‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 92 sur 150 · F.I.F.GIE V · texte numérisé non relu

F.I.F.GIE V

Pour gage de ma foy, qui vous est dédiée Tout le tans que reste ame au corps seia liée, F.t mesme après la mort, puis qu'après le Irespas Dure le souvenir des choses d'icy lias, Kn vous offrant ces vei-s, je vous offre, madame. Mes yeux, mon sang^, mon cœur, mes esprits el mon ame, Et davantage encor, si j'ay qnelq\u> pouvoir : Faites moy tant d'honneur que de le recevoir Comme vostre qu'il est, hien que vostre mérite Ne doive faire cas d'olTrande si petite, Si vous ne mes\irez mon vouloir qui me rand, Se dédiant à vous, audacieux et grand.

Vous n'estimerez point, s'il vous plaist, qiw je pense Faire avec du papier preuve de ma constance, F.t qu'en le faisant plaindre, et me plaignant aussy, •le vous vetiille enchérir mon amoureux soucy, Adjotistant aux douleurs dont mon aine est chargée, Depuis que sous vos loix vous la tenez rangée. ÎS'on, je ne le veux point : il faut que mon devoir. Mon service et ma foy vous le fassent sçavoir, F.t que l'effort du tans, qui perce tout nuage. Découvre si mon cœur est constant ou volage!

Ce que je vous lequiers pour mon plus grand désir, C'est que sans passion vous preniez le loisir De me voir endurer, en vous faisant la preuve Ou'imesi ferme amour que la mienne on ne treiive. Et si vous on doutez, pour le commencement Ignorez si mon mal est foihie ou véhément. Et, sans jetter les yeux sur ma brûlante llame, Permettez que sans plus vostre je me reclame,

Afm que cet adveu, dont je veux nriionuiei , Me fasse plus constant les lourinens endurer. Et je suis asseuié que le tans qui tout brise, Ne pouvant ébranler ma f'oy trop bien assise, Fera de vostre cœur la douceur approcher. Ou dedans l'estoniach vous auriez un roclier Et le cœur inlnimain d'une beste cruelle.

Or, en vous connoissant si divine et si belle, Je ne le puis penser, veu que la cruauté S'accompagneroit mal de si rare beauté.

Toutesfois quand du ciel la maligne inlhiance, (Juand la loy du destin qui, depuis ma naissance. Forte me tyrannise, et quand vostre rigueur Empescheroient le bien que dessert ma langue\ir, Et quand pour le loyer de mon amour extrême, Et quand pour vous chérir cent t'ois plus que moy-me-iTis le ne recueilliroy que l'ennuy d'un refus. Et que de vos beaux yeux je partiroy confus Pour avec desespoir uiellie fin à ma vie : Si n'auroy-je regret de vous avoir servie, <^ar je tiens cet honneur pour un si grand loyer, One cent mille trespas ne le sçauroient payer.

Voilà comment, madame, il ne se srauroit fiire, Que d'adorer vos yeux je me puisse distiaire. Ne m'alléguez donc point que je puis bien penser Que vous n'avez ]>ouvoir de me recompenser, A cause de la loy dont vous estes eslrainle: Car en fin cette loy n'est ny juste ny sainte, Loy qui, comme Mezence, horrible en cruauté, Joint avec un corps mort si vivante beauté, Saturne avec Venus, et la gave jeunesse Aux chagrins deplaisans d'une froide vieillesse.

Si la loy vous retient, vous n'avez pas raison, Car l'amour et la loy sont sans comparaison. Amour est un démon de divine nature; Immortels et mortels sentent tous sa pointure, Elle est sans privilège : or si l'Amour est dieu. Jamais l'humaine loy contre luy n'aura lieu; l'ar il faut qu'au plus grand tousjours le petit cède, Et la loy des amours toutes les loix excède. Et davantage encor la nature est pour moy, l.a nature est tousjours pins forte que la bw. Et quand nature parle et monstre sa puissance, Adieu toutes les loix et l'humaine deffance.

