent jamais ta froide humidité; Mais Pan, qui te conncut du naturel des femnies, T'otTrant une toison, vainquit ta chasteté.
Si tu avois aimé, comme on nous fait entendre, Les beaux yeux d'un berger, de long sommeil touchez. Durant les chauds désirs tu aurois peu apprendre Que les larcins d'amour veulent estre cachez.
Mais llamboye à ton gré, que ta corne argentée Fasse de plus en plus ses rais estinceler : Tu as beau découvrir, ta lumière empruntée Mes amoureux secrets ne pourra déceler.
Que de fâcheuses gens, mon Dieu ! quelle cousiume De demeurer si lard dans la rue à causer' Ostez-vous du serein, craignez-vous point le rheumo.' La nuict s'en va passée, allez vous reposer.
Je vay, je vien, je fuy, j'escoute et me promeine, Tournant tousjours mes yeux vers le lieu désiré; Mais je n'avance rien, toute la rue est pleine De jaloux importuns, dont je suis esclairé.
Je voudrois estre roy pour faire une ordonnance Que cliacun <leust la nuict au logis se tenir; Sans plus les amoureux auroient toute licence; Si quelque autre failloit, je le feroy punir.
0 somme ! ô doux repos des travaux ordinaires, Charmant par ta douceur les pensers ennemis. Charme ces yeux d'Argus, qui me sont si contraires Et retardent mon bien, faute d'estre endormis.
Mais je perds, malheureux, le tans et la parole. Le somme est assommé d'un dormir ocieux; Puis, durant mes regrets, la nuit pronte s'envole, Et l'aurore desjà veut defermer les cieux.
Je m'en vay pour entrer, que rien ne me retarde.
3S0 nivRnsFS a si oins.
io \('ii\ (11' iiiiiii luantrau mon visage boncliei ; Miiis las! je iii':iperi;ois (|up chacun inc r('t;.iiilr, Sans oslre tlûcoiiverl je ne puis approchai .
Je ne crains pas pour nioy, j'uuviirois uni> arnu'x' l'our entier au si'jonr (|ui iceelle mon hicn ; Mais je ci -lins que ma dame en pnst esUe Idasmée, Son repos mille t'ois m'est plus cher (lue le mien.
(luoi? m'en iray-je donc '.' mais que voudrois-jo l'aire? Aussi bien i)eu ;i |ieu le jour s'en va levant. O trompeuse espérance! Heureux cil qui n'espère Autre loyer d'amour que mal en bien servant!
(.lui l'eusl jamais peusi' ([u'une lemme de ville, Avec sa modestie et ses douces façons, M'eust apris d'un regai'd tant de doctes leçons, l'.t rendu mon esprit de sujets si fertile'?
Le sou-ris de Venus tant d'amours ne dislile: Sa voix et ses propos tendent des hameçons, Kt n'y a si vieux cmur remparé de glaçons. Oui ne soit pénétré de llame si subtile.
Ses altrails nonchalans plcuvent mille tres|)as. Il croiiiez, vous tuant, qu'elle n'y pense pas; l'.ref, tout son aitilice est la mesme nature.
I.e doux feu de ses yeux brûle sans consumer. Mais, ô mon bon démon, garde-moy de l'aimer ! Tous ses coups vont au coeui', mortelle est leur poinlure.
1)1 Al.licri-:
Ali Dieu ! que c'est nn eslrange marlire Que d'endurer un ennuy sans le dire !
Kl quaiiil il faut tellement se contraindre, iju'il n'e^l |iei'iiiis en mouraiil de se plaindir.
l.e feu couvert a plus de violauce One n'a celny qui ses flammes élance ; l.'ean ipi'on arreste en est plus irritée, Kt bruit plus fort pins elle est arrestée.
1). Vous qui sçavez la fuifiir ipii me donte,
DIVERSES AMOIKS. ÔSI
S'il n'est iipiinis que mon mal je vous conlp,
llelas! jugez si je suis en mal-aise.
Quand, vous voyant, il faut que je me laisc.
