‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 66 sur 150 · I.VII · texte numérisé non relu

I.VII

Autour des corps, qu'une mort avancée Par violance a privez du beau jour.

Les ombres vont, et font maint et maini lonr, Aimans encor leur dépouille laissée.

Au lieu cruel, où j'en l'ame blessée Et fu menilii par les flèches d'\mour.

J'erre, je tourne et retourne à l'entour, Ombre maudite, errante et dechassée.

Légers esprits, plus que moy forlunez, Comme il vous plaist vous allez et venez Au lieu qui elost vostre dépouille aimée.

Vous la voyez, vous la pouvez toucher.

Où, lasl je crains seulement d'approcher L'endroit qui tient ma richesse enfermée.

I Rs \ MO in- n !! 1 l'coi. Y I r.

Tiiiiine, inon cœur, ailleurs ton espérante, Laissant le bien vainement désiré; l'our un mortel c'est trop haut aspiré, 11 faut couper l'aile à notre arrogance.

Amour ingrat, est-ce la recompance IVavoir soi.fTerl, sern, prié, pleuié, Et sans fléchir si long-tans enduré, Qu'on me reproche aujourd'huy l'intunstance'

Plein de fureur, je ne fay que songer Que je doy faire, afin de me venger Des fiers courroux d'une ame si rebelle.

C'est le meilleur de me donner la mort ; Car je ne puis luy faire plus de tort. Qu'en la privant d'un qui est tout à elle.

COMI'L.AINTF.

Quelle manie est égale à ma lage?

ijuel mal se peut à mon mal comparer?

.le ne sçauroy ny crier ny pleurer, Pressé du deuil qui grossist mon courage.

Helas! j'estoulfe, et la fureur soudaine Me clost l'ouye, et m'aveugle les yeux ; Mais ce m'est lieur de ne voir plus les ciiuv. Les cieux cruels, coupables de ma paine.

Au vase estroit maintenant je ressemble, Q\ii, tout plein d'eau, goule à goûte la rand ; Mon œil aussi larme à larme respand Ce qu'en mon cceur de rivières j'assemble.

Maudit le jour que premier je vey luire, Pour esti'e esclave à si forte douleur! Le ciel alors pleuvant tout son malheur. Versa sur moy ce qu'il avoit de pire.

Astres maudits, qui trop pleins de licence, Maux et plaisirs aux humains destinez.

Puis qu'en naissant de nous vous ordonnez, Que nuist la faule, ou que sert l'innocence?

Helas ! de rien ! j'en puis servir de preuve, Qui n"ay jamais un tourment meiité ; Et toutesfois par vostre cruauté Plus misérable au monde ne se Ireuve.

Tout est bandé pour me faire la guerre, Par mes amis mille ennuis je reçoy ;

iTiC I. KS A M or 11 S n'iIIlTO I. VTK.

Oiio (liiy-ji' l'élire? 11 n'y n |H)ii)t pdiir nioy 11.^ (lipux au t'irl, iiy tin foiluni^ on \civc.

Dans les ontVrs chcichoiis (lune allc^oanco, Paiiny l'ofTi-oy, Ips furpurs et les cris, Accomiiasné des mallipurpnx pspris, Qui pour ma |icino oulilironl leur soiiirrancf.

Ilastons la nioil, seul but du miscralilc ; Mais, tout ainsi quR mes jours ont ostr ("ouverts il'onnuis, d'horreur, d'obseurilé, Soit mon trespas horrible et détestable.

Amour, si j'ay souffert, fidelle à ton empire, Sans me lasser de toy, tant d'ameres douleurs; Si je t'ay tant de fois abbreuvé de mes pleurs, Et si les plus beaux traits en mon cœur je retire;

Voile vers la beanliî qui me tient en martire. Et qui fait que tu as tant de force en nos cœuis, Amolli son courroux, adouci ses rigueurs. Et fay que son b^l œil recommence à me luire.

C'est le douzième jour que cet œil courroucé Entre mille dangers sans clarté m'a laissé, N'ayant pour me guider que ma llamme immortelle.

De grâce, en ma faveur. Amour, va la blesser; Ou si tu la crains trop, et ne m'en veux laisser. Tire de mon cœur mesme et frappe la cruelle.

Si les pleurs que j'espans, si le triste langage, Dont la nuict et mon lict sont témoins seulemant, N'ont pouvoii' d'amollir un cœur de diamant, Et ne font de pitié pallir son beau visage;

Pourquoy me reservé-je à languir davantage De Fortune et d'Amour l'horrible esbatternant? l'iuslost dedans le sang noyons nostre tourmant, Et nous saciifions à cette ame sauvage.

.le l'accuse à grand tort ; car son cœur de rocher De mes poignans legrets se laisseioit loucher, Si je pouvoy me plaindre alors qu'elle est présente.

Mais le son de ma voix se change en la voyant, Mon œil se rassérène et n'est plus larmoyant, Et ma langue se taist bien que mon cœur lamente.

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