‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 62 sur 150 · XI.VI · texte numérisé non relu

XI.VI

Aspre et sauvage cœur, trop fiere volonté. Dessous une douce, humble, anyelique ligure, Si par vostre rigueur plus longuement j'endure. Vous n'aurez grand honneur de m'avoir surmonli'-.

l'.ar soit quimd le printaus déeouvri' sa beauté, Soit <|uand le froid liyver fait mourir la verdure, ^uit et jour je me plains de ma triste advanture, De ma dame et d'Amour sans repos lomnienté.

Je vy d'un se\il espoir, qui naist lors que je pense Uu'onvoili|u'uu peu d'humeur par longue accouslumauci Cave la pierre ferme et la peut consumer.

H n'y a cœur si dur, qui par constante preuve, l'ieurant, priant, aimant, à la fin ne s'esmeuve, -Ny vouloii' si glacé qu'on ne puisse entlamer.

Xl.VlI

Je crois qm; tûul mou lict de chardons est semé, (Ju'il est rude et mal fait, lié Dieu ! suis-je si tendre, <,tue je n'y puis durer? je ne fay que ni'estendre Elue sens point venir le somme aceouslumi'.

Il est après mv-nuit, je n'ay pas l'œil fermé, Ll mes membres lassez repos ne peuvent prendre. Sus, Phœbus, leve-toy, ne te fay plus attendre. Et de tes clairs regars rens le ciel allumé.

Que la nuit m'irnpoi'tune, et m'est dure et contraire! Mais pourtant c'est en vain, ô Phœbus que j'espère D'avoir plus de clarté par ton nouveau retour;

Car je serai couvert d'une effroyable nuë. Tant qu'un plus beau soleil, qui me cache sa veuë. Vienne luire à Paris et m'apporte le jour.

I,ES AMOURS h HIT'POI. YTE 149

0 champs, cruels volleursdu bien qui me tourmente! 0 prez, qui sous ses pas vous peignez de couleurs! 0 bois, qui fus tesmoin de mes griéves douleurs, L'heureux soir que j'ouvry ma poitrine brûlante !

0 vent, qui fais mouvoir cette divine plante, Te jouant amoureux parmy ses blanches (leurs! 0 canaux tant de fois desbunlez de mes pleurs, Et vous, lieux écartez où souvent je lamante !

Puis qu'un respect craintif m'a de vous séparé, l'uis que je ne voy plus l'œil du mien adoré. Puis que seuls vous avez ce que seul je désire.

S'il ne m'est pas permis par la rigueur des cieux, Champs, prez, bois, vent, canaux, et vous, sauvages lieux. Faites luy voir pour moy l'aigreur de mon marlire.

La mort, qui porte envie aux plus rares beautez, Couvrant toute clarté d'un ténébreux nuage, Voulut fermer les yeux qui m'ont mis en servage, Et punir d'un seul coup cent mille cruautez.

Amour, qui dans ses yeux prend ses trails indontez. Tout aveugle qu'il est, cunneut liien son dommage: 0 mort! s'eseria-t-il, si tu fais cet outrage. Tu nous rendras tous deux cent fois moins redouiez.

Laisse-moy dans ces yeux qui font que je comnian<le, Je feray désormais ta puissance plus grande, Et rendray par mes traits ton bras victorieux.

La mort s'arresta court, oyant cette promesse : Et le cruel Amour du depuis n'a eu cesse, Faisant mourir tous ceux qui regardent vos yeux.

CHANSON

Blessé d'une playe inhumaine.

Loin de tout espoir de secours.

Je m'avance à ma mort prochaine.

Plus chargé d'ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace.

Mon doux fiel, mon mal et mon bien, Voyant ma mort peinte en ma face, Feint, helas' n'y connoistre rien.

Comme un roc à l'onde marine.

Elle est dure aux flots de mes pleurs:

Ififl I. rS A M (M II'. Il" Il I !■ nu VTI',.

El clost, lie pour d'eslro honine, l/oroillo n\i son ilo mps doulrurs.

D'autant ([n'clio pours\iil inn vie, DVnnnis mon service payant.

Je la diroy mon ennemie, Mais je l'adore en me hayant.

l.as! que ne me puis-je distraire, r.onnoissant mon mal, de la voir?

0 eiel rigoureux cl contraire!

C'est toy qui contrains mon vouloir.

Ainsi qu'au clair d'une chandelle Le gay )iapillon voletani, Va grillant le bout de son aile, l"t perd la vie en s'esbatant;

Ainsi le désir qui m'alFole, Trompé d'un rayon gracieux, l'ait, bêlas' qu'aveugle je voile An t'en menririer de vos beaux yeux.

CHANSON

Que n'ay-je la langue aussi pronte.

Lors qu'en tremblant je vous raconte L'ardeur qui me fait consumer.

Que je fus pront à vous aimer?

Quand vostre d'il de moy se retire, Je conte si bien mon niartire Et l'efTort de vostre rigueur, Qu'il n'y a l'ocber si sauvage, liois si dur, ne si sourd rivage.

Qui n'ait pitié de ma langueur.

Mes yeux deux rivières coulantes.

Mes paroles toutes brûlantes.

Mes soupirs menus et pressez, Ma douleur tesmnignent assez.

Mais, dés que de vous je m'approche, Mon cœur se gelle (>t devient loclie; Devant vos attraits gracieux Je pers esprit, voix et haleine; !• t, voulant vous conter ma peine, .le ne sçay pailer que des yeux.

STAiSCES

Si je languy d'un martire inconnu, Si mon riesir jadis tant retenu,

T.r:? AMOur.s d'hippoi.yte. IjI

Dres sans biidp à son gré me transporlo, Mo doy-jc iilaindre ainsi comine je fais? Un nouveau mal fait de nouveaux effets. Plus de beauté plus de tourment apporlf.

En ma douleur c'est pour me consoler •Juej'aye osé si hautement voler, Lt (pie la peur mon courage ne change; Par les hazards l'honneur se doit chercher. Quand le malheur nie fera trébucher, L'avoir osé m'est assez de loiiange.

L'homme grossier, en la terre arresté, Me peut nommer plein de témérité; J'aime trop mieux estre veu téméraire, Que de cœur lasche et d'esprit abbatu.

Un seul sentier n'est clos à la vertu, Ft au couard rien n'est facile à faire.

Les grands palais sont plus battus de vans, VA les hauts monts, vers le ciel s'élevans. Presque toujours sont frappez de l'orage; Mais c'est tout un; du ciel nous approchant, Cherchons la mort, plustost qu'eu nous cachaul Vivre et monslrer qu'ayons peu de courage.

Bien souvent Hippolyte, n grand tort courroucée, Arme son cœur de glace, et d'éclairs ses regards. Preste à lascher sur moy tant de feux et de dards, Que la mort pour me prendre a la main avancée.

Mais, voyant de frayeur mon audace abaissée. Ma forcé évanouye et mes sens tous espars, Elle qui fait trophée et d'.Amour et de Mars, Dédaigne une despoïiille à ses pieds renversée.

Elle appaise son ire et rend l'un de ses yeux Aussi doux et serein que l'autre est furieux. Faisant luire une paix au travers de ma guerre.

Puissé-je un jour au ciel ce miracle envoyant. Apprendre à Juppiter le grand Dieu du tonnerre. Comme il peut estre dou\- niesme en nous foudrovanl.

L'eau tombant d'un lieu haut goûte à goûte a puissance Contre les marbres durs, cavez lluahlement; Ft le sang du lion force le diamant, l'-ien qu'il face à l'encliune et .ni fi-u rcsislauee.

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