PHILIPPE DESPORTES. XVII
mandé des stances pour se réconcilier avec la belle Marie Touchet, la seule maîtresse qu'il ait eue. Le poêle lui donna le nom fictif de Callirée. Il semble, d'après ce morceau, que le jeune prince avait voulu se détacher d'elle; mais, ses efTorls ayant échoué, il brûlait d'obtenir sa grâce. Desportes lui prête néanmoins des accents nobles et fiers.
J'avoue avoir failli : la faule est excusable, Qu'un roi tel que je suis, courageux, redoutable. Qui sait bien commander à un peuple indomté. Qui ne sait ce que c'est de service et de crainte. N'ait pu du premier coup lléchir sous la contrainte, El se soit essayé de vivre en liberté. Moi que les cieux amis en jeunesse ont fait être De tant de nations le monarque et le maître. Se faut-il étonner si, métant vu domter Et ma libre vertu prisonnière être mise, Je me so s etlbrcé de la mettre en franchise? Toujours le changement est fâcheux à porter.
Je confesse avoir fait, d'un rebelle courage, Tout ce que peut un prmce eimemi du servage : Le repos ocieux en travail j'ai mué.
J'ai comblé mon esprit de soucis et d'affaires. Et forcé pour un temps mes regards volontaires, Les privant à regret des yeux qui m'ont tué.
J'ai mille jours entiers, au chaud, à la gelée, Erré, la trompe au col, par mont et par valléO; Ardent, impatient, crié, couru, etc.
Atteint dans sa fuite, vaincu dans sa rébellion, Charles IX, un peu embarrassé, demande merci. L'aimable créature lui paidonnera-t-elle?
La royauté me nuit et me rend misérable; Jamais à la grandeur Amour n'est favoralile. Si je n'étois point roy, je serois plus content ; Je la verrois sans cesse, et par ma contenance. Mes pleurs et mes soupirs, elle auroit coimoissance Que je sens bien ma faute et qu'en suis repentant.
Sa vaine résistance prouve, au surplus, la force de son amour; le poids d'un monde n'a pu le contrebalancer. 11 pleure, il gémit, accablé de chagrin : sera-t-elle pour lui un ange de colère ou un ange de miséricorde?
0 ma seule déesse! ô belle Callirée!
Comme dans votre temple en mon cœur adorée. Hélas! j'ay trop souffert, éloigné de vos yeux! Voyez ma repentance et m'ôtez hors de peine. Faillir aucunes fois est une chose humaine, Piudonner et sauver, c'est l'oflice des dieux.
XVIII lllll.ll'IM', IIKSl'OnTKS.
I.'inlervonlion du iioflc no fut ))as imililc : la lu llo cMcii st'O rondil an monaïqne ses aniouronx privilèges, ri il en iVsulla un fils, anquel I csportes anrail l)ien clA servir de parrain. Cet enfaul de l'amour, Charles de Valois, fut d'abord eomte d'Auverfîne, imis duc d'Angoidème. Marie Touehet, cliarinante et gracieuse jiersonne d'ailleurs, était née à Orléans, d'une assez bonne famille, en Kîiîl; son père exerçait les fonctions de lieutenant du bailliage et siège présidial. Elle survécut soixanle-qualre ans au prince qui avait désarmé sa colère, grûcc à Desportes, et, ijuaml elle eut essuyé ses larmes, quand son cliagiin l'ut un peu calmé, elle lui donna tout naturellement des successeurs. Elle eut donc bientôt une fille, Henriette de lîalzac d'Entragues, qui suivit l'exemple de sa mère; Henri IV la prit pour niait resse et lui témoigna un vif attachement ; nommée par lui marquise île Verneuil, elle exerça ime puissante iiillncnce. Le ciel lui accorda une liérilière de ses vertus : mademoiselle d'Entragues devint célèbre par son intimité avec lUissompierre. En contribuant à installer Marie Touciiet sur les gradins du trône, Philippe avait bien mérité de plusieurs générations et préparé d'illustres amours. Qu'on essaye de nier ensuite l'inlluence de la poésie!
1/autenr courtisan rima bientôt une œuvre plus singulière : on y voit exposée dans tous ses détails la premièie aventure galante du jeune duc d'Anjou, qui devint llcnii 111. 11 avait débuté comme on débute ordinairement, par être timide et embarrassé avec les femmes. Son haut rang, son âge, sa gloire militaire (il avait gagné à vingt ans les batailles de Jarnac et de Moncontour), sa bonne mine enfin, lui attiraient de nombreuses provocations; il s'y montra d'abord indillérent, lui qui devait plus tard succomber aux moindres agaceries. L'n jour cependant il fut troublé par le regard d'une femme : Marie de Clèves, princesse de Condé, avait enfin ému ce cœur insensible. Le roi futur, de son coté, fit sur elle une vive impression. Mais un obstacle grave les empêchait de se voir librement. Le mari de la princesse était jaloux, la surveillait sans relàclie. Le poète nous la représente donc dans le lit conjugal, méditant sur les périls de sa passion, pleurant même du chagrin de ne pouvoir la satisfaire. Elle en causait pendant le jour avec Margueritede Valois, sœur de son amant, et lui témoignait une hésitation sincère ou feinte à goûter au fruit défendu. Marguerite,
Plus savante aux effets de l'amoureuse flaiiimc,
îni conseillait de bannir les scrupules et de ne pas pas peidif
PHILIPPE nKSPORTES. \|\;
une si belle occasion. C'était agir en bonne sœur que de travailler ainsi pour son frère. Elle détermina la princesse, qui donna rendez-vous au duc dans une salle retirée du vieux paltih-, une sorte de boudoir tombé en disgrâce, mais orné de peintures voluptueuses représentant le puradis defi amants furlunés; la voûle figurait un ciel que parsemaient des nuées d'argent. La belle dame et le jeune piince devaient s'y renconlier à midi, heure du l'epas principal, qui occuperait alors tout le monde. Camille, la suivante de la princesse, brûlait justement de se trouver en comiiagnie d'un beau garçon qu'elle adorait; il fut donc invité à la partie de plaisir. La princesse de Condé, voulant reconnaître les bons soins de Marguerite, fit avertir secrètement le duc de Guise, qu'elle aimait et qui ne pouvait cacher sa tendresse pour elle; le fiére du roi et lui vivaient à celle époque dans la plus grande intimité.
Le jour venu, la princesse de Condé va voir Marguerite et lui propose de faire un tour de promenade. La jeune conseillère accepte; Marie de f'.lévcs la dirige vers le vieux palais, puis la mène droit au boudoir où attendaient les trois amants. .Mors eut lieu une scène qui faillit tout gâter. En voyant le duc de Guise, la princesse royale manifesta une vive colère; elle éclata en reproches contre son amie et ce qu'elle appelait sa trahison. Le duc d'Anjou essaya de lui inspirer des sentiments plus tendres; le duc de Guise plaida sa propre cause avec tristesse cl avec passion, employa toute l'éloquence du regard et de la parole. La princesse de Condé chercha aussi à obtenir de Margii(>rite qu'elle se montrât moins sévère. Elle la priait à mains jointes, nous dit le poète; elle la nommait soh désir, sa lumière, .-</ rie; elle lui embrassait les genoux, tant elle souhaitait voir le programme entièrement exécuté! Elle lui rappelait d'ailleurs ises voluptueux conseils :
Oi'i sont tous c<^s propos si pleins de véliémenie Que vous ine souliez dire aliii de m'enllammtr, Avant que deux heaux yeux m'eussent forte d'aimer ? (luel cliarme ou quel démon à présent vous Ir.ivaille Qu'au besoin lâchement le courage vous faille'.'
C'était mal de troubler une fête si bien organisée. Hessemblerait-elle aux soldais fanfarons, qui, après mainte bravade, se sauvent dés que l'ennemi approche'.'
Marguerite demeurant intlexible, les deux couples qui s'entendent prennent le parti de ne plus songer à elle. le duc de Gui^e continue vainement de la solliciler.
XX l'IIlMlM'E DF.SPORTES.
Pendant (lu'il p.iilo à elle, anlenl de mille tlammes.
Les ain.ins désireux et les doux jeunes d.iiiies
Knlreiil au paradis tant de fois souhaité,
Aj;réal)le séjour de leur félicilè.
