‹ Œuvres badinesChapitre 106 sur 128 · LE COCU VENGÉ · texte numérisé non relu

LE COCU VENGÉ

Des jeunes gens, libertins (je le dis,

En accusant leur jeunesse : cet âge

Pour compagnon a le libertinage)

Plus que jamais dignes d'être maudits,

Après avoir bu, Dieu sait, fait grand' chère,

Ne respirant que l'amoureux déduit,

En se disant bon soir et bonne nuit,

Se confioient, sous le sceau du mystère,

Ce qu'ils alloient, ou ce qu'ils vouloient faire;

Car bien souvent, malgré leur appétit,

Chez ces messieurs le fait suit peu le dit.

L'un disoit: — Moi, je vais chez ma commère

Faire un enfant à monsieur son mari,

Au demeurant bon diable et mon ami...

— Fort bien, et toi?.. — M'ébattre avec sa fille...

— Encor mieux... — Moi, me couler dans les draps De la cousine, elle est parbleu gentille.

— Allons, courage : ô l'heureuse famille Qu'on baise ainsi! — Tout cela ne vaut pas, Réplique l'autre, une haute comtesse, Dont j'ai l'honneur de servir les appas. Elle a passé la première jeunesse;

Mais elle a bien huit cents ans de noblesse, Les Beaufremont lui céderoient le pas. Je dois ce soir m'égayer dans ses bras...

— Demeures-y le reste de ta vie, Mon camarade, ajoute un compagnon.

Qui, peu frappé de la condition,

Ne faisoit cas que d'une gente amie :

Tu ne saurois exciter mon envie.

Pour moi, je cours chez ma chère Manon.

Cette Manon n'est princesse, ni reine :

Mais ses attraits, sa beauté, sont son nom.

C'est une rose épanouie à peine,

Elle a quinze ans, l'air coquet, l'oeil fripon,

Et des tétons ! un cul !... C'est ma folie,

Que ce cul-là : qu'il en soit un second !

Il n'en est rien, messieurs, je le parie.

— J'en connois un, interrompt celui-ci, Qui pourroit bien avoir la préférence ; C'est un miracle. Un pourceau de finance Est le sultan de ce morceau choisi :

Je l'ai déjà fait cocu, Dieu merci,

Et le vais faire encor... — Et très-bien faites,

Dit celui-là. Pour moi, j'ai mon sérail

Dans un couvent de fringantes nonnettes ;

J'y cours baiser l'albâtre et le corail.

Oh I voilà bien les voluptés parfaites :

Il faut avoir tâté de celles-là,

Pour avoir eu des fortunes complettes.

Pour mes péchés, que l'on m'enferme là,

Et je renonce à toutes nos coquettes.

Ainsi chacun, avec discrétion,

Se répandoit en frais de confidence :

Lorsqu'un de ceux qui gardoient le silence

Dit à la troupe, en élevant le ton :

— J'aurai, corbleu ! plus que vous tous à faire ; Car de ce pas je vais coeufier

Un bel-esprit, un comte, un cordelier, Un président, un marchand, un notaire, Un histrion, bref tout Paris entier ; Jugez, messieurs, de l'excès de ma flamme.

2oS ŒUVRES BADINES

Lors un ami, le tirant par le bras,

Avec un ris malin, lui dit tout bas :

Eh ! tu vas donc coucher avec ta femme (

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