‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 59 sur 150 · FANTAISIE · texte numérisé non relu

FANTAISIE

D'où vient (|u'un beau soleil, qui luit nonvellemnnl, Soit à tous l'a\oralile, et à moy si contraire? 11 ui'esblouyl la veuë, au lieu qu'il leur éclaire; Il échaufle les cœurs, et me va consommant.

I/autre soleil du ciel n'oltcnse aucunement Les lieux qui sont privez de sa llamme ordinaire : Mais ce nouveau soleil me cuit plus vivement, Quand loin de ses rayons je lani,niy solitaire.

LtS AMOURS U Ull'POLYTE. 12;»

Je t'accuse, Nature, et me plains justement ; Cai" puis qu'il me devoit porter tant de nuisance, Attizant en mon cœur un feu si véhément, Hue n'as-lu pour mon bien retardé sa naissance'/

Touteslois si nostre âge, heui'eux par sa présence, Ne [louvoit sans mon mal voir ses yeux clairement. Je pren tout consolé ma mort en patience : 'hii meurt pour le pul)lic meurt honorablement '.

Quand quelquesluis je pense à ma premien' vie, i)u tans que je vivois seul roy de mon désir, Kt ijue mon ame libre erroit à son plaisir, franche d'espoir, de crainte et d'amoureuse envie.

Je verse de mes yeux une augoisseuse pluye, Kt sens qu'un fier regret mon esprit vient saisir. Maudissant le destin ([ui in'a fait vous choisir. Pour rendre à tant d'eunuis ma pauvre ame asservie.

Si je ly, si j'escry, si je parle ou me tais, Vostre œil me fait la guei'ro et ne sens point de paix, r.ombatu sans cesser de sa rigueur extrême.

Bref, je vous aime tant que je ne m'aime pas, De rnoy-mesme adversaire, ou si je m'aime, hélas I Je m'aime seulement pour ce que je vous aime.

Vous me cachez vos yeux (las! trop cruellemenf) Apres qu'ils m'ont blessé d'une playe inhumaine ; Ces yeux, mon seul confort en l'amoureuse paine, Uetouruez-les, niadame, et voyez mon tourment.

Quand le chef d'une armée a valeureusement Desfait ses ennemis estendus sur la plaine. Par le camp des vaincus superbe il se promaiue, Et i-egarde les morts plein de contentement.

Vous donc qui, par l'effort de vostre belle vcur, De mon cœur indonté la victoire avez eue. Laissant mon foible esprit en proye abandonné,

Si vous n'avez désir de m'estre favorable. Au moins tournez vos yeux dessus moy misérable, Pour voir le coup mortel que vous m'avez donné.

Imité d'un soniiel italien qui commence [lar ces vei-s :

Delil perche questo sole, che '1 suo liuiie Qua gin di.sceso novaniente splende, A gli .iltri luce, a nie foco rende, K fia laiili me sol par chc consnmc".'

130 m:s amouks h'iium'Ol vTii.

.l'jiy l;iiif;ny malliriiroux qnatrr lonsm's .jouinées, Sans vdii' trs doux bnaiix yciix (la crllo à qui je suis; llolasl non, quatre jours, mais plustosl, quatre nuits, Sans clarté, sans liesse, à mon mal ordonnées.

Qu'ay-,je dit? quatre nuits ; mais plustost quatre années Toutes jileines d'Iinrreurs, de soucis et d'ennuis, (tu (jualre mille morts que souffrir je ne puis, l'ar le ciel rii^ourcux contre moy destinées.

ConiMie quand le soleil nous couvre sa clarté, On voit perdre le lustre à toute autre beauté, Tout se cache à nos yeux s'il retire sa llame.

Ainsi, lors que vostre œil sur moi plus ne reluit. Tout objet do la cour m'est une obscure miit, (;ar je vous rec'onuois pour soleil de mon amc.

CHANSON

Qw. je suis redevable aux cieux De ce qu'ils m'ont ouvert les yeux Et si bien purgé ma poitrine, Que rien plus ne ine satisfait Qui ne soit divin et parfait Et qui n'ait céleste origine.