0 jeune enfant, Amour, le seul dieu des liesses!
Toi seul pourrois compter leurs mignardes caresses.
Leurs soupirs, leurs regards, leurs doux ravisscinens,
Kt ces petits refus suivis d'embrassemens.
Ces propos enflammés, ers agréables plaintes.
Ces désirables moris el ces colères feintes:
Tu les peux bien compter, car lu y fus toujours.
I-Piir bonheur dura jusqu'au soir, jusqu'à la nuit clost-, cl 1p ponte déplore que l'ombre soil venue trop tôt les séparer.
Voilà un de ces épisodes que l'histoire politique ne raconte point et qui ne laissent pas d'avoir leur importance pour quiconque veut étudier les mœurs d'une époque. La scène caractérise énergiquenient la coin- des Valois. Quelle effronterie! quel libertinage précoce! l'n futur roi de France ne pas même res- |)ecter sa S(rnr, lui ciniseiller la débauche, et se livrer devant elle à tous les emportements, à tous les caprices de la passion! Où trouver un pareil exemple de dévergondage, si ce n'est sous Louis XV? Et Desportes qui nous raconte ces égarements comme la chose la plus naturelle du monde! L'historien vaut les acteurs '.
Brantôme raconte indubitablement la même aventure dans ses Dames f/dlaiiles ^. « Ce fut une fille en notre cour, dit-il, quj inventa et fit jouer celte belle comédie, intitulée le l'ariid s d'amour, dans la salle Bourbon, à hids clos, où il n'y avoit que les comédiens, qui servoient de joueurs et de spectateurs tout ensemble. Ceux qui en sçavent l'histoire m'entendent bien; elle fut jouée par six personnages de trois hommes et de trois femmes; l'un étûit prince, qui avoit sa darne qui esloil grande, mais non pas trop aussi; toutefois il l'aymoitfoit : l'aultre esloit un seigneur,
' Dans le récit, les personnages porlenl des noms lictifs : le duc d'Anjou s'appelle Eurylas; la princesse de Condé, Olympe; Marguerite de Valois, Fleur-de-Lys; le duc de Guise, Nirée; la suivante, Camille; et son ami de cœur, Floridanl. On a voulu voir dans .Nirée Desporles lui-même: la manière dont il en parle rend celle hypothèse inadmissible.
Mais ce ne fut pas tout : Olympe qui savoit (Ju'au sang de l'Ieur-de-Lys Amour ses Irailslavoit, Ayant en mille endroits si poitrine enferrée Parles divins attraits du gracieux Nirée
Un homme ne dit pas de lui-même qu'il a des attraits divins. I.e duc de Guise s'appelait I]enri, mol qu'on reirouve dans Mrée. avec une h de moins pi un e de plus, introduit pour l'oreille. - Quatrième discours,
PHILIPPE DESPORTES. XXl
et celui-là jouoit avec la grande dame, qui estoit de riche matière; le troisiesme estoit gentilhomme, qui s'apparioit avec la fille, car, gallante qu'elle estoit, elle vouloit jouer son personnage aussi bien que les aultres. Ainsi costumièrement l'auteur d'une comédie joue son personnage ou le prologue, comme lit celle-là, qui certes, toute fille qu'elle estoit, le joua aussi bien, ou, 'possible, mieux que les mariées. Aussi avoil-elle vu son monde ailleurs qu'en son pays et, comme dit l'Espagnol : lUiffinada en Secobia (raffinée en Ségovie , qui est un proverbe en Espagne, d'autant que les bons draps se raffinent en bé^^ovie. " Marguerite de Valois, selon Brantùme, n'aurait donc pas lait la prude, comme l'assure Desportes, sans doute pour ménager la princesse. La narration du libre chroniqueur prouve, en outre, que les deux grandes darnes étaient mariées; leurs noces avaient effectivement eu lieu le même jour, en lo"^. Cela donnerait à la belle Chàteauneuf la priorité dans le cœur du duc d'Anjou, malgré l'assertion du poète lyrique.
Le souvenir de cette aprés-dinée empêcha peut-être le prince royal de commettre un assassinat. Le duc de Guise, ayant tenu si près de lui la femme qu'il aimait, continua ses assiduités. H arriva d'ailleurs que le duc d'Anjou et lui se brouillèrent. Les galanteries du jeune homme furent interprétées par Catherine de Médicis comme un ambitieux désir de s'allier à la famille royale. Pour abattre sa présomption, elle ne trouva rien de mieux que de le faire tuer. Charles et son frère y consentirent; le duc d'Anjou se chirgea même de l'exécution. « De fait, nous dit Henri Estienne, le duc d'Anjou, qui l'avoit aimé ardemment et familièrement, l'attend en une galerie, résolu de luy donner d'une dague dans le sein quand il passeroit, dont toutefois il s'abstint, se ressouvenant des services de ceux de cette maison * : 1) La scène de libertinage, décrite par notre auteur, contribua peut-être beaucoup plus à l'arrêter que des services réels.
La princesse de Condé n'enchaîna pas longtemps le duc d'Anjou. Une triomphante rivale le lui disputa, lui enleva le cœur du prince ^; c'était une blonde ravissante, d'une illustre maison de Bretagne, Renée de Rieux, dite la belle Chàteauneuf;
« Discours merreillevx de Catherine de Médicis.
« Nous suivons ici les indications de Pesportes; mais elles doivent iHie fausses. Mademoiselle de Chàteauneuf précéda sa rivale dans les bonnes fiiàces de l'héritier présomptif. Notre auteur a supposé le contraire pour llatter la princesse de Condé. Au reste, cette chronologie de boudoir n'a pas grande importance.
\MI IMIIMI'IM IiK Sl'OllTES.
illc avait alors une viiiglaino (raini(''iîs. Ello folâtrait aulour do (lalliprinn i\o Jji'dieis, parmi cotrssniin de gracipuscs prr.sonnrs une la virillft roiiio ontiTlciiail ;'i lion cscionl ol qu'elln iioniinait srs lilk'S iriionnonr, pour (pTcllos eussent un litre. On la regardait coinnio la iilns paiTaite heanlé de la enni'; pendaiil longtemps on ne crut ixiuvnir mieux louer une femme ipien la comparant avec elle. Son ahondanle chevelure, qui lui faisait une couronne d'or, excitait l'admiration générale. Le duo d'Anjou ne put la voir sans la désirer, ne put la désirer sans chercher à l'ohlcnir. Pour lui plaire, il réclama les hnns offices de Desporles. I.e chantre voluptueux prit ausitot sa phuneet rima sonnet sur sonnet, l'ne partie de ceux qui forment les Amours lie Diinir furent alors com|iosés. Deux de ces opuscules ravirent surtout le prince. L'un commence par le vers suivant :
lieaux nd'iuis crêjiés et lilomis, nonilialaimnenl r\>:\\s '
l.'aulre par ces mots :
Cheveux, présent fatal du ma douce eimeiiiie.
I.e ne sont pas assurément les meilleurs, et l'enthousiasme du diu; ne prouve point en faveur de son goiU. On dit qu'il lut mainte fois, qu'il ne pouvait .se lasser d'entendre le premier. L'accueil fait à ces deux morceaux conirihua peut-être beaucoup au ravissement du prince. Quelques sonnets donnent lieu de supposer que la belle lit une certaine résistance. Hesporte-. ne négligea rien pour lever ses scrupules et lui prêcha en beaux vers une morale très-facile à pratiquer :
Quand du doux fruit d'amour je me rends poursuiv.nrit. I.e seul digne loyer de ma persévérance, • Vous pensez ra'airéler, m'opposant pour défense
.le ne sais quel honneur, qui est moins que le venf.
.Moi. je mets, comme humain, le plaisir en avant tl le doux paradis de celte jouissance. Qui vous dut dégoûter de la feinte apparence De ce songe d'honneur, qui vous va déeeTanl.
.Mais, parlons librement, el me dites, ma dame. Senlez-vous de l'honneur quelque perfection. Qui plaise au goOt, au cœur, à l'esprit ou à 1 àim- '
C'est inie vieille erreur, qui aux femmes se trouve, Car leur honneur ne gît qu'en vaine opinion, Kt le plaisir consiste en clio«e qui s'éprouve.
