‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 4 sur 150 · XL :■ III i.ii'i'i; DK.si'ouiiis · texte numérisé non relu

XL :■ III i.ii'i'i; DK.si'ouiiis

('.s fui alors sui Imil (ni'il iiicii,i celto graiult; twi^liiicc, .nliniiro cominfi un |iroili^M' |uir l(>s aulcurs i'Oiil('iii|ii)iiiin.s cl ;i laf|iu'lle il Ips associait gcnércuseinciit. Sa lahlc, riclieiiiciil. sci'vic, leur était toujours ouverte; ils puisaient dans sa bourse, les pauvres désliêritcs, qui n'avaient pas su, comme lui, remjilir leur escarcelle. Il faisait aussi libéralement les lioinieuis , (le sa vaste bibliothèque. « ISul ne surpassait la délicatesse, l'opulence de ses festins, nous dit Scévole de t^ainte-.Marllie ; nul ne prit plus de soins, ne lit )i!nsde (lépenscs pour réunir une lolleclion de livres; nul n'étala une ]dus grande sonipluosili' dans le train de sa maison '. » Admit abic causeur, il animait, il égayait l'entretien. 11 semble d'ailleurs avoir détesié les ba- %ar(ls prodigues de mots et vides de pensées. Le maréchal de lietz, qui passait pour un grand politique, lui déplaisait par son insignifiante conversation; il lui reprochait de parler beaucoup sans rien dire -.

Obligeant et affecteux, Desporles se servit de son influence l>our améliorer le sort des écrivains; il leur faisait obtenir des places lucratives, des bénéfices, des pensions, des avantages de toute nature. Vauqnelin de la Fresuaie lui dut l'intendance des côtes de la mer, qui lui fut octroyée par le duc de Joyeuse, nommé grand amiral de France '. Non content de lui avoir ainsi procuié une belle position, il voulut pousser plus loin sa fortune et lui éciivit dans ce but mie lellie curieuse, dont son obligé lui-même nousolfre l'analyse. Une- satire de sou livre 1" n'est en eflel qu'une réponse à la missive et aux propositions de l'adroit négociateur, que précède un résumé de son billet.

Desporles, dont la discrète prudence Ites plus prudents la prudence dev.iiice,

vous me dites que je devrais trouver moyen de présente!' au

I Niilliis eiiim euni vel liospilalis niens;e lilieralilius epnlis, vcl insl.iiirandiC bibliolliecse suni))lu et studio, vel oniiii deniqiie civijis \ila; splendore superavil. (Elofies des hommes !lliislres,\. V.)

- Vovez les noies de I.eni;lot Dnfiesnoy sur le pamphlet intitulé : Bihtiollifijiie lie iiuidame de Montpemier (iôST). Les diners de Desportes sont tlialouieuseinent déciils par Jacques de Montèrent, dans le Tomheuu, que nous reproduisons à la tin du \olume.

•'' La Fresnaie explique tout au long dans ses œuvres (derni-re satire du livre r')ce service que lui a rendu notre poêle :

Sa f.iveur vint de la bienveillance Que Desportes porloit aux bons dés sa naissance. J'aimerois beaucoup mieux pouvoir m'en rev iriclier l'ar <|Mnlques bons elt'ets, quf ses vertus prescher.

l'IllLll'l'K DESi'Ûin t S. XLI

roi les beaux vers jusqu'ici renfermés dans mes lin)irs; que. si je veux, vous ine ferez mander par un seigneur de la coui', le- ((uel, sous le prétexte du bien public, se cliargera de m'iulroduire, jiarlera de mes faits d'armes, des seivices de mon péie sous les drapeaux. Saisissant l'occasion, vous ajouterez que je suis eu outre un habile rimeur.

Car, dites-vous, qui seulemeiil se dit Esire poi'ie, il perd tout son crédit.

Estant lenu comme une Rirouette :

En cour n'est qu'un esIre fol eu poêle. M:iis Ceinilre faut qu'on n'y prend point plaisir Si lu pulilic 1 n'en donne le loisir.

« Vous ajoutez, poursuit Vauqueliu de la Fresnaie, que je connais nombre de seigneurs, qui tous me viendront en aide, nie feront nager dans le bien-être et obtenir des commissions; n'y en eût-il pas à distribuer, on en inventerait. 11 faut avoir perdu le sens poiir blâmer ce système commode usité au delà des Alpes. Ne voit-on pas tous les jours des notables de Paris puiser à ces sources abondantes de richesse'? Les uns vendent les biens communaux et les landes; les autres alferment des bois, trafiquent sur la coupe des forêts, sur les entrées, sur les impôts. « Cela remplit les bourses vides, » et, comme je suis en province, que je pourrai diriger les opérations, mes coffres se rempliront d'autant plus vite. Vous terminez par ces remarques :

