I.r Vciut, (a vuloiiLé tounuiiit legeicineiit
Oui |)oiulant m; m'émeut, ne me rom|it, ne ui'eiicline;
l'uis luii aillant courroux, plein de foible riyueui', ijiniiue nu tVn dévorant veut consommer mon cœur. Mais, tout ainsi que l'or, dans la braise il s'at'tine.
(lomme un pauvre malade en la couche airesté, 'jui, pour sa guarison, prend maint divers bruvage, Herbes, charmes, billets, mais tout à son donmiage, Car son mal incurable en est plus irrité;
En fin, perdu d'espoir, quand il a tout tenté, Rpiiiet à Dieu sa vie et n'a plus de courage D'attendre aucun secours, ny que rien le soulage, Que celle qui des maux est le but limité;
De mesme, en mes douleurs, j'avoy pris espérance Que l'oubly, la raison, les dédains ou l'absence, Me pourroient alléger, ou du tout me guarir.
Mais, voyant que sans fruict mou attente se treuve, J'obéis au destin, et, sans faire autre preuve, Des beaux traits de vos yeux je consens de mourir.
Si ce n'est qu'amitié, c'est la plus enflamée. Et qui mieux tout â coup va gagnant les espris Qu'autre qui fut. jamais; n'en desplaise à Cypris, I.cs brandons de son fils ne sont rien que fumée.
Expert, j'en puis parler; mon ame, accoustumée Dans les fourneaux d'amour jilus ardemment épris, Recognoist à l'essay que tout n'est rien au pris De ceste amitié neuve, en mon sangallumée.
Quoy! je ne puis dormir; ô Dieu! quelle amitié, Qui, comme une fureur, me poursuit sans pitié. Et qui du desespoir les désirs fait renaistre :
Bref, qui fait qu'à tous vants mon vaisseau je remets ! Non, ce n'est amitié : « L'amitié n'est jamais Du prince à son sujet, de l'esclave à son maistre. »
J'ay par long-tans, comme amour m'affulloit, ?uivi ton œil, ilont la tiaiiime est si claire; Et mon regard, |)apillon volontaire, Tousjours autour vtlloil et revolloit:
io nri^Lr.iyiiis ,'ui Icii (|iii me luiildil , Mais, (priiul ji' viiy (|ui' In veux le ((iiiliMiir, Jp m'en ('■Inique, ol, iiour le .salislniic, J'osin à mon cd'iir l'Iipur qui \r. coiisnloil.
En l'i'loi^'uanl j'iMoinno aussi ma vio, Puis, tiiulosl'ois ([ne tcllo est Ion rnvif, Jp up me jilains iIp mourir pu cp |)oinl.
l.as! Jp Ip rcns pntipi'p olipïssancp, Fors ([UP lu vpnx (|up jp no l'aiiup i>oint; Mais Ips dpstins ni'pu ostpnt la puissance!
J'accompnrp ma danip au sprppiil Ciu ipux, Que Icflivin Tlipbain surmonla p,ir la llanip; Ce serpent eut SPiit cIipIs, pI ma crupllp dame- A sppl moypns vaiiKpiPurs dps liomuips pt dps Dipu ; :
Le teint, le front, la main, la parole et les yeux, Le sein et les cheveux qui retiennent mon ame; Avec ces sept heautez Ips roclicis elle entame, Kt tousjonrs son pouvoir revient victorieux.
De chacun de ces chefs, sept autres nouveaux s.iitent : La mort, les traits, le feu, les désirs qui tiausportent, L'espoir, la desfiance et l'aspre dcconfort.
Ils sont de ce seul point difïprens de nature : C'est qu'avecque du (pu l'Hydre fut mis à morl, Et l'autre de mon feu i)rpnd vie et nourriture.
Ma nef passe au destroit d'nnp mer courrouc«;e, Toute comble d'ouhly, l'hiver à la minnict; Un aveugle, un enfant, sans souci la conduit, Désireux de la voir sous les eaux renversée.
Elle a po<n' chaque lame une Ionique pinsec Coupant, au lipu dp l'eau, l'psppraiice qui fuit; Les vents de mes soupirs, ellroyahles de liiuit. Ont arraché la voile à leur plaisir poussée.
De pleurs une grand' pluie, et l'humide nuage Des dédains orageux, distendent le cordage, Retors des propres mains d'ignorance et d'erreur •
De mes astres luisans la flame est retirée, L'art est vaincu du tans, du biuit et de l'horreur. Las! puis-je donc rien voir que ma perle asseurée?
Helas! je meurs en présence de celle Dont les beaux yeux avancent mon tiespas I Je puis m'aider, et je ne le fay pas; Je veux guarir, et mon mal je lui celé.
De chaud cristal elle arrouse sa face, Voyant ma peine, cl s'enquiert de ma mort ; Mais j'aime mieux mourir sans reconlbrt, Qu'en m'allegeant confesser mon audace.
Las! je pensois, pource qu'elle est divine, Que mes désirs luy seroient evidans.
Et que son œil veist dehors et dedans, Et de mon mal découvrist l'origine.
Un feu cruel me dévore et saccage, 11 boit mon sang, il dessciche mes os. Las ! je l'estouffe et le veux tenir clos. Mais sa fureur me paroist au visage.
Monstrons-le donc : ma dame est pitoyable. Mais, ô mon coîur! garde de t'abuser, Car ce seroit de ma mort l'accuser.
Bien qu'elle en soit innoccnmient coupable.
Non, il n'est point de gesnes si cruelles. De feux si chauds, ny de si griefs tourmens, Dans les enfers pleins de gemissemens.
Pour les péchez des aines criminelles.
