‹ Œuvres badinesChapitre 107 sur 128 · IL L'Y METTRA · texte numérisé non relu

IL L'Y METTRA

Mieux qu'aucun roi, fût-ce le roi de France,

Monsieur **, vous êtes obéi ;

Il est bien vrai que le seul nom d'ami

A sur mon cœur cent fois plus de puissance,

Que tous ces noms dont on est ébloui.

Ces vers badins vous doivent la naissance,

De vos bienfaits recevez dont le fruit.

Pour l'amitié si j'ai toujours écrit,

Que l'amitié par vous m'en récompense.

Un jeune gars, on le nommoit Colin,

(Tous les Colins ont été de grands hommes,

Peu différens de tous tant que nous sommes)

C'est l'annoncer tant soit peu libertin :

D'ailleurs garçon honnête et fort humain,

Aiguillonné, poussé par la nature.

Le vrai démon qui mène à cette fin,

Pourchassoit fort certaine créature,

Dite autrement sa cousine Catin,

Brune piquante et de bonne monture,

Ayant seize ans de Dieu, de l'avant-main,

Petite bouche et lèvres de carmin,

Morceau de roi ; cousine, je vous jure,

Formée exprès pour damner son cousin.

En attendant à piller autres choses,

Déjà les mains butinoient lis et roses,

Qui se mêloient sur le plus joli sein ;

Déjà Catin, d'une humeur peu revêche.

Laissoit cueillir sur cette bouche fraîche

Le doux baiser, le baiser de l'ami.

Peut-on aimer et se montrer farouche ?

A ce jeu-là, celui qui plus me touche,

Monsieur Colin n'étoit point endormi :

Vous le voyez. Une madame Argante,

Du gentil couple austère surveillante,

Laide, dévote (et c'étoit bien raison,

De la laideur naîtJâjlé.YOjion),

Vient à passer en ce moment de joie,

Entend propos de l'amoureux jargon,

Bien différents de propos d'oraison ;

Voit en un mot prendre la petite oie.

Vite, en faisant force signes de croix,

Elle s'en va chez une tante sienne,

Vieille dévote encore à longue antienne ;

Elle s'essaie à rappeler sa voix,

Tant du scandale elle a l'âme saisie ;

Puis reprenant ses sens, elle s'écrie :

« Je n'en puis plus,., ma tante... c'est affreux...

« Colin... Catin... je les ai vus tous deux,

« Qui se disoient... — Que pouvoient-ils se dire ?

« Auroient-ils eu quelque débat entr'eux ?

— «Quelque débat? mon Sauveur ! c'est bien pire ! « Il vaudroit mieux qu'ils se fussent battus.

« Ils se disoient... qu'ils s'aimoient... — Bon Jésus ! « Les chers enfants, il ont l'âme excellente...

— « Mais peu contents de tenir ces discours, « Savez-vous bien, pour tout dire, ma tante,

« Qu'ils s'embrassoient... — Fort bien, cela m'en-

[chante :

'< Fasse le ciel qu'ils s'embrassent toujours...

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— « Mais dans le sein une main avancée...

— « C'est par hasard qu'il l'aura là glissée ; « La chair n'a point de part à tout cela...

— a Mais... — Taisez-vous... — Quoi ! dans cette

[aventure, « Voyez -vous pas du péché la souillure? « De tout ceci qu'est-ce qui s'ensuivra ? « Satan au mal (la chose est évidente), « Si Dieu n'y met la main, les poussera...

— « C'est ce qu'il faut espérer, dit la tante : « Il l'y mettra, ma nièce, il l'y mettra. »

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