Qu'il vaut bien mieux esIre marteau qu'enclume, Quand à mal faire un chacun s'accoutume. Et que combien qu'exerçant mon estât, Je puisse encor toucher quelque ducat Avec honneur, pourtant c'est peu de chose Au prix du bien qu'en la cour on propose, ^ Et qu'en peschant dedans une grande eau, ~ On prendra plus qu'en un petit ruisseau. »

A cette morale du succès, du lucre et de la jouissance, Vauquelin lui opposait la modestie de ses désirs. Sa ])lace lui fournissait abondamment de quoi vivre, lui assurait l'estime du monde : il aimait d'ailleurs la nalure, il craignait les intrigues de la cour. Bref, il aimait mieux se contenter de moins et ne pas aventurer sa barque sur des Ilots orageux.

Celle épilrc importante nous montre qu'il y avait au seizième siècle des hommes d'affaires, comme de nos jours; qu'on sj^é-

' Les affaires publiques.

Xl.ii l' lin. Il',' I. im;m'(ii; i i.s.

cillait j ii'llc (■•|iii.|u ■ Mir li's ilomccs, sur les naliollcs, sui' Irs loiros, sur les lomiiilmcs faites au f^ouvci iiPiuciil. Dospoitcs «■'lait expoit Jaiis en Iralic, et, par iiilùirt pour les cirivains, ciieii'liaK à les enrôler paiini les agioteurs.

Il semlilait avoir adoiité comme ré^le de coiuluile les avis moqueurs exprimés dans le Poêle coiirlismi, de J(iacliiin du l'icUay :

M:iis qui des grands seigneurs veuf acquérir la grâce,

Il ne faut que les vers seulement il embrasse :

Il faut d'aulres propos son slyle déguiser

l".l ne leur f.iul toujours des lettres deviser.

liref, pour être en cet art des premiers de Ion âge,

.Si tu veux finement jouer Ion ])ersonuage,

linlrc les couiiisans le savant lu feras,

lit entre les s.ivaus courtisan lu seras.

Cl' fiisMul, lu tiendras le lieu d'un .Aristarque,

Kt parmi les savants seras comme un monarque.

Tu seras bienvenu entre les grands seigneurs.

Desquels tu recevras des' biens et des honneurs.

Et non la pauvreté, des îluses l'iiêrit.ige,

Laquelle est léservée à ceux-là en partage

Qui, dédaignant la cour, fâcheux et mal |dalsatil.«.

Pour allonger leur gloire accourcisseiit leurs ans.

Pu Bellay eût voulu peindre Desportes et ses habiles façons d'agir, qu'il n'eut pas employé d'autres termes. Son succès, comme pocte, avait clé très-rapide.

Il fut tout aussitôt reconnu par la France t" n foudre de bien dire, un torrent d'éloquence. Et, brusquement porté sur l'aile de ses vers, bu clair bruit de son nom il remplit l'univers.

nous dit en assez bon style Jacques de Montereul. Ses œuvres eurent un grand nombre d'éditions pendant sa \j;g. Celle de loSSestla (iremière qui offre son troisième recueil de sonnets "alanls, publié sous ce double litre : Clro'iice, Deniièrcx Amours. Le poêle avait juré trop lot que la passion ne l'enlrainerail plus; il s'éprit encore d'une grande dame, et, comme elle lui tient la dragée haute, il recommença de plus belle «es langoureux gémissements. Son ardeur ne laissait pas de lui surexciter l'imagination.

Je laisse au pliilosoplie et aux gens de loisir A mesurer le temps par mois et par journées; Je compte, quant à moi, le temps par le désir.

CoUctcl, ilans sa Vie de Ronsard, incLcnd que la dame chan-

l'iiiLiri'L I)E>i'oi;tls. xi.m

lée sous le nom de Cléonice pounail être llùlietle de Vivonnc d(! la Cliasiuigneraie. Du liadiei- fait valoir celle hypothèse et nous donne quelques renseignements sur la jeune lillc. Son père était Charles de Vivonne, baron de la Châtaigneraie, qui avait pour femme lîenée de Vivonnc, sa parente, llélielte épousa, le 10 juillet l.'>î:0, louis de Montheron, seigneur de Fontaine-Chateaudray, et mouiut en 16-2o. Le sonnet de Ronsard, joint aux Amours de Cléonice, semble la désigner d'une manière évidente. Un sonnet placé à la fin des Amours diverses porte aussi son nom. Pourquoi dans ce morceau très-vif le jioële n'at-il pas employé le pseudonyme? C'est ce que je ne saurais deviner. Plusieurs passages prouvent d'ailleurs que ces opuscules s'adressaient à une femme mariée, avec laquelle Desportes enlietenait un commerce platonique, l'n homme si lin, si positif, s'était laissé prendre à une affection idéale, qui devait, lout au plus, lui valoir de temps en temps un coup d'œil, un serrement de main. Que voulez-vous? Il était poêle et il imitait Pétrarque. Et puis il n'avait sans doute pas prévu qu'il trouverait une si énergi(|ue résistance. De là ses pleurs véritables et celte ode mélancolique placée à la fin des sonnets.