Vous qui savez l'amour que je vous poile, iN'estimez point ma peine estre moins l'orte; Mais puisqu'Amour nos deux âmes assemble, C'est bien raison que nous souffrions ensemlilc
0 vain penser! ô folle oulrecuidance, Qui veut qu'Amour cède à son ordonnance, Qui dans les cœurs pense esteindre les liâmes, Et captiver la liberté des âmes!
Ceste rigueur désormais jiuurra faire Qu'aucun projios la langue ne profère, r.esner nos sens, liaillonner nostre bouche. Mais aux esprits sî delfense ne touche.
.\u moins déesse, au lieu delà parole.
Que de vos yeux le rayon me console ; Et d'une œillade, aux jaloux desrobée, Voyez la peine où mon ame est tombée.
Et vous, mon cœur, usez-en de lu sorle, Ressuscitant mon espérance morte; Parlez des yeux et me donnez courage, De vos regards j'enten bien le langage.
CllANSO.N
boncques ce tyran sans merc;, Qui pour moy n'eut jamais des. ailes, ^'a point maintenant de soucy Des vassaux qui lui sont fidelles?
Doncques ceux qui plus vivemerit Ont de son feu l'ame saisie.
Il laisse outrager durement Par l'envie et la jalousie '/
liien, rien ne j>ro(ite la l'oy,
tu VKHVtS A M(il i;S
L'anlcur, li-, zèle el le inarliic; D'iiiilres (lu'Aiiiour (luniieiil la luy, El l'aut ;'i leur ^;ré se conduire.
{'.!• ilieii (pii veil au lans |)ass('' Scius luy tiiuto force asservie, >
Muinteiiaul luy-mesme est foicé Par les jaloux et par l'envie.
I.as! il ra\U mon pié retarder I)'aller où le désir me porte, Mon O'il n'ose |)lus re^'aider L'objet ijui senl me réconforte ; )Ma main tremble et n'ose tracer L'image qu'au ciel j'ay choisie, Kl voy tous mes veis effacer l'ar l'envie et la jalousie.
Je me dcffens de respirer, De peur d'éveiiler ma tristesse, .Ma bouche un mot n'ose tirer, (jiaignanl de nommer ma maistrcssc, Ll pour rendre moins découverts Les feux qui saccagent ma vie.
J'erre sauvage en ces des(;rts, Fuyant les jaloux tt l'envie.
Mais, si les piopos envieux, 0 ma claire el céleste llame! Séparent mes yeux de vos yeux, Us n'en séparent i)oint mon ame ; Tousjours vostre unique beauté .M'est présente en la fantaisie :
Tel bien ne me ])eut eslre osté l'ar l'envie et la jalousie.
Car, si voslre chaste froideur, El vos rigueurs j)leines de glace IS'ont rien peu contre mon ardeur.
Moins y peut toute autre menace ; rius d'ennuis s'iront élevans, •Mieux de moy vous serez servie.
Tousjours ferme aux Ilots et aux vans Tant des jaloux que de l'envie.
iha!.i)i;l i:
Doncques ces yeux bien aimez A la fin se sont armez
De feux, d'esclairs et d'orage?
Donc pour ne voir le tournicnl, (Jui me presse injustement, Vous destuurnez le visage ?
Dieux! que la femme est pronle à cliangerde courage:
Donc pour loyer d'amitir, 0 cœur plein de mauvaisetié 1 Tu le plais quand lu m'abuses ?
Et couvrant ta fausseté, Tu penses que ma bonté Tousjours se paye d'excuses?
Mais pour te croire plus je connoy trop les ruses.
llelas! où prenez-vous ce courroux véhément Contre un qui ne veut rien que vous rendre servie?
Mais toy-mesme où prens-tu ce nouveau changement, S'il est vray que je t'aime et que tu suis ma vie?
A bon droit les siècles vieux Nous ont peint Amour sans you\, Monstrans comme il se doit cioire; Trop d'ardeur le plus souvaiit, Nos sentimens décevant, En rapporte la victoire, Et fait juger le blanc estre une couleur noire.
L'ardeur ne m'aveugle en rien, Ce qui est je le voy bien :
Je trouve chaude la llame.
Le jour me semble luisant.
Et ne faux point en disant Qu'Amour ne loge en ton ame.
