‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 142 sur 150 · DE LUY-MESME · texte numérisé non relu

DE LUY-MESME

QiELrs avoit du ciel les beautez plus parfaites : Il n'estoit point humain, l'œil, le geste et le port L'accusoient pour un dieu. Croyons, puis qu'il esl mort, Que les deïtez mesme au trespas sont sujettes.

La tin de ^arpedon, de Memnon et d'Achille .lainais au cœur des dieux n'esineut tant de douleurs; Phebus sur Hyacinthe espandit moins de pleurs, Et l'ennuy de son fils ' luy sembla plus facile.

An bruit de son trespas, soudain. Venus la belle F-Schautfa tout le ciel de soupirs infinis, Renouvellant l'obseque et le dueil d'Adonis, Et pour mourir sur luy se souhaita mortelle.

l'iane aux noms divers, qui les forests habite, Encor que la pitié peu la puisse esmouvoir, Brisa son arc d'angoisse, estimant de revoir Le beau corps tout sanglant du trop chaste llii)poIyle.

Les Grâces sans confort rompant leurs blondes tresses En semoient son tombeau, qui de lys blancliissoit; La Jeunesse afdigée à l'entour gemissoit, L'Honneur, la Courtoisie et mille autres déesses.

Et, bref, les deïtez furent toutes contraintes, F.n ce triste accident, de monstrer leur ennuy; La beauté seulement ne fit lors point de plaintes, Car elle print naissance et mourut quand et luy.

SLR LA MORT D l' JEUNE MAUGIRON'

Amour, ayant là-haut quelque malice faite. Courrouça Jupiter et fut banni des cieux,

' La chute de Phaëloii.

* Miftnon dp Henri III, fini servit de second à Qnpius dins son duel conire d'Enlragues. dit Enlmmiel. el resta innri sur le Iprrnin. romme nous l'avcuis

17K i; I' I I A !■ Il i; s.

I.iiy, qui clipn;lic en la torn* un brau linu pour rclrailc, rnitiine il voit Maugiron, viput loger m sps yeux.

I ;■), plus chauds que les siens, dos hraniinus M inhisc, El des traits acerez d'un plus aigre soucy; Dr (piov, lier ft contant, tout l'Olynipc il iiiesiirisc, l!l vont forcer les dieux à Inv crier iiiricy.

Mais devant se jouant des l'eiix dont il abonde, nés qu'il en tire aux cœurs >ni essay seulement, On croit que Phaëlon vient rebn'iler le monde, Fors que chacun se jdaist en son embrasenienl.

Jupiter, qui voit tout, son malheur considiMe, S'il ne rompt les desseins de l'eulanl Cyprien : Je sçauray, ce dit-il, plein (Tardante colère. Qui sera le pins fort de ses feux ou du mien.

D'entre tous les éclairs, le tonnerre et l'orage Choisissant un long trait, de trois pointes i-amé, I.'élance à Maugiron, qui, plein d'ardant courage, Marchoit lors à l'assaut ]ionr son roy lavil aimé.

Ceste diviruî foudre ainsi roide jettce, l.ong-tans contre l'éclair de ses yeux conibatil ; Tous deux esloient du ciel! En lin elle est domiée, Mais devant de ses yeux le gauche elle amoi lit.

Apres ce grand combat. Amour cioist <'n audace, Car il i-p.connoist liien, nés qu'il s'esl r'assenré, Qu'il n'a pas moins d'attraits, ny de force et de grâce, Kl que tousjonrs son coup droit au cœui' est tiré.

J'asseure un fait certain, bien qn(> lel il ne semble: Depuis il fut plus beau, pins clair, plus redouté, Car le feu de ses yeux s'unit lors tout ensemlde, l'.t perça tous les cœurs de plus vive clarté.

Le grand Jupiter mesme en eut l'ame ravie. Mais, pour punir Amour, à regret et forcé, Enjoint à Lachesis de lui trancher la vie : lin dieu, sans se vanger, n'endure estre olTenci''.

Ceste fatale sœur, qui jamais ne repose. Kl n'aime que le sang, la tristesse et l'enniiy, Comme pour son amy courageux il s'expose, l.'estend mort dessus l'hei'bc et l'Amour quand et luv.

racnnié plus haut. Le roi élail épris pour tous deux d'un amour exces.çif. Il b.iisa leurs cadavr^'s et leur lit couper les cheveux pour les garder : il dél.iolia, comme un souvcuir, les pendants d'oreille de Quelus. Leurs corps luicnt exposés sur un lit de paraile, et le prince ordonna que loule la cour ■issislirait à leurs funérailles. Ayant gardé la chamtire quelques jours san> se f;iire voir, il rei,ul après des visites de condoléance. Ronsard et Desimrles furent invités par lui à chan'er ses mignons ; il leur éleva des luml>e.iii\ superlies. ornés de slaliies.

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