' le sonnet lout entier est une li.iiluclion ilu lienilo.
CIIILIIM'K ni.SrORTKS. XXIII
Ainsi enilodrinée, la bello CluUoaiinPuf ci''ila aux ardenles sollicitalions du prince 1 e poëte n'y perdit rien, car le duc d'Anjou lui donna trente mille livres comptant, sous prétexte de l'engager à publier ses poésies '. C'était un cadeau magnifique, attendu que celle somme représenterait de nos jours une ccn taine de mille francs, pour le moins. Jugez par là de l'importance que le duc attachait à sa victoire !
Desportes ne se contenta point de parler à mademoiselle de Cliâteauneuf pour son protecteur; il lui adressa lui-même des éloges et des félicitations, comme un admirateur de sa beauté sans doule, mais aussi comme un homme charmé d'avoir obtenu un succès mémorable dans une entreprise importante et lucrative -.
Mais le duc d'Anjou ne put rester longtemps auprès de sa maîtresse. En Ki"ô, il fut obligé de partir pour aller commander le siège de la Rochelle. I.e prince réclama les bons office.s de Desportes et lui demanda un pathétique morceau d'adieu. Les strophes que le poëte écrivit alors respirent la langueur et ont un caractère bien différent de celles qui avaient préparé l'amoureux triomphe de Charles I.X. Ici encore noire auteur lit preuve de jugement et d'adresse. Le roi, préoccupé de sa gloire, luttait contre son amour; le duc s'y abandonne sans résistance et dédaigne même la renommée, pourvu qu'il soit heureux :
.l'aiinerois bcaucoii|i mieux que le ciel in'eùi fait naitiv >ans nom el sans liunneiir, pourvu que je pusse êlre Toujours auprès de vous doucement langoureux. Baiser vos blonds cheveux et voire beau visage, El n'avoir d'aulie loi que voire doux langage. J'aurois assez d'honneur, si j'élois lant heureux '
Ce ne sont pas là les fiers accents de Charles 1\ '.
' Claude Garnier lenait ce fait de Desporles lui-même, comme il nous l'apprend dans sa iliise infortunée- Après les vers que nous avons cilês plui iiaul. il continue :
Je le liens de luy-mesme, et qu'd eut de Henn . Dont il esloil nommé le poêle favory,
Dix mille escus, pour faire Que ses premiers labeurs honorassent le jour.
Sous la bannière claire Et dessous les blasons de Vénus et d'Amour.
- Voyez le sonnet à mademoiselle de Chàleauneuf, page 'lît!, el celui qui concerne son porlrail, pages 426 et 427.
'' La pièce de vers, dans l'édition de 1611, porte la date de 1372; Henri n'alla néanmoins prendre le cninmand>?nipntde l'arniêequele H février ir.75
\Mv l' Il 1 1, 1 1' !■ I', ni: S PO n TE S.
Lo sié^'G lie la lloclu'llc (''Liil iiiu', consrciuciice do, la SaintllartlK'leiny, quo lo ilui' irAiijou avait si rorloinent lonsrilli^e, à la<|ii<'llo il avait |>ris tant de pari. Ce liiilonx niassacio, cotte anivro inlVinalo oxocnloo an nom ihi ciel, no sonililo pas avoir boanconp onin Dospoi tos; il sonpirait, tnnnno on voit, dos plaintes amourousos |iondant(pie son patron allait coinliatlro les liiitfuonots, qni no voulaient jioint se laisser tian(piilloinoiit égorger. Une de ses nu'illeuios chansons, écrite sans le moindre doute à celte époque, attendu qu'elle se trouve dans le iiremier livie des Anioiiix de himir, piouvo encore son indilloioiice politi(pie '. li'auteur y assimile cumplolemont les Irihiilalions que lui cause l'amour à la guerre intestine qui déchire la France, l'ne lutte si cruollo lui parait vmi(|uemont une source de méta|)hores. S'idontiliant avec les huguenots <ians ses vers subtils, l'élégant poète termine ainsi sa coiiiparaison, adressée à une lemme, bien entendu :
Comme eux je suis Irouljlé de rage.
Comme eux je cause mon dommage Pour plaire à mon opinion; Comme eux mon mal inènie j'ordonne, Et pour vous je me passionne Comme eux pour leur religion.
l/'un d'eux des lionneurs se propose,
L'un des l)iens, l'auli e plus grand' cIiosp,
L'autre un paradis bientieureux :
Les biens, les lionneurs el l'empire,
Et le paradis où j'aspire,
C'est d'être toujours aniouieux.
Quelle insouciance révèlent ces strophes ! Quel mélange de sang et do volupté, de galanterie et de carnage I Dosportes est bien de colle lat o française, qni joue avec la vie ol avec la mort.
ni
Après cinq mois d'un siège inutile etmenrlrici, pendant lequel il avait été éln roi de Pologne, grâce aux manœuvres do
ma s le siège ayant commencé plus lût el te voyage du prince é'anl décidé depuis quelques mois, les adieux fuient écrits avant te déparl. « Voyez re morcean, Irès-heureux de forme, page 59
l'HILiri'K MKSl'URTES. XXV
sa iiièic, le tluc d'Anjou élait revenu à Paris vers la lin du mois de juin lo7ô; il y resta trois mois au milieu des fêtes. Dans une de ces réjouissances fut déclamée VAnliyone de Sophocle, tiaduite jiar Antoine de Baîf. Desportes y glissa une allocution en l'honneur du prince, qui dénote sa complaisance sans limites et son extrême (inesse. Dans la corruption profonde du roi de Pologne, il avait entrevu, comme dans un abime, un nouveau genre de dépravation, qui, luttant d'abord contre son goût pour les femmes, devait finir par le dominer. 11 affectait déjà de porter les ornements destinés à l'autre sexe, ignoble caprice qu'il porta aux derniers excès quand il fut roi de France. « Le roy, dit l'Estoile, faisoit force mascarades où il se trouvoit oidinairemenl habillé en femme, ouvroit son pouipoint et découvroit sa gorge, y portant un collier de perles et trois collets de toile, deux à fraise et un lenversé, ainsi que les poitoient les dames de la cour. »
U'Aubigné, dans son style frénétique, peint avec plus de détail les singuliers costumes du roi trés-clirétien et ajoute :
Pour nouveau parement, il porta tout ce jour Cet liabit inonslrueux, pareil à son amour: Si, qu'au premier abord, chacim étoit en peine, S'il voj oil un roi femme ou bien un homme reine.
Eh bien! croirait-on que Desporles eut l'extrême condescendance de flatter dés ses débuts, et de llatler en public celle révoltante sophistication de l'amour':' Il compare adroitement lo prince avec Achille à Scyros. portant des habits féminins :
Lorsque le preux Acliille étoit eulre les dames, D'un Ijabil féminin déguisé finement, Sa douceur agréable, en cet accouliemeni, Allumoit dans les cœurs mille amoureuses flammes.
Kn voyant ses atlrails, sa façon naturelle. Les beaux lys de son leiiil, son parler gracieux. Les roses de sa joue et l'éclair de ses yeux, On ne feslimoit pas autre qu'une pucelle '.
Mais Achille n'était pas seulement beau connue une jeune lilb', il était encore vaillant comine un héros. Le duc lui ressemble de tous lioints ; il nous fait voir, dit le ))oête. Mars cl Vémis ensenibli; -.
I \ oyez la lin de la pièce, pa.i;e Vjfi; qu' I me soil permis de faire 1 ciii.u- (|ucr ce l)eau vers :
Les roses de sa joue et f'éckij' de ses jeux. - t^'est certainement à L'esporfes que s'allaque dAubigné, ipiaud il lra:nc
\\Vl I II I I ll'fl, li|.> l'iiK 1 l,.s.