Ou, s'il te va brûlant, c'est pour une autre dame.
Peussé-je à descouvert mon cœur vous faire voir ! Vostre image sans plus s'y trouveroit empreinte.
Mais peussé-je aussi-tost guarison leccvoir Au mal que tu me fais, comme je sçay ta feinte !
Quelle preuve, ou ([uellc loy Vous puis-je iloiiimr de nioy, l}ui ces créances clVace?
liien ne seauroil lu'assiMirer, Car quelle loy peut jurer Un cœur si i)leiii de fallacc;, i:n (pii j.uuais Ininoui- iiy la loy n'eurent place?
I.a niorl que je sens venir, Tour mes angoisses finir, Vous nionslrera le conliaire.
Ah! trompeur! tu vas pensant Oue ce propos soit puissant l'our adoucir ma colère.' Je connoy ta l'eintise et la ruse ordinaiie.
l'uissé-je donc mourir si j'aime autre que vous!
Les sermens amoureux ne l'ont moindre l'i)ll,inc('.
ijui peut donc appaiser vostre injuste courroux.'
Le désir espéré d'une pronte vengeance.
Modérez cette fureur, Il n'y a si grande erreur Qu'une forte amour n'oublie.
Mais il n'est amour si fort Quand souvent on luy fait lorl.
Qui ne se change en furie.
Glande amour en grand' haine est souvent convei lie.
Les courroux des vrais amans
UIVERSKS AMOURS. ÔSS
Font par leurs embrasemans Que l'amour p!us fort s'eiillanie.
llelas ! je l'esprouve assez ! Car tant d'outrages passez, Au lieu d'esteindre ma flame, La font plus violente et plus vive en mon aine.
Quelle preuve, ô mon bien! m'en peut rendre asseuré? Comment croiray-je, helas ! que vostre ire est passée ?
Vous redonnant mon cœur que j'avois retiré, Et n'aimant rien ffiie vous, qui m'aviez deslaisséc.
(juaud je pense aux douleurs dont j'esluy lourMicnte, Durant que je vivoy sous l'amoureux empire. Ce penser me Iransporte et fait que je soupire. Touché du souvenir de ma captivité.
« C'est en vain, dis-je alors, que quelque aulre ))L'aiilé Entreprend désormais de me penser réduire; Car, en me souvenant de mon passé martire. Je sçauray mieux garder ma chère liberté. »
Voilà ce que j'asseure et que je pense faire ; Mais, voyant vos beautez, je croy tout le coiitraiir, Kt cours aveuglément au malheur préparé.
Adieu donc, liberté, tu m'as assez suivie ! Je ne redoute plus le travail enduré; En si belle prison je veux perdre la vie.
Cil \.^S0^
Que m'a servy de vous avoir servir Sept ans entiers, à mon mal conjuré.
Le plus souvent de vos yeux séparé, Non de vos yeux, mais de ma propre vir'
Que m'a servy d'avoir perdu mon airu',. .Mes pleurs, mon tans, mon rejios, rna raison. Et que vostre o'il ait séché par sa llame Les belles llcurs de ma jeune- saison'
Que m'a servy cette allégresse fainte.
Qui seureniont ma douleur receloit,
580 1)1 \ 1. usKs A MO un S.
Kl (|u:iiul riMiKiiir plus ar>ltiiil inc l>i l'iiuit, M'rstiv j;:ir(li'' ilo lasilicr uur |ilaiiilc.'
i.iim m'a sorvy coUp, lihro apparaiicc, Diiul j'abiisoy vos vakls ciiticiix, El 1)0111' chasser toute loui' ilcl'liancr Avoir donné tant de loix à nirs yeux?
Que m'a sorvy la peine ([ue j'ay prise A i;nMvcinei- un m;ny mal-j)laisanl, VA, lant (le jours avec liiy m'amusanl, Pciili'c à l'ouyr le peu rie ma franchise '.'
Une m'ont servy ces mesjjris ordinaires, Oui l'eiripesclioient de devenir jaloux, Ces liliorli'z et ces feintes colères, l»(int ipu'lijucfois vous entriez en courronx ?
