LE GARÇON PRUDENT
Par ma fique, je suis perdue,
Disoit Babet à son seigneur, Qui par méprise, en lui cueillant sa fleur, La greffa d'un beau fruit, dont la graine est connue.
— Hé bien, dit-il, si tu m'en crois,
Comme il te reste encor sept mois Pour arriver à neuf, tu feras avantage
A quelqu'un de nos villageois.
Par exemple, Colas feroit un bon ménage. Sois moins fière avec lui ; donne-lui quelquefois
Les avant-goûts du mariage.
Enfin de ton fardeau charge-moi ce grivois. De ce conseil Babet jure défaire usage :
Mais Colas étoit un matois
Au-dessus de l'apprentissage.
Qu'importe! il faudra voir. On donc, un beau matin
Que Colas seul battoit en grange, Babet, de loin, se requinque, s'arrange, Arrive en sautillant, entre d'un air lutin.
—Bonjour, Colas. . .—Ah ! ah ! bonjour toi-même.
Te voilà de bonne heure ici?
— C'est pour te voir... — Ah ! dit-il, grand merci :
Vois-moi bien, je te mets à même.
A ce début, Babet, pour le tenter, Risque un coup-d'œil, vous lui lâche une tape, Et puis s'enfuit pour qu'il l'attrape : Mais Colas, au lieu de quitter, Reste, et commence à se douter Que sous ses pas on prépare une trappe — Ouais ! dit-il, la voilà bien prompte à m'exciter ; Elle étoit si revcche ! on n'osoit s'y frotter! Manqueroit-il une grille à sa râpe?
Babet le voyant hésiter, Par un côté plus mûr lui présente la grappe. — Pargué! dit-elle, s'il m'échappe A ce coup-ci, j'aurai bien du guignon.
Soudain, d'un petit air fripon, Elle le pince, elle le raille, Grimpe sur un monceau de paille, Jette une botte à terre, et puis deux, et puis trois, Et rit au moins autant de fois.
En achevant ce badinage La belle médite un faux pas, Glisse exprès, et contre Colas Se laisse débarder, bras dessus le visage, Jambes en l'air et tête en bas.
Lucas laisse là son ouvrage Pour secourir Babet, qui par faute d'usage,
Lui tend la cuisse au lieu du bras.
Le grivois, à l'aspect des lieux qu'il envisage, Où nichent mille attraits qu'il lorgne tour à tour,
Se sent atteint d'une crampe d'amour.
Mais sans toucher à rien, craignant quelque aventure,
Il la relève; alors la créature Lui dit : — Nigaud, butor, tu gèles près du feu. Pouvois-je, réponds-moi, te donner plus beau jeu?
— Non, je l'avoue : aussi je te rends grâce, Lui dit-il, en tirant un vigoureux bijou ; Mais vois ceci, Babet, et conviens que je passe Avec un assez bel atout.