‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 72 sur 150 · I.WVIII · texte numérisé non relu

I.WVIII

liavy de mou penser, si hautement je vuUo, Hue je conte un à un les astres radieux ; J'oy les divers accords du mouvement des cieux, Et voy ce qui se meut sous l'un et l'autre pôle.

Mais pourtant mon esprit si fort ne se console. Et ne savoure rien de si délicieux.

Comme alors que je voy le rayon de deux yeux. Et sens l'accord parfait d'une douce parole.

Quand j'ay l'heur de jouyr d'un bien tant souhaité, Sans parlii- de la terre aux cieux je suis porté. Et cornprens du plus haut la gloiie et les merveilles.

0 ma seule déesse ! helas ! s'il est ainsi, llegardez-moy tousjours d'un œil plein de mercy, El de vos doux propos ravissez mes oreilles.

Le tyran des Hébreux transporté de furie .Ne fit jadis meurtrir tant d'enfans innoceiis, Hue je tuë en maillot de pensers languissans; Et ne touche à celuy qui menace ma vie !

Car luy, desjà rusé, fuyant ceste furie, Se sauve à la beauté qui domine mes sens; Et là, tout asseuré, rit des maux que je sens. Et m'abuse sans fin par quelque tromperie.

Or' en ses chauds regards ce penser se formant, Or' en ses doux projios mon esprit va charmant. L'emprisonne et restreint en des chaisnes pesantes.

llelasl c'est le malheur qui m'estoit destiné, Et que me presageoient deux estoilles luisantes, Hue je vey flainbloyer sur le point qu'il fut né '.

Imité d'un sonnet italien qui commence par cette strophe :

Non con tanta ira sparse il fiero Eiode llpuro sangue de i fanciulli Ebrei, Con quant' lo uccido in fasce i pensier uiiei; Se pero uccidu quel, clie 1 cor mi rode.

1 I.F.S A M(i l 11 S II II I l'l'n|,\ II..

ijiiaiid l'iiinluvij^tMihO luiil nostro jour décoloïc, Kt que le cluir l'hœbus so carlie eu l'Occident; Au ciel d'astres seine les mortels regardant, Piisent or' ccste estoille, et or' ceste autre encore.

Mais, si tost qu'à son tour la matinale aurore Fait lever le soleil de rayons tout ardaut, Lors ces petits (lambeaux honteux si' vont perdant Devant le roy du jour, qui tout le ciel décore.

Ainsi, quand mon soleil sa s[ilendeur va celant, On voit deçà delà maint astre estincelant, Kt le monde abusé mille dames révère.

Mais, liés qu'il apparoist, adieu, faibles clarté/. ! Tout objet s'obscurcit, et ce roy des beautez l^omnie en son tirmamcnt dans tous les cœurs éclaire.

b.XXXI

Que je suis redevable à la ilouce pensée, Oui nourrit mon esprit de son bien séparé ! Jamais sans tel secours je n'eusse tant duré, Si fort de vos beautez ma poitrine est blessée.

Quand, par crainte ou respect, il faut force forcée Que j'esloigne voslre œil dont je suis éclairé. Je mourrois à l'instant triste et désespéré, N'estoit ce reconfort de mon ame oppressée.

Marry, frère, vallels, ne sçauroient l'empesilier Que jusqu'à vostre lict ne se vienne apiuocher, Vous voit, vous entretient, vous estime admirable.

Las ! si vous l'entendiez, que d'heur m'en adviendroil ! Car, vous disant mon mal, je sais qu'elle rendroit Moy contant pour jamais, vous douce et pitoyable.

LXXMl

Amour, choisis mon cœur pour buLte à tous les trail>, Kt bastis ta fournaise en ma chaude poitrine, J'estimeray lousjours la cruauté benine, Ton deuil contentement, et ta guerre une pai.^.

J'ay veu tant de clartez, de Ihresors et d'attraits. D'un œil doux, d'un beau front, d'une gorge yvoirine, VA gousté la douceur d'une voix si divine. Que j'oublie à bon droit les maux que lu m'as faits.

0 célestes beautez, si pleines de merveilles,

LUS AJloL US 11 IIU'l'i)L\ 1 !..

i> propos, qui sonnez lousjours ;i mes oreilles, Hue vous m'avez tné d'une douce rigueur!

Que vous avez jetlé de soullre sur ma tlauic, (Jue vous m'avez laissé d'aifjnillons dedans l'ame, De ])ensers en l'esprit et d'amours dans le avm !

Laiiyue iiiuelte, à mon secours tar(li\e, (Jue m'a servi tant d'heur que j'ay reçeu De voir ma dame? aussi bien tu n'as seeu Dire le mal qui de repos me prive.

l'idpos Ijrùlans, voix dolente et plaiiiliNc, Vostre faveur à ce coup m'a deçeu :

Car un seul mot hors de inoy n'est issu Piopre à monslrer combien ma peine est vi\p.

Mais qui ne fut autant que vous sur|iris? Jj'estonnement gela tous mes espris ; Je devins sourd, sans pouls et sans halaine.

Un voile obscur sur mes yeux s'estendit, Le cœur me cheut, tout mon sang se perdit, Et ne restay qu'une painture vaine.

De quels cousteaux fut mon ame blessée. Et quelle flamme en mon cœur s'alluma, (juand .ses beaux yeux de rigueur elle arma. Pour me tuer sans l'avoir nflensée?

i.iue d'une plainle, en pleurant commen^'ée, .\e lis-je voir le dueil qui ni'entama? Je l'essayay : mais la douleur pressée, A mes propos le passage ferma.

Que ne leut-elle au moins sur mon visage Mes passions, me voyant tout tiansi, Palle mon teint, mes yeux couvers d'ombrage.

Qui pour ma bouche alors crioient mercy? Helas ! la nnict m'osta cet advantage, Et l'empescha qu'elle me veist ainsi.

Mes yeux, accoustumez au jour de vostre veuë, Sont clos aussi soudain que vous disparoissez, Et des autres beautez les rayons élancez Ne sont pour nri'claircr qu'une enroyable nuê.

1('»S LliS AMOi;i(S d'iUI'I'OI, VTli.

Mon auie pii vos clicvpux est si l)ieii ilelcnué, Mes sens de trop (l'jiincini- !-on( si fort insensez, l'.t vers vous mes ilesirs tellement sont dressez, •Jn'.iucnne aulre beauté n'est de moy reconnue.

l'.t si le ciel jaloux me force à vous laisser, Ouelque mont, lleuve ou bois que je puisse passer, Hien qu'aux deseris fjlacez pour jamais je m'habite,

Tousjours malgré le tans, la distance et les lieuv, Vostre beauté divine, o céleste llippolyle ! Sera près de mon co-ur, s'elle est loin de mes yeux.

Je vey contant les jours et les heures i)assées, Itepuis que de mon bien je me suis séparé, l'.t qu'avec un grand roy, des mortels adoré, .l'ny choisi jiour séjour ces campagnes glacées.

Amour, qui vois sans yeux mes secrettes pensées. Si je t'ay jusqu'icy saintement révéré, ('.liasse, o Dieu ! le regret dont je suis dévoré. Et tant de liassions dans mon ame amassées.

l'ay qu'avec moins d'ardeur je désire à la voir, (!u que lie mon grand roy congé je puisse avoir, (lu m'apprens à vollei- et me preste tes ailes.

Ou ne fay plus long tans mon esprit égarer, du tempère mon mal qu'il se puisse endurer, Ou ni'eii.-;eigne à souffrir des douleurs si cruelles.

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