(,)ue m'ont servy tant d'erranles pensées, Qui m'égaroient loin des gens et du bruit? Que m'ont servy, sous l'horreur de la nuit. Tant de sanglots et de larmes versées?
llelas! de rien ; tout me porte nuisance, El mes respects vous rendent sans pitié! Car vous croyez qu'en telle iiatience J'ay peu de mal et fort peu d'amitié.
Si j'aimoy bien, je ne pourroy connoislre Tant de dangers (jue je vay évitant.
Un fort désir to\il conseil va donlaul. Avec l'amour la raison ne peut estre.
De tels propos, tyrans de mon couiage.
Vous me hlasmez au lieu de m'estimer:
Oui voit si clair et qui demeure sage (Ce dites-vous), ne sçauroit bien aimer.
Ahl je l'advouë el liens pour véritable ijue loin d'Amour la sagesse s'enfuit; J'en sers de preuve, aimant ce qui me nuit Et bannissant ce qui m'est profitable.
Hespondez-moy, ma mortelle déesse, Vous qui m'avez en rocliei' transmué :
Est-ce monstrer d'avoir quelque sagesse Que d'adorer vos yeux qui m'ont tué?
Quelle fureur peut estie lant extrême Qu'estrc tousjours de soucis agité, l'our l'appétit chasser la volonté.
Aimer un autre el se liaïi' soy-mesme.'
N'estre jamais une heure en mesme sorte Pallir, rougir, espérer et douter, Aux ennemis laisser libre la porte.
Et pour les sens la raison rejeter?
tdVEIiSliS AMOLT.S. 58"
Mais plus eiicor, insensé, je m'uiitiage; Car, en pouvant mon ardeur modérer Par mes soupirs, je ne veux soupirer Ny me douloir, pour brûler davantage.
C'est peu de cas qu'un mal qui se iieut dire, Auprès du mal dans l'esprit reteivu, Quand en son dueil on est contraint de rire. Le conservant pour le rendre inconnu.
Si toutesfois vous croyez le contraire.
Et que je ])ense, en faisant autrement. Vous asseurer d'aimer plus ardamment, Bien je suivray la coustume ordinaire.
Mes passions ne seront plus contraintes. En tous endroits nostre amour se dira ; l.'air refrappé ne bruira que mes plaintes, Et sur mon front ma douleur se lira.
Sans nul égard par tout je vous veux suivre, J'ay trop long-tans ianguy loin de vos yeux; -N'espèrent plus les propos envieux Me séparer du bien qui me fait vivre!
Aucun l'espect de maiy ny de frère Ne me pourra désormais abuser; A tous propos, sans peur de leur desplaire, Devant leurs yeux je viendray vous baiser.
Valets fascheux. qui par vostre presance De voir mon bien m'avez tant sceu garder, Ne pensez plus me pouvoir retarder; Bien peu me chault qu'en ayez connoissance.
Sur ces beautez j'auroy tousjours la veuë. Mes chauds soupirs plus je ne retiendiay, Je baiseray ce bel œil qui me tuë, Et de mon mal tout haut je me plaindi-ay.
M'advienne après ce qu'il faut que j'attande De ces hazards, je veux tout endurer; Au moins ma mort pourra vous asseurer Que non la peur, mais l'amour me commande.
Je voyoy foudroyer d'un effort incroyable Les murs d'une cité que l'enuemy tenoit ; La place estoit en feu, l'air autour resonnoit, Horrible de fumée et de bruit effroyable.
Le reltelle ennemy, d'un courage indomtable Canonnant, sans cesser nostre choc soustenoit; L'un couroit à l'assaut, l'autre s'en revenoit,
588 n I V r R s K s a m o v it s
Rcinporlanl poHi' loyer une i)layo lioiioiablc.
Or, comint" j»' prnsois cslre hors ciii daiiycr, Deux ypiix, quAinoiir luy-incsnie avnil voulu cliargrr, Wp vindrcnl dans \o rœiir nioiiollpnn'nl allaiiidrc.
Las! les plombs cimcniis ne iii'avoicnt point Messes Les balles de vos yeux sont beaucoup plus à craindre, Qui m'ont eu mille endroits crnellemeut percé.