CARTEL
Liiouimeestbieu malheureux, qui pense en liienaiinaiil liecueillir à la fin quelque contentemant. Et se voir satisfait au prix de son service ;
MASQUAliADKS.
Car, si rAniour csl dieu, c'esl un dieu (l'injuslicc,
Un cnfaul, un avi'Uf;lf, nu tyran inhumain,
Qui |)orlc au lien de scciitic un (lauilx'an dans la main.
Honl il lin'ilc, les cœurs de (lanuTics (•Icriicllcs,
Il lonniientp plus l'oil cciin ([ui soni plus lidcilcs.
Itc ce nu'scliaut Anniur, injuslc et i i^oincux, i.tualrc amans cstrangcrs, courlnis el goncicux. Uni (ail là leur malheur!) heaueoui) d'expériences, VA tiré des rigueurs pour toules récompenses. Apres avoir long tans lidellenienl aimé, iNourrissans dans le eunir \ni brasier allumé; Apres avoir jiassé les plus cruels allarnies, Et de sang et de pleurs snnvc^nl baigné leurs armes ; Apres avoir soulVerl, servy, pleuré, prié, V.I n'avoir l(>ur esjiril (pi'en un lien dédié', l.ors(|u'ilsi)ensoi(iiil cueillir le doux (ruilde leurs paines. Ont receu pour tout bien des espeiances vaines, Ues propos incertains, des refus, des longueurs, (jui gesnent leurs esprits d'éternelles langueurs, lit qui les font mourir en cruelle sonlfrancc. Pitoyable loyer de leur obéissance.
Or bien que ces guerriers, si durement traite/, l'eussent estie à lion droit contre Amoui- despile/.. Kl blasphémer ses Irails, son pouvoir et sa llanie, Chacun d'eux en mourant honore tant sa dame. Qu'il invoque son nom au milieu du tourment, Et reçoit son tiespas comme tni doux payement; Voire et sont eschaull'ez d'amcs si généreuses. Qu'ils veulent maintenir leurs douleurs amoiiieuses, Passer toutes douceurs, et qu'ils sont plus heureux Que les plus jouyssans et contans amoureux.
(h- donc, si quelque amant cliery de sa maistresse A désir d'essayer an combat leur addresse. Au hazaid de sa vie il la peut esprouver, S'il veut tout aussi-lost en armes se trouver. Soit pour couri'e une bague et pour donner carrieie, Ou rompre à camp ouvert une lance guerrière. Donner six coups d'espée, et soudain faire voir Au combat de la pique un amoureux devoir, Car ils s'asseuient tant en leur juste querelle. Qu'ils esjiereul l'Iidiuieur d'entreprise si belle.
MASOUA P, \ riES. l')f>
CAllTEL POUB MONSlElin LE DUC DU MAINE ET SA TROUPE »i 11 i.A MORT h'amomi
Cfi (lueil que nous portons ;iux liabils et aux âmes, N'est pour nos parens morts, nos amis ou nos feminpp. l'ius juste occasion noircist nos vestemens : C'est pour la mort d'Amour jadis tant redoutable, (Jue la race mortelle, ingrate et misérable Par force a fait mourir mille et mille tourrneiis. !,ny qui fut un démon nompaieil en puissance, Apres avoir long-tans fait au mal résistance (Les démons de tout point immortels ne sont pas), En fin a veu sa vie esteinte et consumée. Non d'un coup de pislole au milieu d'une armée : La feinte et l'inconstance ont causé son trespas.
Tout ainsi comme un corps fort et sain de iiahire, S'alterant à la longue en sa température, Se voit de maux divers l'un sui' l'autre assaillir; Or' il se plaint d'un bras, or' d'une autre jtartie. Tant qu'il sente d'un coup sa puissance amortie, Et luy faille à la fin tout entier défaillir.
Ainsi de ce démon la deïté confine.
Ayant tant de saisons sa vigueur maintenue, To\isjours plein de jeunesse, entier, pur, sain et beau, A la fin peu à peu dans luy se sont glissées Les inlidelitez, les légères pensées, La feinte elle mespris qui l'ont mis au tomlieaii.
Nous trois fumes presens à ce piteux office, Détestant la fureur de l'iuimaine malice, Mère des cbangemens qui le faisoient périr. Nous l'eussions bien voulu racheter de nous-mesmes, Mais nos cris furent vains, nostre aide et nos hlaspliemes Tout remède en ce tans ne l'eust peu secourir. Or, comme cet Amour fut mis en sépulture, Un volage désir de mauvaise nature, Double, fardé, trompeur, parjure et mensonger, Sr' fist son successeui- par méchantes cautelles; Mais du deffunt Amour il n'a rien que les ailes. Pour voler en tous lieux comme oiseau passager.
C'est luy qui maintenant du nom fi'Amour s'honore. Qui commande en sa place et que le peuple adore, C'est le prince et le dieu des amans de ce tans, C'est luy qui verse aux cœurs tant de durables flammes ,
4fiO M A SQUAR ADES.
l'.t (lui loiul nu.iumii'luii si conslantos les rcmiiies, (Juc les llols rt les vents sont beaucou)) plus constans.
L'autre esloil de deux cœurs une union parfaite, One l'oublieuse mort n'eust sc{\u rendre desCaile; l;'<)iil)ly, sur celiiy-cy, d'heure en heure est vainqueur. 1,'autre à tni bul sans plus addressoit son attente; (.luelie amour maintenant d'im objet est contente? Selon le tans qui court, c'est n'avoir point de cœur.
Aussi pour tant de biens C(iml)lant Ihuniaine vie, Tant d'estroiles laveurs dont l'ame estoit ravie, He désirs mutuels, de doux lMnf,'uissemens, Ce ne sont aujourd'huy que trompeuses caresses, Teints regards, feints soupirs, peu ccitaines jiromesses. l'ensers dissimulez, mespris et changemens.
