L.Wlll
\ux plus rudes assaux d'une aspre maladie l^iicor que mon esprit soit foiblc et lan£,nùssanl, Privé du doux objet qui l'alloit nourrissant, Sa chaleur toutesfols n'est en rien attiédie.
Car vostre belle image, amoureuse et hardie, l'ar un portail secret au secours s' avançant, [/alimente, l'eschauffe et la va renforçant, .\vant que sa vigueur puisse estre refroidie.
l'ourtant, ne douiez point, 6 ma chère douleur ! Qu'absent, troublé, malade, ou par autre malheur, Vostie lieaulé divine en mon ame s'efface.
Car tant plus le destin me combat par dehois, l'ius mes loyaux pensers au dedans se font forts. IS'^oliis de iiinurir pour vous iij^arder la place.
LXMV
Si r;iiii<mrd(> ma foy rend vostre ame crainli\p, lidutant que ce vouloir, qui jadis m'a brûlé, Par le temps A la lin soit éteint ou gelé, Que de si vaine erreur la vérité vous prive.
Jamais en mon esprit llamme ne fut si vive, .le suis tel que j'estois quand mon cœur fut volé, !,(' jour qu'un chaste amour, dans vos yeux recelé, Uendit heureusement ma liberté captive.
Je gouste, en vousoyant, mcsme i-avisseinciit,
Je tremble, en vous voyant, d'aise et d'eslonnement. De vostre seul regard ma blessure s'allego.
Jamais autre que vous constant ne me rendra ; Je suis serf de Diane, et qui me retiendra Doit estre chastiée ainsi que sacrilège.
0 vers que j'ai chantez en l'ardeur qui m'enflaine, Je deviens à bon droit de vostre aise envieux ! Vous viendrez en la main et retiendrez les yeux Qui retiennent ma vie en l'amoureuse flame.
Gardez-vous seulement des regars de ma dame, Ardans tlambeaux d'amour, bénins et gracieux, Car s'elle peut brûler les mortels et les dieux. Elle vous brûlera comme elle a fait mon ame.
Je sçay qu'il eust fallu, pour monstrer son pouvoir, Un esprit plus divin, plus d'art, plus de sçavoir; Mais, estant plein d'amour, je fuy tout artifice.
J'écry ce que je sens, mon mal me fait chanter. Et le plus beau laurier que j'en veux meritei , C'est d'alléger ma peine et la rendre jiropiee.
STAÎSCES
Relie et fiere déesse à qui je suis voiié. Dont le premier regard rendit Amour mon maislie ; l.e ciel durant cet âge ici-bas m'a fait naistre, Afni qu'à son honneur vostre honneur fust loiié.
Comme dans vm miroir on voit toutes les grâces .Au clair de vosti'e teint, et le vainqueur des dieux Est aveugle deux fois quaml vous fermez les yeux, Et sans vous ses brandons seroient changez en glaces.
Plus j'ay de connoissance et plus je suis ravy De voir que c'est à vous que le ciel me destine : Car, bien que mon esprit ait céleste origine, 11 se tient bien-heureux d'estre à vous asservy.
Aussi tous les tourmens des cœurs plus misérables, Et ce qui plus souvent fait les hommes changer, Oubly, nouveau plaisir, course du tans léger, .^'ont pouvoir d'ébranler mes pensers immuables.
Je sçay bien que tout change et qu'il est mal-aisé Que de rien si certain l'homme dorme asseurance, Puisque l'ordre varie et que tant d'inconstance Se trouve aux éléments dont il est composé.
Jlesme l'an qui ce jo<n- commence et renouvelle
tll IlIANK. — LIVRE II,