Quand donc en vos rigueur.? ainsi vous persiflez, Vous péchez contre Amour à qiii vous résistez,

It.

■.'te, i: I i.f. ii:s.

Vciiis voiilc/. ([IIP Jî Ml l'eu n'ait piiissaïuc en la Ici rc :

(■.'(\sl on lin îles geans reno\neler la guoi ro,

• '.'est cornbatro le ciol d'nn orgueil iniliàcirl,

D'est vous priver d'un bien où vous aurez legiel.

Si vous vous aneslez, doutant de ma conslaneo,

F.sliinez, s'il vitns plaist, qu'ayant eesle asseurance,

•Jni me rendroit d'Amour satisfait et contant,

Je n'auioy le i)ouvoir ilc vous estre inconstant;

r.l bien qu'auparavant j'eusse eu l'esprit volage,

1,'amom' et le devoir retiendroient mon courage.

I,'lionniie est inrc qu'un tigre aux iléserts allaité,

(Jui perd l'alleition pour se voir bien traité.

Nous devons mieux aimer, plus d'amour on nous porte :

Quand (b'ux feux sont conjoints, la flamme en est pl\is forte.

Kt davantage encor par ce point désiré, 11' un vouloir mutuel me voyant asseuré, Je jiourroy beaucoup mieux d'une façon discrette llendre aux plus curieux nostre (lamme secrette. Ce qu'à mon grand regret, or' helas! je ne puis. Or' estant assailli de mille et mille ennuis, flottant incessamment entre l'aise et la paine, l'.utre le desespoir et la joie incertaine, F.t si vivement point de ma graml' passion Que je ne puis user d'aucune fiction.

Au lieu (|u'en ce doux tans je n'auroy jiointde crainte D'un dédain, d'un refus ou d'une cliose fainte; Mais, joyeux et contant, il me seroit aisé l>e couvrir cet amour d'un babit déguisé, Sans que les medisans, les jaloux, ny l'envie, Peussent donner atteinte à nostre lieureuse vie.

Voilà ce que l'ardeur m'a fait vous adresser, Adjurant vos beaux yeux de ne s'en offenser ; (lar jécry tout cecy, forcé de la puissance T)u dieu qui m'a rangé sous vostre obéissance. Si j'ay fait quelque erreur, je vous pi'ie excuser; Si j'ay dit vérité, je vous prie en user, F.t vous représenter si je dois estre en paine. Mourant d'extrême soif auprès de la fontaine.

ELEGIE VI

Celuy qui n'aime point, ou qui n'a point aimé, A le cœm; tout autour de rochers enfermé; Il est tout despoiiiUé d'affections hvmiaines, Il n'a point de ]ionmons, ny de santr, ny de veinef

l"t nt" nieiilt; pas que le bel œil du jour

Luise aux siens, desdaignez des lumières d'Amour.

Or de moy qui n'ay point de roc en la poitrine, Qui ne suis point conceu des flots de la marine, Animé d'un beau sang-, d'un eiprit et d'im cœur, Je reconnoy Amour pour maistre et pour vainqueur, Et, quand de luy desplaire il me prendra l'envie. Que les flammes du ciel mettent lin à ma vie ! Encor qu'en le suivant et vivant amouieux Je sois diversement heureux et malheureux. Vrayment je suis heureux, il faut que je l'ailvou.', Et que des loix du ciel hautement je me loue, De ce que le destin, captivant ma raison. L'ait au moins asservie en si digiie prison ; Et tant selon mon gré m'ait rendu tributaire. Que son décret forcé m'est un choix volontaire. Car tout le plus parfait qui peut mieux contenter L'œil, l'oreille et l'esprit, jusqu'à faire gouster Icy bas des douceurs qui ravissent les âmes, Se rassemble au sujet d'où ruissellent mes flamrs ; Et c'est ce qui me fait bien heureux estimer Sentant d'un trait si beau ma poitrine entamer. Et me plais dans le feu dont j'ay l'ame embrasée, Comme une jeune fleur s'égaye à la rosée.