Tout ce qu'Amour sçauroit trouver D'attraits ))our un cœur captiver, Tout ce que la bc^auté peut faire.

Le destin et l'élection, Tout s'assemble en l'airection Qui rend mon esprit tributaire.

La gloire de mon seul penser Fait que rien ne peut m'offenser, Rigueur, prison, gesne et martyre; J'aime mieux un de mes lourmens Que les plus chers contentemens Qu'Amour reserve à son empire.

Mes fers me contentent si fort.

Que je ne hay moins que la mort L'cstat que franchise on appelle ; Et si mon cœur trop arresté Escoule un mot de liberté, Je le puny comme rebelle.

Plustost juillet sera glacé, Et l'hyver de fleurs tapissé ;

LES AMOURS 0 HIPPOLVTE. 131

Pliistost sera fioide la llame Qiip je reçoive une autre loy :

Ce seroit cesser d'estre moy, Que do cesser d'aimer ma dame.

Si je meuis blessé de ses yeux, Ma fin me rendra glorieux, Donnant vie à ma renommée; Et mourant j'auray le confoit Du soldat, ([ui reçoit la mort l'ar la main du chef de l'armée.

Las! que puis-Je avoir lait, ù moy, pauvre insensé I Qu'.4mour de plus en plus mes douleurs renouvelle, Et qu'il croisse en rigueiu- plus je luy suis fidclle, Sans que de mes travaux il soit jamais lassé?

J'en sçay bien la raison, c'est qu'il est courrouc De trouver contre luy ma dame si rebelle; Et, n'estant assez fort pour s'adres.scr à elle. Se décharge sur moy, qui n'ay noint ofl'ensé.

11 croit qu'il ne sçauroit plus "d'outrage luy faire, Que de nuire à celuy qui l'adore et rcvere. Et qui se plaist pour elle à mourir en langueur;

Ou c'est qu'en la voyant dedans moy si bien painte, 11 tire incessamment pour lui donner attainte ; Mais ses traits rigoureux doiment tout à mon cœur.

Ma bouche à haute voix chante assez liberté, Et dit que je suis franc d'Amour, mon adversaire ; Mais mon cœur languissant tout bas dit le contraire, Soupirant sous le joug d'une fiere beauté.

A mes pleurs, vrais amis, je tais ma volonté, Et quand loin de vos yeux Amour me désespère, Je feins d'estre contant, de rire et de me plaire, Monstrant moins de douleur, plus je suis tourmenté.

Tout ce qu'Amour cruel peut songer de martire Pour travailler uu cœur rebelle à son empire, 11 veut que je l'esprouve en ma captivité.

Je ne me plains pourtant d'une peine si dure ; Mais, helas ! je me plains de ce que je l'endure, iNon par rébellion, mais par fidélité.

17)2 LKS AMOlltS n II I l'I'Ol. VI K.

Mcllpz-moy bur la mer, quaiul clip csl ('o\ur(iiirii\ Ou quand les vens légers souflleiil i)lu.s douceinenl. Sur les eaux, en la terre, au haut du finnamenl. Vers la ceinture ardanle ou devers la ;^lacée.

Que ma Iditune soit deçà delà poussée, Uien-liaute aucunesfois, quelquest'ois Ijussemeul ; Que mon nom ^'lorieux vive élernellenient, du (|ue du tans vainqueur soit ma (,'loir(> ellacée.

Jeune ou vieil, près ou loin, contant ou malheureux, One j'aye amour propice, ou fier et rigoureux. Que mon ame aux enfers ou au\ cieux s'achemine ;

Jamais en mon esprit tant que seray vivant, On ne verra sécher cette plante divine Que des eaux de mes pleurs j'arrose si souvanl.

Grand Jupiter, ministre de l'orage, Pardonne-moy, si .je ne puis penser Qu'une beauté t'ait jamais peu forcer, Espoinçonné de l'amoureuse rage.

S'il estoil vray brûlant en ton courage l'our la beauté qui me fait trespasser, (1res qu'en l'air elle s'ose hausser.

Tu la prendrois, arrestant son voyage.