1,'i'sl ;lill^i «luo la inoleclioii <li's \ulois déi;ia(lait k's lalciib. Leurs vict'S conoinpait'iil les sources diaphanes de la poésie el eliaii;;eaieiil en poisons ses Ilots sacrés. Jamais peul-élie, depuis la Kome impériale, école de dépravation aussi odie\ise et aussi coiiii>lèle n'intecla la lilléialure de ses cnseiyneinents. Desporles aurait jiu y apprendre le vol el le ineurtie aussi bien que les voluptés contre iialnie. lVii<lant cette coiiile iésidenc<; de trois mois, (pie leiluc d'Anjou lit à Taris, eut lieu une se 'ne de brij,'andagc bien capable de le roriner, s'il avait en des dispositions en ce genre.
I.e roi de l'ologne, avant Min di'pait, voiiiiil marier la C.Uiileauiieut', sans doute jiour se dispenser de l'enlretenii' durant son absence. U avait, dans cette intention, jeté les yeux sur un citoyen Irès-riclic, Dupiat de ^antouillet, prévôt de Paris. (!et liomnie honorable se trouva ])en llaltédii rôle qu'on lui destinait el refusa péi-einploiremcnl la belle. Transporli- de colère, II' prince résolut d'en tirer vengeance. S'étanI concerté avec r.tiailes IX et le roi de iSavarre, ipii fut depuis Henri IV, il envoya dire au fier bourgeois ipi'ils sonpei'aient chez. lui. Les trois létcs couronnées s'y rendirent en effet, ayant poui' escorte une baiiil.' de courtisans, et l'on peut supposer que noire auteur l'tail du nombre, car il suivait ]iartoiit le roi de Pologne. Après le lep'is, les seigneurs louillérenl les armoires et les coffres de Nantouillct, firent main basse sur ses deniers, sur sa vaisselle d'argent, lui volèrent plus de cinquante mille livres.
I.e lendemain, le premier président alla trouver Charles IX et lui dit que toute la ville était émue de celle équipée nocturne. Le prince jura qu'il n'y avait point figuré, qu'on ne i)ouvait le soutenir sans calomnie.
— J'en suis charmé, dit le magistrat; je vais fndonner une enquête et punir les coupables.
- Non, non, s'écria le prince, ne vous mettez pas en peine de celle afTaire : dites seulement à .\anlonillet qr.'il aura trop forte partie, s'il veut demander raison du dommagi' qui lui est advenu '.
Voilà comment s'exerçait le droit divin au seizième siècle, voilà comment on fortifiait le principe d'autorité.
lus flatteurs des rois sur la claie, (l:iiis smi eiïm^aljli' saliie qui a pnur lilie
Les Princes : ce» vers le désigneiil claironuiil :
ynaiid d'eux une Thaïs une Lucrèce est dile, Quand ils nomment .icliille un infàii:c l'iiersile, elc.
< J'iiinial de Ucitii III, par t'Esloilt, t. î. p. Gl et tii', éd. lion do Lciii;lil liufrc-nov.
l'iiu.ii'i't Dtbi'ui; j hs. xwii"
l'eiidaul que le duc d'Anjou cherchait a négocier le inaiiago de la Chàleauneul', il portait au cou, devant tout le monde, le poitrait de la (irincesse de Condé; le roi d'ailleurs ne se gênait point pour annoncer publiquement qu'il ferait tuer le mari. Ce dernier, loin de fuir la mort, semblait plutôt la chercher : au sicye de la Uochelle, il avait niontié un courage téméraire, qui annonçait le désir de trouver le repus à six pieds sous le ijazon '.
Durant le séjour momentané du nouveau roi de Pologne dans ^ la capitale, l'hilippe mit sous presse le recueil de ses vers, pour? lequel le duc lui avait fait un si riche cadeau. Le privilège est' ilu 'iS juillet. Celte [ucmiére édition, publiée en format in-i', édijibC par son luxe toutes celles qui virent le jour plus tard. I.a beauté du papier, le soin de l'exécution, la rendent précieuse: la bibliothèque de l'Arsenal en ]iossédc un exemplaire magni-^ tique. L'as|)ect du livre confiime donc le rapport de Claude Garnier. Cette édition princeps a encore cela de curieux qu'eli'renferme les œuvres capitales de Desportes, sauf un très-petit nombre de morceaux ; il y manque les Amours île Cléonkr, le deuxième livre des Elégies, quelques pièces détachées; mais on y trouve ses meilleurs sonnets, ses plus belles chansons, ses peintures de la campagne les mieux touchées, son éloquente diatribe contre le mariage. A vingt-sept ans, Desportes avait ; donc franchi presque toute sa carrière [loétique. \
Du lladier a fait de grands efforts pour découvrir quelles étaient les maîtresses chantées par Desporles sous des noms ' fictifs. La première était indubitablement Diane de Cossé-lîiissac, femme du prince de Mansfeld. Dans cette cour dissolue, on ne tenait plus compte des rangs, comme le prouvent si bien les lUimes (jdUtnIes de Brantôme, peintre joyeux de désordres inouFs. Desportes d'ailleurs était un homme influent; le bruit courut même qu'il avait pour aniie intime la sœur de Henri 111, la femme du roi de .Navarre, cette Marguerite que nous avons vue figurer dans une scène très-leste. Tour le rapprocher de la caste nobiliaire, on affectait d'écrire son nom en deux mots. Une liaison avec Diane ne laissait pas d'avoir ses périls. Les Mansfeld étaient des homuies violents et implacables. L'un d'eux, bâtard de leur maison, avait joué un rôle sinistre pendant la guerre de Trente Ans, et saccagé le nord de la France. Le mari de Diane ne montra pas un cara 'ère plus facile : ayant surpris sa fenune avec un autre amant, le comte de Maure, «pii avait supplante
I t.'ti^tuilc. iii-iu(j \oluinc, |>. 02 lit Cji
Nxviii !■ 11 II, 1 1' l' li m; S i'(iKii;s.
Despoiles, il les liia l'un ol l'iiutre dans un accrs do liiicui '. Lp poêle rima l't'-pilaplic do la volage cl cliarinanlc vicliiiio, mais sans faire allusion à son genre de mort. Il gémil en outre sur sa lin tragirpie dans une pièce de cent trente six vers*. V Les deux livres des Amours tic U'utnc, au surplus, ne reiifei'nienl • pas uniquement les sonnets, chansons, allégories, complaintes et dialogues adressés à l'inconséquente et niallieureuse jirincessc. L'auteur y a évidemiiieut iiisi'ii' une l'oulc de morceaux composés poui' Charles IX et le duc il'Aujou, suivant un déiir bien naturel aux écrivains de réunir leurs tiavaux épars.
Le sonnet ^1 mademoiselle Jeanne de Hris.iac se trouve dans celle édition et à la suite on lit des stances, que les imprimeurs en ont séparées depuis, mais qui lui servent de commentaires. Elles débutent ainsi :
lorsque jVcris ces vers, il ne faiil que l'on pense
Que, trop audacieux, je n'aye connoissarjce
El de voire grandeur et de ma qualilé;
Car je jure vos yeux et leur puissance sainte.
Que je yarde en ceci le respect et la crainte.
Dont il faut révérer une divinité.
Je veux bien croire à l'iiiimble adoralion du poêle, mais ces deux morceaux n'en prouvent pas moins qu'il courtisait une parente de Diane, pendant que celle-ci agréait ses liommages et l'enivrait de caresses.
Du Radier forme des conjectures assez vagues sur la seconde maîtresse chantée par Desportes. Il croit que c'était Hélène de Surgéres, la même que lîonsard a si hautement céléhrée. Coniiue le sonnet dont il s'autorise termine les Amoars de Clèunlce, il ne peut se rapporter qu'à cette dernière. Aussi le critique, dans son incertitude, parait-il encore disposé à voir en elle llippoljte Bouchard, vicomtesse d'Aubeterre, nièce de Brantôme et alliée à la maison de Vivonne; mais il n'appuie d'aucune preuve cette nouvelle hypothèse. Or des indications précises, détaillées même, auraient seules de l'intérêt, en éclairant la biographie de Desjiortes, en nous initiant aux mœurs de la cour, en faisantrevivre jiour nous ce'S aimables créatures, qui se sont depuis longtemjjs évanouies dans la région des fantômes.
Desportes se plaint souvent des rigueurs ou des infidélités qu'il éprouve. Sa figure contribuait sans le moindre doute à ces iiiforlunes amoureuses. Il n'avait pas la beauté qui séduit ou eii-
I ilu lladier, /.« . cil.
