‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 29 sur 150 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Je iL-dainois eu vain la laveur de >ciitiiiie Il iIps astres jumeaux, sourds à tous mes propos, <;ar les vents dépitez, combataiis sans repos, Avoient juré ma mort sans espérance aucune.

Mon désir trop ardant, que jeunesse a)>usoif, Sans voile et sans timon la barque conduisait, Qui vaguoit incertaine au vouloir de l'orage.

Mais, durant ce danger, un écueil je trouvay, Oui brisa ma nacelle, et moy je me sauvay, A force de nager évitant le naufrage.

Puis que je ne fay rien en vous obéissant. Qui vous donne plaisir et vous soit agréable ; Puis que vous estimez que mon cœur soit muable, Bien qu'aux flots des malheurs il s'aille endurcissant ;

Puis que vostre rigueur, d'heure en heure accroissaiil , Se plaist à me gesner et me voir misérable; Puis que ma passion ne vous sert que de fable. Et que mieux je vous sers, plus je suis languissant ;

Puis que, comme ma foy, vostre orgueil continue, Puis que le chemin croist et le jour diminue. Et qvie je ne voy rien qui me promette mieux,

Adieu, madame, adieu ; aussi bien je conlesse Qu'il faudroit, pour servir une telle déesse, Non un homme mortel, mais le plus grand des Dieux.

Je suis repris, hclasl je suis repris; l'ius que jamais une ardeur me consume; Je suis tout cuit du venin que je hume. Qui boit mon sang et trouble mes espris.

Aussi, mes yeux, c'estoit trop entrepris. Comment! desja vous en faisiez couslume De vous mirer au feu qui vous allume, lié! pensez-vous n'en estre point surpris?

Puis que par vous j'ay reçeu ce dommage, Je ne me plains que soyez en servage : Servage? non, ains douce liberté.

Mais mon esprit, qui n'a point fait d'offence, Méritoit-il d'estre ainsi tourmenté.

Et que mon cœur par l'œil fit pénitence?

Madnini', ;i|iir> l;i iiiiiil, ipii les liiMuliv, l'Il.irc, Je tion qiKj iiuiis iiciiis ;i l'iiilcnial loiirnii'iil, Vous, pour votre ri^^ueur; inoy, pour trop rollcmeiil Avoii' crcu mon ilesir ot suivi son audace.

Mais, pourveu que llinos nous loge en niesnie i)lace, VcsUe mal pies de iiKiy sera plus véhément, Ou j'auray,'vous voyant, tant de contentemenl, Que je ne scnliray douleur, llame ny glace.

Car mon anie, ravie en l'objet de vos yeux. Au milieu des enfi'rs estahlira les cieux. De la gloire éternelle abondamment pourveuë-;

Et quand tous les damnez se voudront émouvoir Pour empesclier ma gloire, ils n'auront le pouvoii-, Pourveu qu'estant là bas je ne perde la veuë.

Las! ou dit que l'espoii' nourrit l'alTecliou, Et qu'il garde qu'amour ne meure à sa naissance; Et j'aime toutesfois, n'ayant mille espérance, Car trop haut est l'objet de ma présomption.

H n'y a cruauté, péril ny passion, Qui me seeust démouvoir de ma persévérance, Et la seule douleur qui vainq ma patience, C'est que je sois contraint d'user de fiction.

Je considère assez qu'en si haute entreprise Trop de discrétion ne peut estre requise ; Mais, s'il en faut user, je m'y force à regret.

Las! contre ma raison mes sens sont en querelle, Mille débats confus renversent ma cervelle ! En ces troubles d'esprit pourrois-je estre discret?

AlBour a mis mon cœur coinm(î un rocher à l'oiidi', Comme enclume au marteau, comme une tour au vani. Et comme l'or au feu, dont je pleure souvant Et crie à haute voix, sans qu'aucun me responde.

Las! tes yeux sont luisans, et ta tresse m'est blonde j-culement pour mon mal, car je vay recevant Les Ilots, les coups, l'haleine, et le feu trop vivant, Sans varier ma foy, qui plus ferme se fonde :

L'onde, c'est ton orgueil, le marteau, mon tourment.

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