Mais las ! madame, où voUez-vous si liaul ? Je )i'en puis plus, ime frayeur m'assaut. Craignant pour vous qui me faites la gueire,

Jà n'est besoin ([ne vous montiez aux cieux, Car vos beautez contraindront bien les Dieux four vostre annuu' île ilescendre en la terre.

Amour en mesme instant m'aiguillonne et m'arrcsle, M'asseure et me fait peur, m'ard et me va glaçant, Me pourchasse et me fuit, me rend foible et puissant, Me fait victorieux et marche sur ma teste.

Ores bas, ores haut, jouet de la tempesle. Il va comme il luy plaist ma navire élançant; Je pense estre échappé quand je suis périssant, Lt quand j'ay tout perdu je chante ma conqucsti-.

De ce qui j)lus me jdaisl je reçoy déplaisii' ;

LES AMOURS li HirHOLYTE.

Voulant trouver mon cœur, j'égare mon désir, J'aflore une beauté qui m'est toute contraire.

Je m'empêtre aux filets dont je me veux garder. Et voyant en mon mal ce qui me peut aider. Las! je l'approuve assez, mais je ne le puis faire '.

0 beaux yeux inhumains, pourquoy m'embrazés-vous Allumant d'un regard tant d'ardeurs en mon amc? llrlas ! je brûle assez sans accroistre ma llame : l'our Dieu faites-moy grâce et me soyez plus doux '.

Brûlez vos ennemis, donnez-leur mille coups, F.t les gardez de voir les beautez de ma dame : Mais moy qui vous adore et qui seul vous réclame, lieaux yeux d'un si grand heur ne me soyez jaloux.

N'estincelez pas tant, lors que je la regarde. Afin que vostre effort cet lienr ne me retarde : Haissés vos chauds regars, flambez plus doucement.

Puis, quand verrez mon ame en ces douceurs ravie, Tournez comme un éclair lancé soudainement. Je ne sentiray pas que vous m'ostiez la vie.

Qui fait plainte d'Amour en doit estre ignorant, I t n'a de sa nature aucune connoissance : l>e moy pour quelque orage ou malheur qui m'offanse. Jamais contre ce Dieu je ne vais murmurant.

Se faut-il estonner si Phœbus en courant, Comme il est près ou loin, des saisons fait H)uauceT Si Neptune en hyver est plein de violance'/ Si froide est la gelée, et le feu dévorant?

L'homme sage et constant qui en connoist la cause, Ne s'ébahit de voir l'eflet en chaque chose. Et laisse tout passer d'un esprit arresté.

Or la cause d'Amour n'est que peine et marlire ; Si donc cent mille ennuis en nos cœurs il retire, S'en faut-il estonner? c'est sa propriété.

CUANSO.N

Pour vous aimer je veux mal à mon cœur, Je hay mes yeux, mon esprit et ina vie :

' liiiilé d'im sonnet de Pétrarque' ((ui dùbule ainsi : Aniorioi sprona in un tenipu e afIVeiia.

loi i.Ks .\Moi;r.s n ii irroi. v i p:.

V.l si ma mort vous poiU roiulic assouvie, Ce m'est plaisir ilo mourir en langueur.

llelas! je faux, vos yeux cruels et rloux l'ar trop d'amour m'osLenl la eonnoissance : Car me liayant sous vostre obéissance, C'est vouloir mal à ce qui est à vous.

Je ne faux point, je vous dois obéir : Comme il vous plaist je suis contraint de faiie. Connoissant donc (juc vous ra'cstes contraire, ^ Et me hayez, doy-je point me hayr?

Voilà pourquoy, si plein d'inimitié, ,Ie me poursuy d'une i^uei're immortelle : Contre mon cœur mes désirs je rebelle, Kt de mon mal je u'ay point de pitié.

Les yeux ouvers je cours à mon trespas, Et suy l'advis d'Amour mon adversaire : 0 malheureux! faut-il donc que j'espère Que vous m'aimiez, quand je ne m'aime pas?

CUAiNSON

Quel feu par les vens animé, Quel nionl nuit et jour consumé Passe mon amoureuse flame?

Et quel océan lluctueux Escume en Ilots impétueux Si fort que la mer de mon ame?