Plus d'amour véritable en la terre n'habite. Il n'y a plus d'amant qui ce beau nom mérite. Tel tiltre ,i l'advenir ne doit estre permis; Cai', puis que l(!Ui' désir à toute heure varie, El (pie leur dernier but n'est ri(în que tromperie, Il faut au lieu d'amans les nommer ermemis.
Or c'est ce qui nous fait en mains les armes prendre, Tour maintenir à tous ce qu'avons fait l'iilendre, Qu'il n'y a pins d'amour ny de vrais amouienx ; Afin que telle erreur n'abuse plus les dames. Et qu'on s'aille mocqnanl des glaçons et des fiâmes De tant d'esprits légers, à crédit langoureux.
Donc, si quelqu'un de ceux qui se donnent la gloire D'aimer parfaitement, et qui le font accroire, Demeure en son erreur folement endurcy. Qu'il s'avanc^au combat, plein du dieu qui le doute. Afin qu'un de nous trois face voir à sa honte Qn'Ainour est mort du tout et les amans aussi.
l'Oit! LA MASQUAIUDE DES CHEVALIERS FIDELLES
HUX M)I>C.ES DE MONSIEUR LE DUl; HE JOVEl SE < >TANCES HECITEES PAU VS DES FLAMINKS.
0 foy! grand' deité jadis tant révérée Des innocentes mœurs de la saison dorée. Mais dont rien que le nom en ce tans n'est connu, Fille de Jupiter et sa ministre sainte, Qui joints la terre au ciel d'une aimable conliainlc
1 Voyez rintrodiirlion.
MASQUARADES. 461
lit par qui co yraiiil lonl en devoir est tenu, Favorise et condnis, ô ileesse immortelle Geste troupe guerrière, amoureuse et fidelle. Ce sont neuf chevaliers dévots à ton service, Qu'un despit généreux de l'humaine malice D'un des coings de la terre a conduis en ces lieux. Amour est le sujet de leui' juste querelle : Ils ne sçauroient souffrir que l'audace mortelle Le conduise en triomphe à la honte des dieux. Aide un si beau dessein, fortune leur prouesse Et délivre un grand dieu, toy, plus grande déesse.
Allez, mes chevaliers, marchez à la bonne heure, .le vous suivray partout : ma plus cherc demeure Sera dedans vos cœurs jdeins de ma deïlé. Pour avoir constamment gardé la foy promise, Je vous ay reservez à si haute entreprise, Ornant de ce laurier vostre fidélité.
i.E ciiœi ri riE toi's les rLAMr.NE.'*.
Darrres, qrri par- vos yeux rompez tous les ombrages, Changeant la nuict en jour, esclairez leurs courages, Et de vos doux r'egards animez leur valeur. Rien rre leur donne crainte, ayant ceslo assistance; Sinon peu leur vaudra leur fldelle constance. Si vous n'en faites cas, la foy n'est que rrralheur.
l'OlU! LA MASQllAlSADl' HES VISIONS
Hors de ruuri humide séjour-, Ennemy du bruit et du jour , Je sors, des dieux la plus aisnée.
Avec mes astres argenlez, Pour voir vos divines beaulez, Honorant un saint hymenéc.
Paisible eir mon char, je conduis Le sommeil, charmeur des ennuis, Le repos et l'oubly des paincs, AJin qu'en tout contentement Vous puissiez passer doucement De ce soir les hetrres soudaines.
464 M vsoiiAP. Anr.s.
1 illf (lu cliaos snlilaiio, lui ce lion que peiises-tu faiie \vpe ces larveiu appareils?
Si l'iielms (l'un rci^anl le cliasse, Coiniiii lit poiirras-ln tioiivei- placr l'arniy laiilde plus beaux soleils.'
Mère des soucys cl des craintes, Kuy d'icy, ramené tes faintes, Kt tous ces fanlosmes défaits; Retourne en tes demeures somlues, Sans plus receler sous tes ombres l.'liiiiiiiciir des chevaliers parfaits.
ponu in:s ciiEV.u.itiîs i'ouï.v.m' df.s ti:stks iriiVDUi,
1, IIYDIIK D \M01H.
.^ quoy se peuvent mieux nos désirs compai'er El les tourmens divers qu'on nous fait endurer, (Ju'an serpent merveilleux dont Lerne estoil couverte, ijni plus estoil blessé, plus ses forces croissoieiil.' Car pour un chef coupé sept autres luy naissoient. Trouvant vie en sa playe et profit en sa perle.
Par sentence (les cieux, Amour, cruel serpent, .Nourri dedans nos cœurs s'y Iraine et va rampant : Pour un chef qu'on luy trenche.onen voilsepl renaistre; Traitement rigoureux, travail, peine et lanjjueui', Au lieu de l'affoiblir maintiennent sa vigueur. Ce qui deust le tuer le conserve en son estre.
Plus fertile qu'un hydre, il produit des tourmens, I>es fureurs, des regrets, des soucis veliemens, r.l non point sept à sept, ains sans nombre et sans coiilf. Si l'espoir favorable en a tranclié quelqu'un, .Mille et mille à l'instant en renaissent pour un; Il n'y a ny rigueur ny douceur qui les donte.
Quel secourable Hercule, à noslre aide arrivant, Pourra faire mourir un serpent si vivant, F.t de l'hydre d'.unour délivrera nos âmes? * l-as! pour nostre secours peu vaudra son efl'ort, Puis qu'avecques du feu l'iiydre fut mis à mort, Quand le nostre au contraire est nourry dans les llainc- !
lASQUAP.ADKS. 465