‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 39 sur 150 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Ailleurs on ne la cognoist pas.

Car quel ordre et quelle conduilc De voir en ténèbres réduite l'nc beauté digne des cieux?

F.t qu'ainsi soit vive enterrée Celle qui deust estre adorée De tous ceux qui portent des yeux ?

.\ux ours et aux tig-res sauvages, Il faut des treillis et des cages Pour les garder d'estre nuisans :

Mais la rigueur est trop extrême, Qui traite une beauté de mesme Que les animaux mal faisans.

Que n'ay-je tes guides lidelles, Tes passes et tes colombelles, F,t ton char, divine (Appris, Afin qu'en despit de l'envio Je peusse voiler à ma vie F.t au lieu qui dot mes espris !

Mais sans fruit j'invoque en ma paine Des amours la mère inhumaine, Recours peu fidèle aux amans :

Le ciel est sourd à mes complaintes, Et toutes ses deitez saintes ^'e sont que vains amusemens.

La l'arque, aux traits inévitables.

Seule est propre aux maux incurables :

Vien donc, ô palle deité !

Tu n'as autels ni sacrifices :

Mais, si tes dars me sont propices, Mourant, je loûray ta bonté.

Mary jaloux, qui me defens la vm" De la beauté si bien peinte en mon co^ur, De tes fureurs mon désir prend vigueur, Et mon amour plus forte continué.

Plus une place est chèrement tenue.

Plus elle acquiert de louange au vainqueur : Plus tu seras vers moy plain de rigueur. Mus je rendray ma constance connue.

Quand on ne peut un cœur froid allumer, Il faut sans plus luy défendre d'aimer : Tout aussi-tost le voila plain de flamme.

Donc, si tu veux vivre bien asseuré,

88 niA?ir.

Krnno los\onx, ne n:\vt\o poini l:\ l'piiimc : 1,0 liicii p(>riui> rst Ir nidiiis ilchiré.

.roxnisc lo ninry do roUo (pii m'a pris D'osiro si (leliaiU, de u'allor point sans olle : Jo voudroy doux cens yoiix, do pour d'osirn siirpris, Si j'estoy jiosscssour d'iino cliose si Jjollo.

1.0 gouverneur d'un tort, vigilant et fidollo, Jamais d'un long sommeil n'assoupit ses ospris : Il s'éveille en sursaut, change de sentinelle, Et craint toujours qu'on ait sur sa place entrepris.

Le niaudil usurier, qui sa richesse adore, Sont, (lès qu'il on est loin, qu'un soucy le dévore Et que mille glai;ons le transissent de peur.

lié ! qu'est-ce qu'un trésor, ou qu'une forteresse. Auprès de la beauté qui fait vivre mon cœur 1 Son niary fait donc bien gardant telle richesse.

D'où vient qu'une beauté, qui m'est toujours presenlo .Au cœur et en l'osjjrit, n'est présente à mes yeux'? Et comment fait le ciel, de mon aise envieux. Que sans vous, ma douleur, tant d'angoisses je sente'.'

Plus je suis loin du feu, plus ma (lamme est cuisante. Et mes bonillans désirs plus chauds et furieux : Et n'y a bois, rocher, ny distance de lieux. Qui serve à me sauver d'ardeur si violante.

Tu peux luire à ton gré, soleil d\i firmament. Pour les antres mortels, mais pour moy nullement : Ma nuict dure tousjours loin de l'œil que j'adore.

Je voudroy que le ciel me permist sonnneiller. Durant si longues nuicts qui cachent mon aurore, Puis qu'après son retour il me fist réveiller.

Junon, royne des dieux, de courroux toute plaine. Ainsi que le despit la faisoit enrager, Alla jusqu'aux enfers les Fureurs déloger. Allumant leurs brandons contre Inon la Thebaine.

Une déesse, helas ! beaucoup plus inhumaine. Sans descendre aux enfers pour de moi se vanger. Me poursuit, me tourmente, et mon ame mal saine

Par cent cl rrnl fnrrurs elle fait outrager.

La misérable Inon, d'Atliamas pourchassée. Portant son fils d'un bras, espercluë, insensée, S'élanea dans la mer et noya ses douleurs :

Et moy, lie vos courroux fuyant la violance, Et porlant sous le bras ma débile espérance, Troublé, je me submerge en la mer de mes pleurs.

Puis que, pour mon malheur, ceste unique beauté, Que j'aime uniquement, fait aimer tout le monde, Il ne faut pas penser que l'angoisse profonde. Qui s'ancre en mon esprit, perde sa cruauté.

Je suis transi de froid au plus chaud de l'esté, Tant la crainte en mon cœur d'un pié-ferme se fonde. Le soleil me fait peur, le ciel, la terre et l'onde. Les vens, les Heurs, les bois, l'ombrage et la clarté.

Las! si pour la voir telle, une aspre jalousie Doit posséder mon cœur comblé de frenaisie. Faites pour mon salut (6 pitoyables dieux!)

Afin que la fureur de ce mal diminue, Que ceux qui l'osent voir soient privés de la veuë. Ou, pour ne les voir point, que je perde les yeux.

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