L'hyver n'a point tant de glaçons : L'esté tant de jaunes moissons, L'Afrique de chaudes arcines, Le ciel de feux estincelans, Et la uuict de songes volans.

Que pour vous j'endure de peines.

Toute douleur qui nous survient.

Peu à peu moins forte devient.

Le tans comme un songe l'emporte; Mais il ne faut pas espérer Que le tans puisse modérer Le mal que vostre œil nous apporte.

Uien n'est icy bas de constant Et tout se change à un instant Dessous le cercle de la lune, Les saisons, les jours et les nuits; Sans plus mes amoureux ennuis Sont hors de la reigle commune.

Ce jour me fut bien malheureux,

LES AMOIRS D niPPOLVTE. ISa

Que je vey vos yeux rigoureux, Quand les miens, nouveaux tributaires, Rendirent mes sens et mon cœur Aux chaisnes de vostre rigueur Depuis liez comme forçaires.

Encor le forraire arresté S'allège en sa captivité.

L'espoir luy promet délivrance ; Mais, en mon emprisonnement, %

Je n'atten point d'allégement, La mort seule est mon espeiance.

Comme le chasseur \a suivant La beste qui voile devant, Laissant celle qui se vient rendre ; Ainsi la mort qui tout destruit.

Chasse apies celuy qui la fuit, Et se dédaigne de me prendre.

Le jour que je fus asser\7.

Je vey bien, lorsque je vous vey, Mille beautez vous faire hommage.

Mille amours, mille et mille appas; Mais, ô chétif ! je ne vey pas Mon mal peint en vostre visage.

Ravi de vos perfections.

Je ne peu voir les passions Sortans des rais de vostre veuë; Non plus que le pasteur lassé.

Qui, dessus les tleurs renversé, Ne voit le serpent qui 1^ tuG.

Ce qui rend mon mal plus amer.

C'est qu'en souffrant pour vous aimer Douleur qui ne peut estre dite.

Je n'en dois attendre aucim bien ; Car toute peine est moins que rien, Eu égard à vostre mérite.

Si, vous aimant, j'ay trop osé, .4mour me doit rendre excusé.

C'est un enfant sans connoissance; De moy, quoy qu'il faille sentir.

Je ne me sçaurois repentir D'avoir commis si belle offance.

Le plus souvent, en vous voyant, La peur va mes sens etfroyant.

Et le desespoir qui m'estonne, Tout froid contre mon cœur se joint; Et donroy, pour ne vous voir point,

\7,C, r.ES AMOURS n IMl'POI.YTF..

1 0 iil:iisir que voslie oeil nie doiine.

D'autres lois quand, lo\it aliliattii, .II' l:Mi-ny IbiMe et sans vertu, \(istie Ijeaulé ma mort lelaide; llevanl vous mes soueis s'en vont, Kt du mal que vos yeux me font, Je KUiiiy qtiand je vous rcf^arde.

Le traisire, emiemy de ma paix, * Me voyant toml>er sons le l'aix, A ])oui' (|ue trop-tost je finisse; Kt l'ait comme un bourreau cruel, (,)ui donne à boire an criminel Pour le reserver au supplice.

Ainsi ponr plus me tourmenter, ijiu'l(|iu'lnis il me l'ait gonsicr D'un plaisir île peu de (hii'ée ; iMais, las! j'espreuve aussi .soudain Que ce n'est qu'un songe incertain, l.t que ma painc est asseurée.

Mon cd-ur (pii souloit paravant Voiler léger comme le vanl, An gré de mille damoiselles, Voile autour de vous seulement, Connue oiseau pris nouvellement.

Auquel on a coupé les ailes.

Quelquefois lassé d'endurer, .le suis contraint de murmurer, Invoquant la mort inhumaine :

Mais, quand je la sens accourir, .le tremble, et ne veux pas monrii', De peur de voir mourir ma paiue.

Mais en vain j'irois espérant De trouver remède en mourant, (lontre le désir qui m'enflame, Tousjours durera ma douleur; Car mon amoureuse chaleur l'.st de l'essence de mon ame.

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