- Voye^ à la lin du volume, p. 'liil.
l'IlILiri'E DKSI'OKIES. XXIX
cliiiiiie les cœuis. Sur l'édition de 1611, publiée par sou liérc, /• ou voit sou buste, que couronnent Apollon et Vénus. Il a l'œil liiillant, le front vaste et régulier : tout le visage respire l'attention et le jugement. Mais le nez est volumineux, enllé par le bout comme une massue; une large bouche conline à de lourdes mâchoires; le cou peu développé met la tète trop prés des épaules- Le voluptueux rimeur porte un grand collet de toile rabattu, un pourpoint serré, avec de nombreux boutons, et une pelisse garnie de fourrure, q;ie termine par le haut une sorte de palatine '.
Cependant Charles IX jugeait que le roi de Pologne ditférait trop longtemps son départ. Le monarque malgré lui dut se résoudre à quitter la France et la princesse de Condé 11 chargea Desportes de mettre en vers ses adieux à l'une et à l'autre -. Le } 28 septembre 1573, il commença enfin son voyage, emmenant ^ avec lui le poêle. Des proscrits n'abandonnent pas plus péniblement le sol natal. Cet exil émut d'ailleurs toute la littérature : les écrivains perdaient un protecteur puissant, alfable, qui aimait à rendre service. Ce fut un concours de lamentations. Germain Vaillant de la Guesie, Jean Daurat, Anloine Caïf, déplorèrent en latin son absence, dont on ne prévoyait pas la courte durée.
La vue de la Pologne et les mœurs des Polonais ne diminuèrent point l'aflliction des voyageurs. Ces grandes plaines désertes, blanchies par la neige et tourmentées par les vents, ces cabanes enfumées où des rustres vivaient pèle-mèle avec les bestiaux, la turbulence perpétuelle des hautes classes, la grossièreté des manières, une ivrognerie prodigieuse, des fanfaronnades interminables, un babil que rien ne lassait, leur causèrent un pénible étonnement. La corruption d'un peuple à demi barbare choquait leur dépravation raffinée. Ils tournaient sans cesse les yeux vers la cour de France. Pour ne pas s'occuper des affaires de son royaume, le prince feignait fl'étre malade^. Il écrivait à Marie de Clèves des lettres passionnées « avec le sang qu'il tiroit de son doigt,» nous apprend l'historien Mathieu. Mais ces violents témoignages d'amour ne lui suffisant point encore, il faisait rimer par Desportes une complainte suiles abattements, les tristesses, les désespoirs (pi'il éprouvait loin
1 Voyez, au comniencemenl de fédilion acluelle, lo froiilispicc de 1611, reproduit avec la dernière exactitude par MM. I)a\id il Vaiin.
- Voyez p. iOS, la Complainle pour monseigneur le d;ic d'Anjou, éluu loy de Pologne, lorsqu'il partit de France.
~' Henri Martin, Histoire de France, t. IX.
X\\ llllLIl'l't IH .slil li 1 1'. S.
lie sa itillc. A ses rpyrels, à ses Icridrcs souvenirs, se iiirlail iliielciue i)eu de jalousie ri d'inquirliKlc '.
A|)rrs neuf mois de séjour, le poète en cul assez. 11 tdjtiiil la |iei mission de relouiner dans sa ]inlrie; mais, avant de (piitler l:i l'ologne, il lui lanra des adieux l'oudroyanls. lns|iiiée pac la i(di re, eelte dialiihe est un de ses nieilleuis opuseulcs. C'esl même un des morceaux les plus achevés i|u'ail ]iroduits le sei- /.iéme siècle: il a, sous le rappoil des idées, comme sous le I a))i)orl du style, une allure toute moderne-. Le letour de Desjiorlcs fui une fêle pour les savants el rimeurs, iiui puisaient dans sa bourse el prolilaienl de son crédit. Jean Daural ('■crivil en latin deux cluints de triomjilie '.
Il venait seulement de partir, li^xpinn courriel ;ip|(]ila li nouvelle inattendue que Charles 1\ était moi l le 7)0 mai lîiTl *• la Couronne, dés lors, passait sur la léte de son IVére, le duc d'Anjou, le roi de l'ologne s'apprét;i donc à regagner son pays; . mais il ne voulait pas y rentrer les mains vides. Aussi mit-il • dans sa valise pour trois cent mille écus de pierreries, souvenirs '■ précieux qu'il clioisissail i)arnii les diamants de la couroinie. Le tour exécuté, il partit à cheval, pendant la nuit du 10 au 17 juin, escorté seulement de sept ou huit com])agnons : ils fircnl vingt lieues d'une seule traite, poursuivis par une troupe de cavaliers (pii ne leur ]iermettait iioint de ralentir leui' course. Ils curent le hoiiheur d'atteindre la Moravie et de mettre leur' |)roie en sûreté au delà des frontières aulricliiennes. .\ohle évasion pour un prince qui portait alors deux couronnes I Les l'olonais se décidèrent sans |)eine à proclamer sa déchéance.
Lue fois à l'abri des poursuites, le prince traversa lentement l'Allemagne et l'Italie du Noid; le 'o du mois de septembre seulement, il rentrait en l'iance par le Dauphiné. 1 es amis et commensaux de Desporles attribuaient son letour au\ chants du poète : comme la lyre d'Orphée mettait en mouvement les pierres et alliiait les animaux sauvages, ils prétendaient que f les accents du barde moderne avaient évoqué le roi de. Pologne. Les diamants cachés dans sa valise, c'étaient des dons qu'il rajiportail poTir lui el pour les siens. Le littéi-ateur ofliciel devait,
' Le mol do Mûrie, placé dans la neuvième siroplie, prouve (|iio ce iiioicoau avait jxiur olijel la princesse Av. l'.onilé.
•- Voyei p. i2'i.
s Voyez. 1). 'l'Jl el V92.
' l.a dernière slroplic àr {'.[dieu à lu /'y/djHc piouvij ipi'il fut ciail av.tiil I arrivéo de l'estafeUe. (pu eut lieu le 1ô ou le li juin, licspoiles n'èlail 'loue pas resté tuul à fait neuf mois hors do son pays.
PHILIPPE DKSPORTES. XX\I
selon toute jiislicp: pu oblenir la nieillcuro part '. C.e qu'il y avait fie certain, c'est qu'en montant sur le trône il allait, pour ainsi dire, faire asseoir sur les marches son poëte favori. Le | gracieux rimeur devint un homme considérable; sa fortune, f qui jusqu'alors avait biillé comme une étoile, mais comme une étoile secondaire, dans le ciel de la cour, resplendit aussitôt parmi les astres de première grandeur. Est-ce alors qu'il refusa la place de secrétaire des commandements? Je serais tenté de le croire : il se réservait pour des fonctions plus intimes. Comme tous les poètes d'ailleurs, il fuyait les tâches trop lourdes, les occupations trop assidues-.
Henri 111, ayant perdu beaucoup de temps dans le midi de la France, ne revit pas la princesse de Condé, qui mourut en couches, le ."iO octobre I57i. ^on amour était parvenu à un point d'exaltation, qui lui donnait l'air d'une tendresse véritable. Il voulait faire casser le mariage de la belle adultère, pour lui offrir la couronne. Sa douleur s'exprima d'ittie façon étrange: il parut quelques jours en public tout couvert de petites têtes do mort brodées sur ses habits: on en voyait même sur les cordons de ses souliers'. I,e cardinal de Dourbon l'ayant invité à uiiefestin, dans l'alibaye où reposait le corps de la jeune femme, le prince déclara qu'il lui serait impossible d'y entier, si ou n'éloignait ces témoignages d'un bonheur trop tôt disparu*.
Le IM février suivant néanmoins, il épotisait Louise de Lorraine, lille du comte de Vaudemont.
Mademoiselle de Chàteauneuf le disputa quelque temps à la nouvelle reine, lue fois encore il essaya de la maiier; mais, l'ayant offerte au comte de lîriennc, cadet de la maison de Luxembourg, le fier seigneur regarda celte proposition comme un outrage, et, plutôt que de subir une alliance dégradante, il quitta la cour . Les faiblesses du prince continuèrent : mais un jour la favorite osa braver la reine dans un bal; Catherine de
< Magna viae referenssilii prsemia parla suisque,
Ipse duplex regnum, duplicem sua lurba favorem. Hos inler primum tibi Musa tidelis honorem Jure dedil, sibi c(uem non aiiiulus occupel aller.