.\ilieu, chansons, ;iditu, discours, .4dîeu, nuils que j'appelois jours, En lant de liesses passées; Mon cœur, où logeoient les amours, N'est ouvert qu'aux tristes pensées !

Les Œniics chreslicnnes de Desportes sont généralement regardées comme un produit de sa vieillesse : on les confond à cet égard avec les psaumes, dont les soixante premiers parurent en 1592, chez ilamert Pâtisson. Mais, quand on suit chronologiquement les travaux du poète, on voit qu'il a eu en touttempsde pieuses inspiralions. l'és l'âge de vingt-quatre ans, il avait touché la harpe sainte; pendant ses jours de bonheui- et d'ivresse, il la relé"uait dans un coin, pour la reprendre aussitôt (jue la fatigue et l'ennui voilaient à ses yeux les riantes perspectives où se complaisait d'ordinaire bon imagination. Plusieurs morceaux religieux, qui terminent l'édilion de lo'O, manquent à l'éditioii

M,iv l'ii 1 1,1 l'i'i', i)i:siMu;riis.

ilo 1,">"r». D'.innrc m ;iiiiu''(! le ]ioûlc auyiiiculail son pieux recueil. C'élail la moilc alors de mêler la (.lévolioii à la licence, le lannlisine aux orgies; ou alVectait inèuie U^ Iil)erlinage, aliu lie SI' iiiellre eu oiiposition avec la rigidité luolcslaule '.

Ainsi nous lisons dans le Joiiiiiiil de l'Ksloile que, le r>l octoln'c loSo, le roi s'en alla cIkîz ses coiifrcirs les lliéronymites de Vincenues, pour célébrer avec eux la Toussainl, faire ses i)énitences et oraisons sous les auspices des moines. Le derniei' jour du mois précédent, il avait eu la fantaisie de moutei' en chaire, de leur adresser une exliorlalion. Ouel(|ues jours anparavaid, c'était Pesportes lui-même qui, à l'iustigalion du roi, leur avait déhilé une liumélio -. Voilà de heaux iirédicaleurs, en vérilé, poui' soutenir les àmrs chaiK rlanles, |inii(ier les cœurs et aplanir les voles du salut!

de prince dévot, qui s'était llagellé en inililic, faisait dans les rues de Paris de véritables bacchanales. Pendant les jours gras de 1">S'2, escorté de son frère, le ducd'AIcneon, et de leuis intimes, il elTraya la populeuse cité de son brutal dévergondage. 1-es hoiuirtcs compagnons, déguisés en marchands, ]irèlres, avocats, brel', portant des costumes de toute espèce, mas(iuès d'ailleurs et moulés sur des chevaux, parcoururent la ville, biide abattue; ils renversaient les uns, frappaient les autres de perches et de bâtons, i)rincipalement ceux qu'ils rencontraient la ligure masquée, le roi voulant avoir ce jour-là le privilège du masque. Ils se précipitèrent ensuite au milieu de la foire Sainl- (lermain, s'y livrèrent à mille insolences et rôdèrent toute la nui! juscju'au lentlemain dix heuies. Ils raccolaient en chemin une foule de mauvais garnements.

l.a même année où Henri III admonestait les llièronymilesde Vincennes, le digne monarque avait en un autre caprice. Chose étrange! il s'était passionné pour le bilboquet au point d'en jouer partout, même dans les rues. Voulant le llaller et lui

< rireiix du l'.adier, article du Conservateur.

2 Journal de Henri III, par llîsloile. l'aima Caycl, dans le livre I" de sa Ulrnnolofjie iiorenuire, nous donne des renseignements curieux sur cet ermitage du bois de Vincennes : « Le roy avoil faict faire dans le parc du bois de Vincennes, autour de l'église des Minimes, plusieurs basiimens et oratoires pleins de riches tableaux, d'ornemens d"é;,dise, reliques, croix, saincl?, calices et chandeliers d'or, d'argent et de Ciistal,avec des armoires pleines de jjlusieurs habits d'escarlaUe rouge et violeUe, de bréviaires, d'heures el au'res livres d'église qu'il avoit f lil imprimer. Bref, c'esloit le lieu on il esperoil faire d'ordinaire sa solitude avec les llieronymiles, ou confrères de Noslre-Dame-de-Vie-Saine, que l'on nouune Vincennes, lesquels faisoienl le service dans la haule église des Minimes. »

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