Si la douleur y peut faire ses plaintes, Et qu'on s'y lasclie aux regrets et aux cris, Consolez-vous (misérables esprisi, Vos passions ne sont que douleurs paintes.
0 Cieux cruels! si j'ay fait quelque olTence, Dressant au ciel mon vol précipité, Punissez-moy, je l'ay bien mérité, Mais à rna faute égalez ma souffrance.
0 durs rochers! ô déserts solitaires!
Où mes ennuis je soulois évanter.
Ce n'est plus vous qui m'orrez lamenter. Mes seuls pensers seront mes secrétaires.
Car mon ardeur est d'une telle sorte.
Qu'en la souffrant je crains de soupirer : Comme insensible on me voit endurer; Ma peine est vive, et ma parole est morte.
Ce seul espoir adoucist mon angoisse, Qu'un feu retiaint (pii cuit si vivement
ni \ \ r .
No pont (luii'i ; il c-l lin|i vrlirint'iil, Il faul ([u'il ci'SM' (111 (|iic ji' |iri'iiiii' c'(>ss(', Toulc ma i;liiir(', en si liisli' :iv:iiiliii'e, ("ost que je iiu'uis (liviiu'iiicut lin'ilt', (Jue mon dosir je n'ai point rovelt-, V.l que mon cœuv en est la sepultnre.
(■.(i.MI'I.AI.M'i:
Depuis l'auljfi du .jiinr, je n'ay jioiiit eu de cesse De pleurer, île crier et de nie lounnenter. ^Maudissant rinluiniain (pii jamais ne me laisse, Kt semble que mon mal serve à le contenter. Helas! je n'en sens ]i(iint mon ame eslre aileiiée; Les pleurs ne rendent jioint mon cœur plus déchargé; Ma fureur, par despil, s'en l'ait plus enrayée, Et plus cruel l'amour dans mou sang hébergé.
Le jour s'est retiré, voicy la iinict veneue, Qui soulage les cœurs des hommes travaillez; Mais, plus fiere tousjours, ma douleur ^continue, F.t, vainqueurs du sommeil, mes maux sont éveillez; Si j'ay souffert le jour quelque angoisse pres.sante. Quelque jaloux penser en fureur converty, La nuict, propre aux soucis, fait que mieux je les saule, N'estant plus mon esprit des objets diverty.
Le jour ne m'est pas jour, puis que je ne voy diose Qui me donne liesse et me face espérer; La nuict ne m'est pas nuict, puis que je ne repose Et que je sens la nuict ma douleur s'empirer. Ah ! Dieu ! que de pensers tournent dedans ma leste ! Que j'en voy sans repos voiler devant mes yeux 1 Que je suis agité d'orage et de tempeste! Et si je ne voy rien qui me promette mieux.
J'avois eu d'autres fois la poitrine allumée Des bluëttes qu'Amour lance au commencement; Mais, helas! ce n'estoit qu'une simple fumée Auprès du feu couvert qui me va consommant ; Car ce faux enchanteur, pour nous donner couraje Et nous rendre des siens, se monstre gracieux; Puis, si tost qu'il nous tient, il change de visage, Et, s'il faisoit le doux, il fait l'audacieux.
Comme le simple oiseau, qui ne se peut défendre De la douceur du chant dont il est abusé. Et comme le poisson trop goulu se va pi'endre, Voulant piendie l'appast du ivsiheur plus rusé,
Ainsi je me suis pris dans l'embusclip tiailresse Qu'Amour avoit tendue afin de m'attraper, L'amorçant des regards, d'une belle déesse, Dont le pins grand des Dieux n'eust sceu libre échaper;
Si tost que je la vey, mon ame en fut émeuë, Et ma foible raison soudain m'abandonna; Mille petits esprits qui sortoient de sa veuë. Passèrent par mes yeux, dont mon cœur s'estonna; Et vey tant de beautés, que, sans faire defance, Vaincu, je me rendy, ne pouvant mesurer Comme je me perdois, et que, pour ma souffrance. Je né trouveroy rien qui me fist espérer.
LasI que depuis ce tans j'ay supporté de peines! Que j'ay perdu de jours, que j'ay veillé de nuicts, Poursuivy sans cesser d'une rage inhumaine. Qui de la fin d'un mal fait naistre mille ennuis ! Sa rigueur, toutesfois, me seroit agréable Si j'avois quelque espoir d'alléger ma douleur; « Mais c'est un trop grand mal de languir misérable, Et n'espérer ny paix ny trêve à son malheur. »
Si la flèche d'amour dont mon ame est blessée. Ne m'eust touché qu'un bras, je l'eusse séparé; J'eusse coupé d'un coup la partie oiTensée Pour finir le tourment trop long-tans enduré. Mais, las! cette poison, tout partout espanduë, .M'envenime le sang, l'ame et l'entendement; Mon cœur en est saisi. C'est donc peine perdue D'espwer que le tans m'y trouve allégement.
Ce qui plus me tourmente et qui croist mon malaise, C'est qu'encor en souffrant tant d'aspres passions (0 cniauté du ciel!), il faut que je me taise, Et feigne une liesse en mes afflictions. Car, durant mes travaux, je prendroy patience. Voire et m'honorerois de beaucoup endurer, Si celle que je sers en avoit connoissance, Et si je Iny pouvoy librement déclarer.
Ma Diane, mon cœur, ma lumière et mon ame, Clef de tous mes pensers, source de mon soucy, Helas ! sentez-vous point que ma cuisante flame S'allume de vos yeux et s'en nourrist aussy? Ils font que mon ardeur tousjours vive demeure; Ils font que mes désirs ne sont jamais lassez, Et feronl que bien-tost il faudra que je meure, bien heureux toutesfois si vous le cognoissez.