Jo. .\uralus, poeta regivs.
- « lîaroque bac anibiliosa tenipeslate sprela? poleslalis exemplo, pilnio amplissiniam notarii sacrarum jussionum dignitalem, deinde Burdigaleiisem Arctiiepiscopatum recusayit.» Kpitaphe de Despnrtes, paiThihaiil înn lière.
" Henri Martin, (. IX, p. 410; — Jlnlliien, p. lOG.
* I.'K<;lnile. Jimninl (If Henri III.
x\\!i iMiii, ii'Pic ni;si'onTi:s.
Mi'ilrcis inlnvinl cl (leiiiaiula sa iiiiso li la irliaito. l'oiu le coup le prince lui signifia son congL-.
l'n sort tragique semblait menacer toutes les femmes (|ue chantait Desporles. Dans sa col("Te, mademoiselle île Châteauneuf épousa un Florentin nommé Antinolli, capitaine des galères à Marseille : le successeur de Henri III et de quelques autres peut-être ne se crut point tenu d'être lidéic. Mais la noble courtisane ne l'entendait pas ainsi. «L'ayant trouvé paillardant, nous dit lui clironiquenr, elle le tua virilement de sa propre main '. "
l'iiilippe Altovili hérita de la ]dace (pi'il occupait el de sa fongueuse moitié. En faveur de celle alliance, Henri 111 le nomma baron de Castellane. Mais lui aussi devait périr d'une fa^on tr.igique. Ayant écrit au roi, en 15S6, que le bâtard d'Angoulémecntretenait avec le maréchal de Montmorency des relations suspectes, le prince envoya sa lettre à l'accusé, grand prieur de France. Celui-ci, furieux, va trouver le dénonciateur, qui venait justement d'ai-river à Aix pour l'assemblée des étals. Le capitaine ne put nier le fait et demanda pardon au seigneur de l'avoii' injustement soupçonné. Mais, peu satisfait de ces excuses, le grand prieur lire son épée, dont il blesse Altovili. Pour se mettre en garde contre de nouveaux coups, l'Italien saisit son adversaire à bras le corps. Un gentilhomme du bâtard d'Angouléme survient au même instant, et, par excès de zélé, transperce Altovili. Mais il enfonça trop son épée, qui atteignit le grand prieur et lui déchira les entrailles. L'Italien mourut aussitôl; .son antagoniste ex))ira sept ou huit heures après, désespéré de cette catastrophe inattendue. Ses biens, ses bénéfices, son prieuré passèrent au fils que Charles IX avait eu de Marie Toiichet, sous les auspices de notre poète. Quant à la Chàteauneuf, elle disparaît dès ce moment dans les bas-fonds de l'histoire; mais on suppose qu'elle termina son aventureuse carrière peu de temps après la mort du baron de Castellane.
Cependant la faiblesse, l'incapacité de Henri III avait bientôt rendu sa position périlleuse; la Ligue s'était formée pour siibsti-
I l.'Estoile, Journal de Henri ///.
i Fils de Henri II et de la belle I,eviston,Keossaise, qui lii,'urail parmi Ips ileinoisi'lles d'honneur de Marie Sliiarl.
PHILIPPE desport; ?. xxxin
tuer à son indolence une aciion (iiergique, pour lui arratlier le pouvoir par des moyens délouinés. line léunion des états générau»; lui parut indispensable : convoqués à Blois, ils furent ou-, veits le C> décembre lo"6. Desportes avait suivi le prince, auquel 1 il servait peut-être de secrétaire particulier, CDiiime précédeni- ; ment au marquis'de Villeroy.
En même temps que lui était arrivé un jeune homme de \iiigt ans, qui allait, avec son aide, faire dans le monde un chemin rapide. Le comte de Matignon, député aux étals généraux et gouverneur de la basse Normandie, où résidait la famille du débutant, l'avait amené pour le présenter au roi comme une , merveille de la nature. Ce n'était rien moins que Davy du IVv- ' ron, le futur cardinal. Il montrait une inlelligence si piécotp. il avait déjà tant de savoir, que chacun l'admirait. Le comte en paila au prince, qui voulut le voir. La réception eut lieu pendant le tliner. On adressa au jeune homme plusieurs questions sur diveises matières .sérieuses, et ses réponses nettes, promptes, spiiiluelles, émerveillèrent les courtisans. Quelques-ims essayèrent de l'embarrasser; mais il se lira si bien d'all'aire, que l'étoiniement redoubla. Les auditeurs furent unanimes pour le déclarer un prodige.
Desportes lui témoigna une bienveillanci^ (ouïe parliculiéiv. Touchanl, abbé de bellozane, et Joyeuse, un des mignons du loi, lui firent aussi l'accueil le plus giacienx. Mais un obslaele essentiel empêchait qu'on lui accoidàl de sérieuses faveurs. Du < l'erron professait le calvinisme, pour lequel ses parents avaient ; souffert les persécutions et l'exil, lltant allé à Paris, après la ■ clôture des états généraux, il y obtint de grands succès en prononçant des discours publics. Celle vaine gloire cependant ne lui procurait pas le moindre avantage. Aussi Desportes voulut-il avoir un entretien avec lui.
« Qu'espérez-vous, lui dit-il, de ces applaudissements qui llattent vos oreilles? N'ambitionnez vous rien autre chose qu'une futile renommée? Vous êtes jeune, vous avez besoin de faire fortune, et vous n'y parviendrez pas, si vous n'abjuiez votre croyance. Moi-même, malgré luule mon aflécliou pour vous, je n'oserais soutenir un scliismatique. Laissez donc là ime opinion dangereuse, qui vous éloigne de la prospérité. »
Ces observations firent réfléchir le jeune Normand. Il lut, diton, des livres de conlroveise, et un beau jour il vint déclarer au poète courtisan que la lumière s'était faite dans son àme, qu'il voyait son erreur et était prêt à renier la foi de ses pères. La cérémonie eut lieu quehpie teuips après; pouvant dès
X\\l\ !■ III I ll'IT lii: sl'dl; I I s.
lol's le protr^jiM' s:uis se roiupriMiicl lie, I'Ii:Ii)]1m! |tcs|iiii les liivcoiiimaïKla clianilpiiiriil au souvfiain. Il n'oul cral)oi(l d'aiili'e foiu-lidii qui' lie ilislraiio li; |irinrc. Mais, ayaiil su olitoiiir SOS lioiuirs i,'ià('is, il Cul nnimiK'' son Inrlour onicici, avoi' ilouzo nuls (''("US ili' prnsion.
Un LliaiiyiMui'iil s'i'lait op.'K' clans iiulie auteur lui-iiirMio, depuis qu'il avait ln>ule ans révolus. Au lurnulle, aux ora^'os de. l'iiinoar succédaipnt chez lui les préoccupations de la poliliiiue et de rinlùrôt, on, pour inieux dire, ces louches visiteuses, qui, reléguées au second plan, n'avaient encore osé soilii' dt; l'ombre, vinrent se ))OSter à sa droili; et à sa gauche, comme d'avides et mornes conseillères. Desporles nous a explicpié ci>lte niétainoiphose, dans un soinict que nous devons repioduiie.romiiu' f.tisanl ])artie essentielle de sa hiograpliie.
Ci'llc fureur d'amour, île raison la luaitresse, Aveugle, iiiipatienio et fju'on ne peul cacher. Veiller, pleui er, jurer, s'apaiser, se fâcher, l.ellres, faveurs, rc-jards, ce sont tours de jeunesse.
.l'en ai fait le voyage, et faut que je confesse ijue jamais jeune cœur ne .se vit mieux toucher, Kt n'eusse jamais cru qu'on me pi'il arraclier -, l,'ai<;uillon qui, dix ans, m'a tourmenté sans cesse.
