‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 38 sur 150 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

L'air est encore amoureux d'elle,

Le ciel rit de la voir si belle,

Et moy j'en augmente mes pleurs.

Les champs sont verds, et le boccage Se pare de jeune feuillage, Les prez ouvrent mille trésors ; Et moy, despoûillé de ma gloire, Je n'aime couleur que la noire, La portant dedans et dehors.

Des oiseaux les bandes légères, Renforrans leurs voix ramageres.

Donnent l'ame aux bois et aux champs : Leur doux bruit reveille ma peine, Et les plaintes de Philomene Me sont au cœur glaives tranchans.

Les oiseaux cherchent la verdure, Moy je cherche une sépulture Pour voir mon malheur limité :

Vers le ciel ils ont leur voilée.

Et mon ame deconsolée Se nourrit en l'obscurité.

Ores l'amant sent, dedans l'ame.

Pleuvoir des beaux yeux de sa dame L'espoir, qui plus doucement poind :

Et l'œil dont je pleure l'absance M'a privé de toute espérance.

Las ! j'ai crainte et n'espère point.

Ores les animaux sauvages Courent les champs, bois et rivages.

Comme Amour les rend furieux :

Mais le regret qui me transporte D'une pointe encore plus forte.

Pressant, me poursuit en fous lieux.

Or' on voit la rose nouvelle Qui se découvre et se fait belle, Monstrant au jour son teint vermeil :

Où, las! mon pallissant visage Se seiche en l'avril de mon âge, Privé des rais de mon soleil!

Or' on voit d'une tiède halaine, Zephire esmouvoir par la plaine Mollement les bleds verdoyans • Et moy je couve en mon courage Des soupirs, qui font un orage De cent mille Ilots ondoyans.

0 belle jeunesse du monde !

diam;.

Dos (Ipsii's la soiiiLC t'ocondc, .Mi'io lies iKuivollos amours, Do loul l'univers roconnui", Quo 1110 sort la donoo vonuo, Si mon liyvor iluro lousjours?

Iloyiio dos llours cl do l'aiinoo, Toiisjours )ioiiipouso et oouroniioo, Doux soûlas des cœurs oppressez ; Par loul où les grâces arrivent, Les jeux et les iilaisirs le suivenl : Les miens, où les as-tu laissez?

Quand je voy tout le monde rire, C'est lors qu'à part je me retire.

Tout inonio, on quolipio lieu caché :

Cotnnio la veufve liiMrloi<'11i\ Perdant sa com]iagno fidollo, Se branche sur un tronc seiche.

Le soleil jamais ne m'esclaire, Tousjours une erreur solitaire Couvre mes yeux de son bandeau :

Je ne voy rien que des ténèbres, Je n'onten que dos cris funèbres, Je n'aime rien que le loinl)eau.

La France, en partis divisée.

Sent enfin sa rage accoisée Au doux lenimenl d'une paix :

Las! pourquoi l'ay-je souhaitée.

Si la guerre est plus irritée Entre mes pcnsers que jamais?

Pensers qui font dedans ma teste Un bruit estrange, une lempcste, Et dressent cent mille combats :

Mais quoy qui gaigne l'advantage, Sur moy seul tombe le dommage Et la perte de leurs débats.

I,as ! qu'Amour me rend misérable 1 Las! que la joye est peu durable; Las! que constante est la douleur :

Que du sort la roue est légère, Que l'espérance est mensongère, Que l'homme est sujet au malheur!

Non, non, sous le ciel de la lune, Tout va comme il plaisl à l'ortnne, Elle seule est royne icy bas :

S'il y a quelque providence.

Au ciel elle a sa résidence.

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