Mais, si de ce penser naist mon ravissement, Il donne à mes ennuis vie et nourrissement; lie mon esprit confus c'est la guerre incertaine. Deux ruisseaux différens coulent d'une fontaine. L'amertume et le doux, la joye et la douleur : Ce qui me rend heureux fait naistre mon malheur, Car l'heur qui jusqu'au ciel rend mon ame élevée, ^ C'est quand je me souviens comme elle est captivée, Et que mon premier vol s'est si haut élancé, Que des plus braves cœurs tout dessein j'ay passé Et, sans aucun respect de crainte ou de menace. Jusqu'au troisiesme ciel j'ay poussé mon audace. Or si par les désirs le courage est jugé, Quel désir fut jamais si dignement logé? Veu que l'enfant Amour, fait nouveau Trometliée, Du ciel pour m'embraser a la flamme empruntée. Suis-je donc pas heureux de m'estre ainsi rendu .' Jamais homme avant moy ne s'est si bien perdu. Certes, je reconnoy que c'est un heur suprême. Mais il est tallonné d'un malheur plus extrême, Et les mordans soupirs, qui tiraillent mon cœur, Fiint que le désespoir .s'en rend du tout vainqueur :

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City (iii.iiiil fciil («i^ 11- joui' ji' i-piiipls 011 iiioinoirc he i-cll(! à (lui ,i(! suis le iiiciilf i-l la ^liiiir, liPS hcaux lys i\o son teint, sos proiios grat'ieux, l.a puissance dos traits quo dococliqnt ses yeux, La douce majesté (jui luit dessus sa face, Kt sçachant d'autre jiart sa grandeiir et sa race, llelas! je connoy bien ijue j'ay trop entrepris, F.t (pi'un aveuyliMnent a saisi mes esprits, (,)iie mon vol est trop haut, et que ceste arrof,'anre D'Icare ou des f,'erins attend la recompansp. Toutesfois, le sçacliant, je ne puis me ravoir, El plus je vay avant, plus j'en pers le pouvoir; Car quand le desespoir me donne quelque attaiute, La li^'ine en mon cœur si divinement painte S'ofTianl devant mes yeux, me l'ail persévérer Tant que le desespoir ne m'en peut letirei', Bien que trop importun sans cesse il me travaille, F.t que mille pensera me livrent la bataille.

Las! si tost que je suis à part moy retiré. Quelqu'un de ces pcnsers contre moy conjuré Me dresse l'écarmouche et va pressant mon ame, ' Me proposant tousjours la grandeur de ma dame; 11 met devant mes yeux les biens et les lionneui's, La race et les vertus de tant de grands seigneurs, Désireux comme moy du bien qui me tourmante, Et qui n'ont peu jouyr du fruit de leur allante.

Chetil\cc dy-je alors", que veux-jo devenir'' dsé-je bien penser de pouvoir parvenir Jusqu'à si haut degré pour chose que je face. Apres tant de seigneur.* grands de biens et de race"? El sur ce desespoir, qui me presse et me ])oiul ; ll^as ! c'est fait de moy, je ne me connoy point, Je fay mille discours, je rêve et me dépite. Maudissant le malheur où je me précipite, Je me plains de l'.Smour, d'où me vient ce souci. Je regarde le ciel comme un homme transi, Cependant ([ue mes yeux, sources de mon dommage, Coulans de larges pleuis, m'arrosent le visage.

Las! si pour bien aymer on estoil avancé. Je sçay que je scroy sur tous recompensé, El ma longue doideui-, peine et persévérance M'éleveroient au bien dont je pers l'espérance; Car je me puis nommer unique en loyauté. Comme vous estes seule en grâce el en beauté, Et mon amour extrême est comme mon mailire: rius l'esjtrit en discourt, moinsla bondie en peut diie,

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