Mais six lustres si (At n'ont rnon Age borné, ijuc (lu chemin passé je me suis détourné, Tout lionteux que si tard j'aie été variahie;
Et dis. quand de quelqu'une à tort je suis repris : (c Qu'amour à l'homme m'r n'est que perli' l'I inépris. Au lieu (|Ue sa folie au jeune (.'sl prolilahle.n
Mais, si les iias>ioiis de Itespnrles se ealniaient avant l'àtio, celles de Henri III prenaient, an cnntiaire, \ine ndiense Intensité. Avec l'adiniraliiui des .ineiens, leurs lévcdlantes déh.inehes semblaient avoir jn is possession de la cour. Les sieurs d'O et de Yillequier présidaient à ers im[)iires saturnales, pourvoyaient le roi de sujets des deux sexes. Eux-mêmes parlat;eaienl les goùK infâmes du prince, l'our s'y livrer sans obstacles el sans ti'moins, Henri III avait at'heté une maison de camjiagne isolée, a Ollainville prés d'Arpajon '. C'était son parc aux cerfs, oi'i il allirait les jeunes gens que distinguaient leurs avantages exlt''-
' Le monarque y bâtit même un château ; Il avait acheté la maison soixanle luille livres, du trésorier .Milon Voyez. l'Esîoilc, la C.unfn<io)i de i^nnni. les l'rnqiques. . . -
l'Illl.ir'r'F, DF.SrORTES. xwv
l'ipui's el surloul leur gvAce fûmiiiino. D'Aubigiu- peini ces lionloiix caprices on lermcs lnùlants comme nn fer chaud :
si liieii (jn a la inyalo il \ole des enfanis,
l'oiir s'écliauHi.'!' sur eux à la Heur de leuis ans,
Incitant son amour, autre que naturelle.
Aux uns par la beauté el par la grâce belle.
Autres par l'entregent, autres par la valeur;
Kl la vertu au vice hàle ce lâche ca'ur.
On a des noms nouveaux et de nouvelles formes
I'o:u- cniitie et déguiser ces passe-temps énormes ' . *
Ht le pocte, coiitinuanl sa descripUon en termes que nous ne ()ouvons reproduire, atteste qu'on employait, pour corrompre les jeunes victimes, les promesses, les menaces, les dons et la violence. Imitant mt^me la démence de Néron, le prince épousa plusieurs de ses favoris, entre autres Quélus et le Grand de Belle^'arde; les coulials furent signés de son propre sang et du sang d'O, (jui assistait comme témoin. Dans sou cahinet, à Paris, idusieuis femmes succombèrent à ses atlentals, que d'ignobles (n'rconstanccs aggravaient encore. Le meurire d'aillein-s se mêlait an libertinage, le crime assaisonnait la voluiilé.
Kn irj77, à Poitiers, dans le cb.Ueau royal, nue scène tragique rappela les forfaits des em])ereurs romains. 1-a dame de Villcquier ayant médil du prince en public, ou même, sttivaut l'F.sloile, lui ayant lefusé ses faveurs, quoitpie du reste elle n'en fiil point avare, et qiu; son mari, comme tant d'autres à celte épo- (pie, ne blaitiAl point ses mo'ins licencieuses, sa mort fut résrilue entre le digue |iersonnage et son auguste rnaitre. Un jour donc, Villeqnier enire chez elle, an moment qu'elle sortait de siui lit et qu'une de ses caméiistes lui tenait le miroir pour l'aider à se friser. Il lui repro(die ses excès, l'accuse d'avoir voulu l'empoisonner, de concert avec un amant, puis se jette sur elle, quoiqu'elle filt enceinte, et la poignarde. Quand on examina le corps, on trouva qu'elle était grosse de ileux enfants. Nidic pomsuite ne fut exercée contre le scélérat : il obtint même sou pardon avec imo facilité qui rendit évidente la secrète approbation du roi. l'eu de temj)s après, en i:>'{), Henri le nomma gouverneur de Paris et de l'ile-de-l'rance.
Un manuscrit de la bibliothèque impériale - prétend que l»esporles aida le souverain dans une mie lionne piirlie de ses (/iiltin-
' Les Trnuiqiies, par d'Aiibigné, p. 102, éditioji Lalaune. - Anecdiili's tirées de tu lnmche de dieers grands pennnnaije^ el nnUimineiit df if. le Chmieelierdii Vuir. recueil de |)upuv, volume fifil.
XXXVI IMIILII'PK rtESrORTKS.
/tries. Celle impulalion d'un aulcur aiionyine ne mérite p.T une pleine confiance. Mais, s'il est douteux (pie le )iùële faciliUU (liicctfincul ii's |il:iisiis du priiiro, il est posilifipie iiirini! son iihertiiiat;!' conlic natiiie ne lui inspirait ni colère ni dé- <,'Oùt. Ses poèmes ne laissent, à cet égard, aucune incertitude. Nous l'avons déjà vu llalter la coquetterie herniaplirodite du roi trés-clirélien. Le duel célèbre, où périrent Qnélus et Maujjiroii, lui donna lieu de manifester puMiiinernent son e.\tiénie indulgence pour les goûts lénéhreux de son seigneur et niaitre. l.'élégie intitulée : Aventure secomle : Cléophoii ', nous dépeint en phrases ])oéliques cette lutte sanglante.
I,e 20 avril lo78, Quélus, mignon du roi, el le jeune d'I'nlragues, appartenant à la faction des Guises, ayant eu un léger déliât dans la cour du linuvrc, prirent rendez-vous pour le lendemain matin. A cinq heures, ils se trouvèrent sur le marché aux chevaux, qui occupait le terrain actuel de la l'iacc-lloyale. Ouélus était accompagné de Maugiron et de l.ivarot; d'Entiagues avait amené au combat deux ligueurs, Riberac el Sclionibeig. Ils en vinrent aux mains avec tant de fureur, que Maugiron et Schomberg restèrent morts sur le champ de bataille; Uiberac traîna jusqu'au lendemain; Livarot demeura six semaines couché; l'irascible Quélus, premier auteur du duel, reçut dix-neuf coups; d'Entragues, le plus heureux, en fut quitte pour une égraiignure. On lransi)orta Quélus dans l'hôtel de Boissy, peu distant du lieu fatal. Le malheureux languit trente-trois jours. Le roi ne quittait pas sa chambre; il aidait à le panser, il le servait de ses propres mains. Ecoutons Desportes :
Ce grand roy le console, el, d'un plaisant langage, Voile de son ennui, lui remet le courage, Voit de ses coups divers sonder la (irofondeur, Kl, pour le secourir, met au loin sa grandeur.
Nul divertissement sa douleur ne déçoit; Des yeux ni de l'esprit le somme il ne reçoit (Tant cet ennui le poini), donne, promet el prie, N'estime rien trop cher pour raclieler sa vie: H'aulour de son clievel il ne se peut bouger, El de sa blanche main il lui donne à manger.
Il avait fait tendre des chaines daiisla grande rue Saint- \ntoine, de peur que le bruit des charrettes ne l'imporlunât et ne lui fùl
' Dans (|uelques éditions de Desporles.dans celle de 15.87 noiammciil, on a mis celte nvenlvre la première; c'est une erreur évideulr.
l'HILll'l'E DKSPORTES. XXXVII
nuisible. Au pauvre moribond, il pronieltait cent mille écus; aux chirurgiens, cent mille francs s'ils le sauvaient. Mais, après avoir langui trente-trois jours, il expira sous les yeux du prince. « II mourut, dit l'Estoile, ayant toujours en bouche ces mots, mèmeentre ses derniers soupirs, qu'il jetait avec grande force et grand regret : — Ah! mon loy ! mon roy ! — sans parler autrement de Dieu ni de sa mère. »
Le prince baisa les joues glacées des deux mignons, fit couper leurs blondes chevelures pour les garder; il ota de sa propre main les pendants d'oreille qu'il avait donnés et attachés lui-même à Quèlus. On exposa leurs corps sur des lits de parade, et toute la cour eut ordre d'assister à leurs funérailles. Le prince s'enferma pendant plusieurs jours, permit qu'on lui adressât des consolations, comme s'il avait perdu sa mère ou sa femme. De splendides tombeaux, élevés dans l'église Saint- Paul, reçurent les défunts, tombeaux ornés de statues, détruits plus tard par les ligueurs. Ronsard, Desportes et Amadis Jan- | myn ' furent chargés d'expi'imer en vers le deuil du roi. Outre le \ morceau dont nous avons parlé tout à l'heure. Desportes en . écrivit trois autres qui offrent tous les caractères d'une galan- > terie équivoque. Le poète loue ces jeunes gens comme on louerait des femmes : ce sont les termes, les images que l'on emploie ordinairement pour peindre un amour licile. On attribue à Desportes l'invention ou la naturalisation dans notre langue ' du mot pudeir; il faut convenir que ce mot charmant a eu là un singulier patron.
Peu de temps après, le 21 juillet de la même année, Sainl- Mégrin, autre mignon du roi, qui avait séduit la duchesse do Guise, ayant été assassiné, par l'oidre du mari, au moment où il quittait le Louvre, le prince désira que son poète officiel /• lui rimât une prière pour ces trois victimes bien-aimées. 11 la ' lit écrire dans son livre d'heures, apiés l'office des morts.
Donne que les esprits de ceux que je souspire, N'esprouvenl point, Seigneur, ta justice et Ion ire; Fay leur p.Trt en ta gloire, ainsi qu'à tesesleus; Cancelle leurs péchés et leurs foUes jeunesses, El reçoy, s'il te plaisi, en suivant tes ))romesses, En ton-sein Maugiron, Saint-JIesgrin etQuelus -.
< Voyez les vingt-quatre sonnels de celui-ci dans le Jvunuil de Henri III par l'Estoile.
2 Trois ans auparavant, Desporles avait chanté un autre mignon de j Henri 111, Louis du Gast, que le duc d'Alenfon et Jlarguerile de .Navarre ; avaient fait assassiner le si octobre 1.57.1. t
xxxvm l'iiii, I l'iM, ni.si'di'.TKs.
Ainsi lo priiico unissait iiiifi iiiiHi'-nppareiilf' au libci iiii;i;4(^ le pins iminoiuio; ilcipinandail à Dieu lrsf;loiios do son diaslo jiaradis pour d'i'(lV(jntrs C.aiiyiiii'dos. I.'anienl r:illioli(|up, lo priiu'ijial insligat(Mn- de la Sainl-lîarllii'loniy, profanait sans pudoiirlcs inysit'res dn cotte roli^'ion (jn'il avait voulu lairo Iriomplior par 11' meurtre. Le passé, il l'aut bien le reconnaître, a ),'onéraleinenl de tristes i)rolcclouis. Ces honunes corroin|)us, qui soutiennent la cause de la mort, semblent porter en eux-mêmes la putréfaction des cadavres, ^'élait-cc pas du sein d'une abomiiialile dépravation que les enii)ercnrs romains calomniaient ot persécntairn! les apôtres de l'r.vanyile? Vous voyez quelles infamies étalaient au fjrand jour les modernes cliani|)ionsdu fanât isme. Le dix-huitiéme siécli; nous a montré toiis les vieux pouvoirs plongés dans la boue, avant que la révolution les couvrit de ses flots vonyeurs, purifiât la société de son déluge expiatoire. Aussi t|uand les chefs do la routine, les conservateurs du mal, les princes des ténèbres succombent enfin sous le poids de la raison et do l'écpiilé, leur chute inspire une joii; sans mélançfo. Leur caractère étant aussi vil que leur intelligence est méprisable, que ponnait-on regretter en eux? Leurs sépultures sont ifinfecls charniers dont on s'éloigne avec dégoût, tandis que les pieuses fleurs de l'attendrissement et du souvenir parfument les tombes des héros, des penseurs et des justes.
La mort des trois mignons ne porta aucun préjudice à la fortime de leur complaisant j)anégyriste. Anne, vicomte do Joyeuse, et la Valette, tous deux issus de grandes familles, les romjilacérent dans l'alcôve du roi. le piemier snitout exerça bientôt une influence irrésislihio. L'année mémo où avaient |)éii ses trois jirédécesseurs, lors de l'institution de l'ordre du Saint-Esprit, on décembre lolS, le prince voulut qu'il portât un vêtement de même couleur et de mémo forme que le sien. Trois ans après, il lui fit épouser Marguerite de Lorrainc-Vaudemont, sœur rie sa propre- femme. Les réjouissances dureront dix-sept jours et coiitérenl ime somme qui vaudrait à notre époque trente millions. Or c'était un jeune homme doux, sidrituel, afTable et généreux. Son caractère et celui de Desportes ayant beaucoup d'anabc gie, leurs relations dovinronl promplernent très-amicales. Ce fut alors que l'étoile du voluptueux rimeur atteignit son point culminant. Le favori, créé duc et pair, lui demandait avis presque eu toute chose'. Il lui donna, au rapport de Balzac, une abbaye
' Tallfpiianl ites Hi'miix.
rniLirrii dkm'ou i ts. \.\.vi\
pour un sonnet '. Ce lui sans (Joule ;i l'époque de sou niaiiayc, où Ronsard et Baïf, ayant composé des vers destinés aux niascarai'^s, jeux et tournois de la fêle, comme Uesportes liii-mèinc, re(,'urent chacun du roi deux mille écus, outre les costumes splendides que leur avait offerts le jeune seigneur. L'abbaye pour un sonnet devait être celle d'Aurillac, échangée plus tard contre celle des Vaux deCernay. En lo8'2, le souverain y ajoula l'abbaye de Tiron, au diocèse de t harlies, qui rapportait neuf ou dix mille livres de levenu. L'année suivante, l)es|iortes obtint un canonicat de l'église de Chartres; mais, comme ce Lé- I néficc l'obligeait à la résidence, il aima mieux l'abandonner. ^' On le nomma, en compensation, chanoine de la Sainte-Cha- 1 pelle. Le 15 février 1o89, le prince lui oclroya encore l'ab- ". baye de Josaphat, au diocèse de Chailres. Mais le cadeau le plus ' inqiortantdc Henri Ili, ce fut l'abbaye de Donpoil, située sur la > live gauche de la Seine, dans la hante ^ormandie, à trois lieues de Rouen. Celte maison rapportait au dix-luiiliémc siècle vingt mille livres de rente.
.^otre poète reçul-il les ordres'/ Cela me parail douleux. I.p> statuts du concile de Trente exigeaient, ii la vérité, (|ue tout laïque pourvu d'une abbaye en comniendc se lit adjoindre au coi])s ecclésiastique dans l'aimée de ses provisions, s'il ne voulait encourir la déchéance. 1 e Saint-Siège toutefois dispensait aisément de la prêtrise. Les revenus des monastères allaient ainsi , hors du cloitre, servir aux passions les plus mondaines. Les jolies filles recevaient une bonne part des écus pio- \euantdc pieuses fondations, l.esgi'asses prébendes deDesitortes versaient chaque année dans sa caisse trente mille livres ijui, | de nos jours, en vaudraient cent mille *.
' Apivs avoir racoiilé ce fait dans ses Enhelie/ls, Balz.ic .ijuule: «Dans celte inêiiie cour où l'on exerioil de ces liliéralités, où l'on taisoit deces fortunes, plusieurs poètes étoient morts de faim, sans compler les oraleurs et les hisloriens, dont le destin ne fut pas meilleur. Dans la ni.'me cour, lorqualo Tasso a eu besoin d'un écu et la demandé par auimine à une damt de sa connoissance. Il rapporta en Italie riial)illemeMt qu'il avoil apporlé er. l'rance, après y avoir fait un an de séjour. Et loulesfois je m■a^sure qu'il n 'y a point de slance de 'l'orquato Tasso qui ne vaille autant, pour le moins, c(ue le sonnet qui valut à Desportes une aljbave »
- Nous adoptons le chiffre de liégnier, mais talleinant des l;éaux d t quar.uile mille. \o'i'7, la satire neuviiine de firt.'nier, ver.î tOi. Du Verdier. dans sa BiMtotliCjve fntiirohe, nous donne quelques détails lelalivenjenl aux faveuis qu'olileuait Desportes: «Et n'a-l-:l pas eu ces liénétices par \.icance ou mort des abbés; ains par la résignation qu'ils en ont faite entre le-! nraiiis de Sa .Majesté, ipii leur a donné lécouqjcnse plu.s grande, aliii de !■■ pourvoir selon son désir. »